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mardi 17 novembre 2015

Krönik | Krieg - The Isolationist (2010)


Alors là, quand KRIEG, sans doute un des plus vieux groupes de Black Metal US encore en activité, se déleste d'une nouvelle hostie, on s'agenouille et on tend la joue. Actif depuis 1995, la bête a toujours été une entité monstrueuse à géométrie variable autour du seul Imperial rassemblant au fil des ans et des line-up à peu près tout ce qui rampe au sein de la scène impie. Officiellement sabordé en 2007, KRIEG connait donc une résurrection, tout d'abord incarné par un split avec CAÏNA et aujourd'hui avec ce Isolationist , première offrande longue durée depuis Blue Miasma il y a quatre ans.

Secondé notamment par Wrest à la basse, dont on ne peut que regretter qu'il ait mis en sommeil son LEVIATHAN (ressuscité depuis), Imperial a fait appel au très demandé Sanford Parker pour soigner son fuselage. Ajoutez à cela une signature avec le néanmoins respectable Candlelight, et on aura tôt fait d'affirmer que la horde noire a mis de l'eau dans son vin de messe.

Une écoute rapide va d'ailleurs dans ce sens, tout comme les aplats reptiliens servant de substrat au pourtant démentiel "... And The Stars Fell On", que vrillent des riffs aux allures de scalpel. En réalité, KRIEG, la maturité aidant, parvient à canaliser sa violence épidermique pour mieux la faire exploser. Il suffit d'écouter "All Paths To God" et plus encore "Depakote" pour constater comment les Américains expriment une brutalité entre saillies sauvages à faire saigner les muqueuses et coups de boutoir pesants et malsains.

Après une entame sanglante ("No Future", "Ambergeist"), The Isolationist s'enfonce ensuite peu à peu dans des méandres sinistres aux traits moins rapides, plus lourds, témoins "Blue Of Moon" ou "Decaying Inhalations" où la présence de Wrest se ressent à travers cette pression écrasante qui serre tel un étau, avant de repartir comme en 40 avec le court et agressif "Dead Windows", manière de ne laisser aucun doute quant à la fiévreuse fureur qui habite toujours cette légende vivante du Black Metal tout court. (ChildéricThor@2010)



dimanche 8 novembre 2015

Krönik | Hellveto - Wiara, nadzieja..., potępienie (2010)


Pondre un album par an ne lui suffit plus. Non, L.O.N. n’a rien trouvé de mieux à faire cette fois-ci que d’enfanter ni plus ni moins qu’une double ration de musique pour près de deux heures d’un Black Metal gonflé au paganisme d’Europe de l’Est et dont on n’aurait pas pensé qu’il puisse un jour aboutir à une œuvre aussi belle. 

Car, le polonais a beau tout faire tout seul comme un grand et comme d’habitude, il aboutit avec Wiara, nadzieja..., potępienie à une épopée symphonique qui rode souvent à la lisière du grandiose. Avec une économie de moyen qui est tout à son honneur, le misanthrope nous emporte très loin, dans les steppes orientales, dans un monde de légendes et d’histoire d’où rugissent le cri des armes et des batailles ancestrales. 

Evoquant parfois la beauté tribale du voisin Negura Bunget, Hellveto creuse un tertre envoûtant avec un chant rugueux et des guitares en forme de pinceau hypnotique. Loin d’en amoindrir la portée, les claviers, omniprésents, au contraire servent à colorer l’ensemble de touches folkloriques et pagan qui réussissent l’exploit d’éviter le piège du ridicule. Alors certes, la prise de son pourrait être plus puissante, plus ample mais sa modestie confère à cet album le charme de l’artisanat et du travail authentique. 

Le premier disque agglomère sept chevauchées au format traditionnel. C’est souvent majestueux, toujours épique et d’une poésie presque cendreuse. Le second versant quant à lui déroule un menu uniquement instrumental avec trois pistes de plus de vingt minutes chacune. De fait, celles-ci arbore le visage le plus symphonique – ce qui ne signifie pas qu’il soit pompeux – du projet polonais pour une réussite mitigée car émaillée de moments franchement magnifiques (« Kry ») mais dont la structure aurait sans doute méritée quelque coups de ciseaux. L’exercice démontre en outre que la musique d’Hellveto, nonobstant ses qualités d’écriture a besoin de lignes vocales pour atteindre sa pleine (dé)mesure. 

Dans tous les cas, le fan en aura pour son argent avec cet essai qu’il est permis de considérer comme un des plus appliqués du stakhanoviste Polonais. (ChildéricThor@2010)





BC | Barus - EP (2015)


jeudi 5 novembre 2015

Krönik | Haeresiarchs Of Dis - Denuntiatus Cinis (2010)


Il est toujours étonnant de voir comment une terre aussi ensoleillée que la Californie, temple des apparences, peut cependant être le terreau d’une scène Black Metal fertile et pas des plus affables. On pense bien entendu à Xasthur ou à Leviathan, mais aussi au méconnu Haeresiarchs Of Dis qui, comme ses aînés, adopte la forme d’un on-man-band. 

Bien que secondé de temps à autre par divers intervenants/accessoires, Cernunnos, puisque c’est comme cela qu’il s’appelle, est une pieuvre enfermée dans sa cave. Chant, guitare et programmation n’ont aucun secret pour lui. Quoique déjà auteur d’une démo et d’une première prière pour les morts, beaucoup le découvriront sans doute avec Denuntiatus Cinis, tourbillon cauchemardesque et épuisant d’un art noir extrêmement sombre, baroque et tendu comme une verge. Etouffant. 

Prétendre que l’Américain ne facilite pas la pénétration de son univers tient de l’euphémisme tant il parait peu aisé de s’enfiler d’une seule traite les 77 minutes que dure ce méfait, alternance entre longues et furieuses scarifications aux angles ténébreux (« Intent The Augury », « Intent The Proem ») et courtes pauses qui permettent de reprendre un petit peu son souffle (« Bemoan The Fallen »). 

Parfois au bord de l’indigestion, Denuntiatus Cinis est une œuvre tentaculaire d’où jaillissent des fulgurances (« Ad Baculum », que zèbre un  chant clair à la Solefald) mais dont l’extrême densité l’empêche de s’imposer réellement. Bref, de bonnes idées, un sens de la négativité palpable, des passages assez sublimes par moment mais le disque est bien trop long, à l‘instar déjà de son prédécesseur, Overture, il y a deux ans. 

Cernunnos aurait été bien inspiré de donner quelques coups de ciseaux de ci de là. N’est pas Leviathan qui veut, influence évidente d’un projet néanmoins intéressant en cela qu’il développe un Black Metal extrêmement dur et tortueux. (ChildéricThor@2010)



mercredi 4 novembre 2015

Krönik | Deathspell Omega - Paracletus (2010)


Il est de bon ton actuellement de jeter l'opprobre sur Deathspell Omega que d’aucuns jugent désormais trop branchouille, ce qui n’est sans doute pas faux. Pour autant, qui peut prétendre que l’entité hexagonale a mis de l’eau dans son vin de messe ? Personne. Une preuve ?

Il suffit pour cela de s’abîmer dans les méandres nauséabondes de Paracletus pour s’en convaincre. Tout d’abord faussement accessible, ce premier jet de mort longue durée depuis 2007 a en vérité quelque chose d’un monstre hallucinant où l’on retrouve la densité coutumière du (plus si) mystérieux trio. Le fait que le groupe, après ses expérimentations récentes, revienne à une forme d’architecture plus classique ne doit pas vous trompez. 

Subdivisé en dix mouvements, cet album doit se lire comme une œuvre indivisible dont chaque titre, réceptacle d’une noirceur insondable, forme le maillon d’une chaine reptilienne, chaque piste semblant répondre à celle qui la précède. Dès l’introductif, « Epiklesis I », la tension est palpable, étouffante, suintant un fluide extrêmement malsain, que véhiculent des guitares qui ne filent jamais droit et le chant maladif de Mikko Aspa. 

Saturé et déconstruit, « Wings Of Predation » entraîne ensuite l’auditeur dans un tourbillon au bord d’une folie aussi fiévreuse que désespérée. Après «  Abscission », monument torturé, « Dearth » se positionne comme une pause, pause d’une sensualité déglinguée dont on ne peut que regretter les lignes vocales parlées en français qui viennent quelque peu en avorter l’aura pourrissante. L’enchaînement avec « Phosphene », qui ferme la première partie du menu, est néanmoins énorme. Reflet du prologue ouvrant Paracletus, « Epiklesis II » entame l’étrange marche funèbre que définit le second pan. S’enchaînent alors trois macérations tourmentées (« Malconfort »…) avant que l’inexorable « Apokatastasis Pantôn » dont les traits épousent ceux, squelettiques, de l’épicentre de l’album, vienne refermer le cercle sur une note ruisselant le désespoir le plus poisseux. 

Fidèle à une identité en mouvement, Deathspell Omega poursuit son entreprise de déconstruction d’une musique qui s’est de toute façon affranchie depuis longtemps maintenant des invariants qui balisent le Black Metal comme autant de calvaires impies. C’est une œuvre exigeante, austère que raclent des plans de guitares torturés et bénéficiant du remarquable travail de Makko au chant. Du grand art. (ChildéricThor@2010)


lundi 2 novembre 2015

dimanche 1 novembre 2015

Krönik | Agalloch - Marrow Of The Spirit (2010)


Quand bien même Pale Folklore et The Mantle furent de précieuses réussites artistiques, il n’en demeure pas moins que c’est bien Ashes Against The Grain qui fut sans doute l’étape la plus décisive dans la carrière d’Agalloch. Corollaire d’une promotion amplement méritée, son successeur était attendu comme le messie et nous étions nombreux à ne plus tenir en place depuis l’annonce de sa réalisation après néanmoins quatre années bien remplies, entre tournées et offrandes complémentaires (EP, live, compilations). 

Habillé d'un très bel artwork, Marrow Of The Spirit reste fidèle à une architecture exigeante, basée sur des compositions fleuves et poursuit une évolution entamée avec The Mantle. Même si leur écriture demeure immédiatement reconnaissable, les Américains continuent de travailler leur art, d’enrichir leur palette par petites touches. Ni retour en arrière vers des racines Black Metal qui ne font plus guère qu’affleurer à la surface ni simple photocopie de son prédécesseur dans le sillage duquel il s’inscrit, ce quatrième album se veut différent dans la continuité. 

Toujours arrimé aux terres de la Dark/Folk tout en se montrant de plus en plus progressif dans son approche, Agalloch commence ce nouveau voyage par un prologue instrumental d’abord rythmé par les sons de la nature avant de vibrer aux accords d’un violon dramatique. Mais c’est avec le flamboyant "Into The Painted Grey" que Marrow Of The Spirit prend son envol. Tout l’art des Américains y est synthétisé : construction épique et fluide aux multiples arabesques, chant caverneux, guitares stratosphériques belles comme un chat qui dort, accélération grandiose… D’une certaine manière et en exagérant un peu, l’opus ne proposerait que cette pépite de douze minutes qu’il serait tout de même indispensable. 

Plus posé, "The Watcher’s Monolith" tend un pont entre ambiances acoustiques et aplats noirs et terreux, que pilotent des riffs accrocheurs. Pivot de l’album et illustration parfaite des couleurs automnales et terrestres de l‘ensemble, le gigantesque "Black Lake Nidsang" se divise en deux parties, dont la seconde baigne dans un marais ambient. Après "Ghosts Of Midwinter Fires", "To Drown" entraîne Marrow Of The Spirit vers la mort avec sa trame instrumentale et osseuse, lente montée en puissance au bord de la rupture et conclusion désespérée dont les ultimes mesurent qui reprennent les sonorités de l’intro, contribue à donner une forme cyclique à cette œuvre dense et riche entre recueillement et envolée granuleuse. 

Encore une fois, Agalloch livre un bijou d’écriture et d’atmosphères, peinture en clair obscur d'une nature à la beauté mystique. Cependant, Ashes Against The Grain reste encore le mètre-étalon de la discographie du groupe. (ChildéricThor@2010 | Publié en 2011 sur Music Waves)





dimanche 25 octobre 2015

Krönik | Bubonic Christians - Demo I (2014)


Certes, petit étron de cinq titres, il n'en demeure pas moins que cette démo séminale de Bubonic Christians mérite franchement le détour. Parce qu'elle exalte toutes les valeurs du vrai Black metal underground, celui qui ne peut proliférer que dans l'obscurité, loin d'une lumière qui jamais ne vient l'effleurer, tape au tirage limité dans la (bonne) tradition du genre.

Parce que ses géniteurs ne sont pas des inconnus, activistes de l'ombre au nombre de trois : le guitariste Alcoholichrist (Hell), le chanteur Maxime Taccardi (K.F.R., l'un des multiples projets de Déhà) et l'ancien batteur de Christicide, Waste. Surtout parce que, comme ce fut le cas de "Obédience", dernière démo en date de Hell, cette ostie va en réalité bien au-delà du crachat evil qu'elle semble être.

De fait, si ses atours sales comme le sang menstruel, dont cette prise de son extrêmement crue et cette sève primitive et fiévreuse qui le secoue, arriment ce galop d'essai à un art noir bestial et orthodoxe, vierge de kystes mélodiques, il y a là un sens du riffing obsédant qui permet au trio d'être plus qu'une simple horde d'ayatollahs du black old school.

De même, le son, pour cradingue qu'il soit n'a rien d'un cache-misère derrière lequel est tapie la médiocrité. A l'instar de Peste Noire dont il diffère cependant, on sent chez Bubonic Christians la volonté de capter une forme d'énergie méphitique. Rustre et survolté, le son se veut donc plus recherché qu'il n'y parait.

On pourrait regretter que deux des cinq pistes proposées ne soient en fait que des versions instrumentales de 'Morbid' et 'Let Me Piss On Your Grave' qui ouvrent la marche, la première, saillie rapide et tordue à souhait, la seconde, implacable avec ses coups de boutoir qui labourent les chairs tel un scalpel rouillé, cependant que l'écoute s'achève (trop vite) sur un titre anonyme qui a des allures d'ébauche, de brouillon et sans lignes de chant non plus, mais au contraire, ce côté répétitif confère à cette démo l'aspect d'un maleström de négativité qui crachote, rituel impie dont nous sommes comme les témoins cachés dans l'ombre d'une crypte... (ChildéricThor@2015)

BC | Wry - Neophytic Congeries (2015)


vendredi 23 octobre 2015

Krönik | Délétère - Les heures de la peste (2015)


Au risque de se répéter, on ne dira jamais assez tout le bien qu'il faut penser de la chapelle noire québécoise qui s'est peu à peu affranchi de l'influence scandinave pour façonner un art qui n'appartient qu'à elle, à sa manière froide et lugubre et nourrie d'un cadre géographique hostile. S'appuyant sur de petites labels passionnés tels que les Produtions Hérétiques ou Sepulchral Productions, FORTERESSE, MONARQUE, GRIS, SOMBRES FORETS ou SORCIER DES GLACES figurent parmi ces artisans de la nuit et du désespoir.

De part sa taille forcément réduite, cette scène canadienne est aussi une histoire de famille, une famille de musiciens qui ne se cessent bien souvent de se croiser d'un projet à l'autre, à l'image de DELETERE justement, alliance fraternelle entre Atheos (MONARQUE) et Thorleïf (VALKNACHT et ex UTLAGR). Le Black Metal que sculpte dans la glace le duo se révèle aussi cru que sinistre sans pourtant être vierge d'émotions, sentiments de désolation, de solitude, de haine... Bref, tout l'arsenal habituel certes que le groupe transcende toutefois en le drapant d'un suaire quasi religieux.  

Découvert grâce à deux démos tape des plus recommandables, Inoptia et Morbo puis Sacrificiuù Necrothytum, réunies depuis sous la forme d'une compilation (De Ritibus Morbiferis - Demo Compendium), DELETERE enfante enfin une hostie séminale fortement attendue par les adorateurs de cette chapelle. Bizarrement, les premières bouchées laissent un goût mitigé dans la bouche car on ne retrouve tout d'abord dans Les heures de la peste ni le feeling hivernal et crépusculaire ni la réussite des ébauches qui l'ont précédé. Le duo paraît vouloir miser sur une aggressivité tranchante au détriment des ambiances, fonçant pied au plancher ('Prime - Exitiabilis Venatus'), propulsé par une guitare grésillante et une batterie déchaînée.

De fait, Les heures de la peste honore un black metal cru et sans concessions, froid et malsain. Du moins, est-ce l'impression qu'il renvoit lors de sa défloration. Sa richesse atmosphérique ne se dévoile qu'ensuite, par petites touches. Ce que nous aimions dans les deux premières démos est bien là mais tapi dans les replis de compositions aussi vicieuses que tortueuses. Il faut donc creuser, gratter la chair pour faire suinter un sinistre éclat lors de morbides décélérations, témoin 'Tierce - Aux thaumaturges égarés, une étoile...', auquel succède le long 'Sexte - Une charogne couronnée de fumier'.

Malgré tout souvent mélodique dans ses furieuses échapées ('Complies - Une garce vénale en majesté') voire presque épique lorsque des choeurs fendent la nuit ('Laudes - Credo II'), Les heures de la peste bouillonne de fiel et de haine mais déçoit tout de même un peu, DELETERE ayant perdu lors du passage du format démo à celui de l'album longue durée, ce qui faisait son charme obscur... (ChildéricThor@2015)

jeudi 22 octobre 2015

Krönik | Lucifer's Child - The Wiccan (2015)


Présenter Lucifer's Child comme le fruit de la réunion de membres de Rotting Christ et Nightfall est certes exact mais démesuré puisque ni George Emmanuel, guitariste chez le premier, ni Stathis Ridis, bassiste chez le second, ne peuvent être considérés comme des pièces maîtresses de leur groupe respectif. 

L'étiquette a cependant au moins le mérite de nous livrer deux précieux indices, l'un nous assurant d'une qualité technique forcément de mise, l'autre que la musique sera sombre. Forcément là aussi. A l'instar de ses grands frères, le quatuor baigne dans l'occultisme ténébreux. La comparaison ne s'arrête pas là tant la filiation est évidente, notamment par le travail de Sakis qui partage cette même noirceur baroque et ce sens de l'accroche ravageuse identique. 

Nous aurions pourtant tort de réduire Lucifer's Child à ce seul patronage. Il mérite mieux et "The Wiccan", son coup d'essai s'avère également un coup de maître insolent de maîtrise. En moins de quarante minutes, les Grecs esquissent déjà un style à la fois obscur, mélodique et suffisamment travaillé pour écoper d'une appellation "progressive black metal" toutefois bien incongrue. 

Point de progressif à attendre de ce méfait mais au contraire une hostie subtilement agressive, parfois rapide, à l'image de 'He Who Punishes', reptilienne le plus souvent, rappelant alors un peu les derniers Satyricon, témoin ce 'A True Mayhem' bien burné. D'une manière générale, les Grecs privilégient les ambiances pesantes à la froide brutalité, comme le prouve 'Hors de combat' ou bien encore 'King Ov Hell'. 

(Trop) court, "The Wiccan" atteint le point G en fin de parcours avec deux joyaux noirs. Il s'agit tout d'abord de 'Lucifer's Child', lente respiration qui suinte une absolue tristesse et dont les lignes envoûtantes sont comme une funeste sirène entraînant le pèlerin sur le chemin de la mort. 

C'est ensuite le très justement baptisé 'Doom', excavation finale longue de plus de six minutes au garrot, d'une lenteur quasi mortifère. Le chanteur y hurle son désespoir comme si demain ne devait plus jamais exister, sentiment douloureux que soulignent des guitares engourdies par la contrition, prisonnières d'une gangue polluée tandis que les frappes du batteur s'écrasent comme une chape de plomb. 

Ces deux monuments justifient à eux seuls l'acquisition de cet album qui propulse d'entrée de jeu ses géniteurs dans la cour des grands. (ChildéricThor@2015)

mercredi 21 octobre 2015

Krönik | Délétère - De Ritibus Morbiferis - Demo Compendium (2015)


Si les compilations n'ont, en règle générale, que peu d'intérêt, tel n'est pas le cas de De Ritibus Morbiferis - Demo Compendium. Pourquoi ? Parce que le sujet de cette somme n'est autre que DELETERE, soit une des hordes les plus excitantes de la chapelle québécoise.

Parce que son contenu, agrégat des démos Inoptia et Morbo et Sacrificium Necrothytum, éditées respectivement en 2012 et 2013 par Les Productions Hérétiques et désormais épuisées, permet justement à ceux qui n'ont pas eu la chance de se les procurer à l'époque en format cassette, d'en découvrir la teneur. Parce que cet art noir venu de notre ancienne colonie possède une identité qui lui est propre et nous est chère, glaciale et sinistre à sa manière qui ne doit rien aux Scandinaves. Parce que.

Quoi de mieux, alors que ses auteurs, Atheos (MONARQUE) et Thorleïf (UTLAGR), nous offrent en même temps et chez le même Sepulchral Productions, un premier méfait, baptisé Les heures de la peste, forcément très attendu, que de se (re)plonger dans ses deux esquisses. Dont acte. Composé de neuf pistes, c'est très simplement que De Ritibus Morbiferis s'ouvre sur celles ornant Inoptia et Morbo. Drapées dans un suaire aux teintes liturgiques à l'image des lugubres 'Credo' et 'Escarre' qui les encadrent, ces plaintes labourent les chairs d'un Black Metal lancinant mais mélodique où les guitares grésillantes s'accouplent à des claviers gothiques ('Une lampée de Ciguë'). Tout est dans les atmosphères, morbides ('Le cantique des vers') et funéraires dont le pinceau est aussi incarné par un chant crépusculaire.

Se succèdent ensuite les quatre titres animant Sacrificium Necrothytum, tout d'abord étonnamment rapides ('Milites Pestilentiae', 'Sales vestales') avant de s'enfoncer au fond de méandres reptiliennes, à l'image de 'Terveneficus' , pulsation sinistre engourdie par un cinglant désespoir qui n'est pas sans rappeler Forteresse, puis l'éponyme 'Sacrificium Necrothytum', rituel incantatoire aux confins de la Dark Ambient dont les bourdonnements malsains sont peu peu avalés par un orgue fantasmagorique duquel s'échappent des notes grêles résonnant dans une cathédrale impie en un final sombrement grandiose.

Bref, De Ritibus Morbiferis - Demo Compendium se veut la porte d'entrée idéale pour qui souhaite découvrir DELETERE, artisan majeur de cet art noir typique de l'école québécoise. (ChildéricThor@2015)

BC | Atarah - Silenze Of GOD (2015)


dimanche 18 octobre 2015

Krönik | Invoker - Aeon (2015)


Pour être franc avec vous, nous n'attendions rien de cette deuxième saillie de Invoker, pour la simple et bonne raison que son prédécesseur, "A New Age", n'a jamais atteint nos cages à miel. Celles de Non Serviam Records, apparemment si. Grand bien en a pris au label hollandais car sans cela, nous serions sans doute passés à côté de cette formation teutonne. 

L'insolente qualité de ce "Aeon" presque sorti de nulle part démontre que nous aurions alors raté un bon groupe. Un très bon groupe même, artisan d'un art noir nourri au death metal, non pas celui qui fonce pied au plancher mais qui au contraire serre le frein à main, panzer implacable en pleine invasion de la Pologne, même si les Allemands n'hésitent parfois pas à enclencher la seconde, comme ils le font durant 'Engulfed For Million Of Years', titre néanmoins aéré de soyeuses nappes mélodiques. 

Macérer dans le sirop n'est d'ailleurs pas ce qu'ils réussissent de mieux, témoin 'The Wolves Chant', courte piste orchestrale qui ne s'imposait sans doute pas. Ouvrant l'écoute et irrigué par une guitare aussi douloureuse que grésillante, l'autre titre instrumental s'avère bien plus convaincant, signe que les atmosphères pesamment envoûtantes leur sied bien davantage. A la confluence d'un black majestueux  et d'un death doom minéral, "Aeon" galope à travers des terres sombres et ravagées, creusant de profondes crevasses. 

Enclumes cyclopéennes, 'Across The Abyss', 'Woods Of Nothingness' ou 'Lawless Hunter' et ses airs de Bolt Thrower,  dressent une lourde turgescence que sillonnent des veines gonflées d'une funeste semence. Tendu, la peau dure comme la roche, "Aeon" séduit par sa maîtrise du canevas  granitique que forge un groupe au savoir-faire insoupçonné, bloc robuste pointant son dard dans une nuit à peine constellée de quelques touches de lumière. 

A sa manière, modeste et sans folie bien que d'une efficacité toute redoutable, Invoker vient d'accoucher d'un album carré et sans prétention, théâtre d'un art noir reptilien mais toujours mélodique, lequel donne furieusement envie de se jeter sur son aîné passé (presque) inaperçu et surtout de découvrir très vite un troisième méfait qu'on souhaite plus puissamment inspiré encore. Bref, c'est une très bonne surprise. (Childéric Thor@2015)

vendredi 16 octobre 2015

Krônik | Orkan - Livlaus (2015)


Bien qu'il ne soit plus un puceau de l'art noir, ayant vu la nuit en 2008 et auteur d'un premier méfait quatre ans plus tard, nombreux sont pourtant ceux qui découvriront Orkan avec ce "Livlaus" aux allures de nouveau départ, ce qu'il doit beaucoup à l'exposition que la signature avec le très estimable label Dark Essence Records ne manquera pas de lui conférer. 

Né plus ou moins des cendres de Enchanting Darkness, obscure formation certes toujours officiellement active mais qui n'a réussi à accoucher que de deux démos, le groupe accueille surtout en son sein deux anciens membres de Taake (en live uniquement), le bassiste Sindre et le guitariste Gjermund Fredheim, également musicien de session chez Syrach. 

La partition que livrent les Norvégiens ne noue toutefois aucun lien avec le premier et encore moins avec le second. Point de doom à l'horizon donc, du black metal certes mais plus agressif et rapide que celui sculpté par Hoest qui, avec Taake, a toujours privilégié les ambiances à la brutalité pure. Orkan, lui, ne fait pas vraiment dans la dentelle ni dans le point de croix, assénant un metal noir aussi intense que viscéral, aux confins du thrash, témoin par exemple ce 'Uforgjengeleg' que laminent des riffs comme des scalpels rouillés. 

En sept saillies abrasives, les Scandinaves font saigner les muqueuses. Trop peut-être, diront certains, regrettant un album vierge de véritables nuances, qui fonce pied au plancher sans jamais serrer le frein à main, jusqu'au furieux 'Skodde', point final  dont la cadence effrénée se voit cependant brisée lors d'une dernière partie plus lente, plus pesante. 

Si "Livlaus" possède une faiblesse, celle-ci réside sans doute en réalité dans le fait de démarrer avec son meilleur titre. En effet, du haut de ses (presque) dix minutes au jus, 'Fanden Pa Veggen' écrase tout sur son sillage avec sa longue entame tournoyante, ses accords grésillants et le break redoutable qui le perfore. 

Oscillant entre déflagrations trapues ('Brende Bruer Svart Metall', qui n'est pas sans évoquer le Enslaved d'autrefois, notamment pour ses lignes de chant) et pulsations granitiques ('Livlaus 1 et 3'), le reste ne reproduit jamais vraiment cet orgasme initial sans que cela ne grève la valeur d'une offrande parfaitement maîtrisée, édifice sinistre aux contours abrupts, exaltant les forces obscures d'un black metal rapide et venimeux. (Childéric Thor@2015)

jeudi 15 octobre 2015

Krönik | Ende - Whispers Of A Dying Earth (2012)


Difficile de parler de ENDE sans évoquer son principal auteur, I. Luciferia, activiste de la chapelle noire hexagonale (REVERENCE surtout mais aussi ANIMUS HERIRLIS, OSCULUM INFAME...) que n'effraye pas non plus l'Ambient, comme l'a démontré le split que son LEBEN OHNE LICHT KOLLECTIV a partagé avec IMMEMORIAL.

Voilà donc un musicien inspité sinon talentueux dont ENDE est le jardin secret en cela qu'il y fait tout ou presque, ne laissant que la batterie à un autre être humain, Thomas Njodr au cas particulier, lequel confère à l'ensemble l'indispensable touche organique qui la distingue de tous ces machins paralysés par une énervante boîte à rythme. Peut-être pas vraiment un one-man band donc mais l'esprit y est pourtant, longtemps laboratoire solitaire d'une seule âme comme en témoigne la génèse de Whispers Of A Dying Earth , opus séminal gravé entre 2004 (ses deux derniers titres, ce qui s'entend d'ailleurs) et 2010 (tout les reste).

Que le chanteur et guitariste de REVERENCE soit derrière ENDE représente un indice précieux quant à la teneur de ce dernier autant dans la forme que dans le fond. Dans la forme, il est l'assurance d'une réalisation très professionnelle où les riffs pollués s'accouplent néanmoins avec une prise de son âpre et nerveuse loin de la bouillie derrière laquelle se planquent trop souvent les albums de ce genre.

Dans le fond ensuite, sa présence arrime par nature l'offrande à une certaine tradition nationale, tranchante et véloce à la fois mais que drape toutefois un suaire d'ambiances mélancoliques à l'image du squelettique et très bel instrumental final, 'Les souhaits d'un songe' et ses arpèges sécrétatoires d'une tristesse infinie. La majorité de ces neuf compositions galope à travers une géographie accidentée que sillonnent des chemins escarpés. Le long 'A Cold Way', que perforent de nombreuses crevasses, 'Whispers Of A Dying Earth', mid-tempo sévère et 'Our Funeral' participent de cette architecture tourmentée, alternant avec de furieux blasphèmes ('De Profundis', 'Thorns') pour aboutir à un menu extrêmement tumultueux.

Sachez qu'au moment où vous lirez (peut-être) ces quelques lignes tardives, ENDE sera en train de préparer une seconde offrande que la jouissive défloration de sa devancière rend forcément très attendue... (Childéric Thor@2015)

mercredi 14 octobre 2015

BC | Terzij de Horde - A Rage Of Rapture Against The Dying Of The Light (2010)


dimanche 11 octobre 2015

Krönik | Firefrost - Inner Paradox (2015)


Ceux qui, alléchés par l'étiquette Black metal breton figurant au dos du cd, espéraient sans doute trouver dans ce Inner Paradox des envolées païennes et majestueuses, en seront pour leurs frais car, ne serait-ce quelques choeurs disséminés par ici ('languid Day') ou là ('Black Wave'), et à la rigueur une certaine emphase épique, ce galop d'essai ne semble pas vraiment puiser dans le folklore local mais davantage dans celui des Grands Anciens scandinaves, martelant un Black metal féroce et mélodique à la fois. Ce n'est pas grave, bien au contraire.

Ce n'est du reste pas le seul bon point à mettre à l'actif de FIREFROST, (quasi) one-man band dont le nom se confond avec celui de son créateur. Une prise de son honorable, un niveau technique qui l'est tout autant et surtout beaucoup de bonnes idées (nous y reviendrons) complètent avantageusement ce tableau. Au passif tout de même, citons, corollaire de cette riche écriture, un (très) relatif manque de cohérence, certaines maladresses n'étant pas toujours évitées à l'image du terminal 'Emphasium', trop long et à la ligne directrice peu claire car parasitée par nombre de kystes (voix ténébreuses, notes acoustiques...) qui en perturbent quelques peu la fluidité et ce, malgré de bons moments.

Mais, on sent chez FIREFROST une inspiration en ébullition que la maturité devrait permettre de canaliser. N'oublions pas en effet qu'il ne s'agit là que d'un premier jet dont la qualité générale est à même de faire rougir bien des formations plus expérimentées. Beaucoup de bonnes idées, avons-nous écrit. Ce sont celles parsemant des titres tels que 'Remaining Wraith', qu'emporte un souffle grandiose ou 'Endless Journey', zébré de notes de guitares presque atmosphériques. C'est aussi 'Descent' et son amorce tout en arpèges ou bien encore les déjà cités 'Black Wave' et 'Languid Day'.

Enchaînant figures rapides et mid-tempos obscurs, Inner Paradox file à toute allure, dynamique et jamais ennuyeux. Gageons que la suite, si elle se révèle à la hauteur de cette carte de visite, pourrait faire très très mal. Des débuts tout à fait prometteurs donc. (Childéric Thor@2015)

BC | Doodsangst / Utter Blackness - Split (2015)


vendredi 9 octobre 2015

Krönik | Mortuus - Grape Of The Vine (2014)


Après un hiatus de sept années, MORTUUS est enfin de retour. Ceux qui sont sensibles - à raison - à ce Black suédois d'une noirceur aussi abyssale que mortifère, exalté par des hordes telles que WATAIN, FUNERAL MIST ou VALKYRJA, n'attendaient pourtant rien de ce Grape Of The Vine quasiment sorti des limbes car faisant suite à des débuts déjà oubliés incarnés par un EP puis un premier opus longue durée.

De fait, c'est presque un second départ que marque ce nouveau méfait. Celui-ci va-t-il corriger le tir et imposer cette fois ses géniteurs ? Son écoute achevée, nous aurions aimé répondre uniquement par l'affirmative or ce n'est pas (tout à fait) le cas. Non pas que cette offrande se solde par un échec, bien au contraire et nous y reviendrons mais elle est finalement trop avare de cette essence malsaine, de ce sperme vicieux tant recherchés.

Sinistres, ses traits le sont pourtant, soulignant des complaintes d'une funèbre lenteur. Animé par deux activistes de la chapelle noire locale, l'un (M. Hinze) ancien batteur d'ONDSKAPT et l'autre (Tehôm) actuel bassiste et chanteur d'OFERMOD (entre autres) qui sont donc allés à bonne école, MORTUUS maîtrise, ceci dit, l'art du riffing pollué, presque maladif ainsi que ce sens des ambiances dépressives libérées avec une aussi réjouissante que masochiste largesse.

Grape Of The Vine est à ce titre tout à fait réussi, rejeton morbide d'un black metal lancinant dont le tempo ne s'emballe à aucun moment, comme englué dans une noirceur indicible. Les atmosphères de décrépitude sont là, tissées par deux musiciens au savoir-faire éprouvé. Mais d'où viennent les grumeaux alors ? D'un manque de nuances sans aucun doute car ces longues macérations peinent à se distinguer vraiment les unes des autres. Prises séparément, elles inoculent pourtant toutes dans nos veines un funeste poison mais le tout qu'elles forment finit par lasser quelque peu.

Et comme MORTUUS ne s'enfonce jamais aussi loin dans les abîmes que certains de ses compatriotes (on pense à SVART notamment et à son insurpassable Förlorad ), Grape Of The Vine ne fait que s'approcher du grand disque qu'il aurait pu (dû) être. Ne boudons toutefois pas notre plaisir (façon de parler) face à cet album qui reste néanmoins largement supérieur à bien d'autres du même genre. (Childéric Thor@2015)