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dimanche 1 novembre 2015

Krönik | Agalloch - Marrow Of The Spirit (2010)


Quand bien même Pale Folklore et The Mantle furent de précieuses réussites artistiques, il n’en demeure pas moins que c’est bien Ashes Against The Grain qui fut sans doute l’étape la plus décisive dans la carrière d’Agalloch. Corollaire d’une promotion amplement méritée, son successeur était attendu comme le messie et nous étions nombreux à ne plus tenir en place depuis l’annonce de sa réalisation après néanmoins quatre années bien remplies, entre tournées et offrandes complémentaires (EP, live, compilations). 

Habillé d'un très bel artwork, Marrow Of The Spirit reste fidèle à une architecture exigeante, basée sur des compositions fleuves et poursuit une évolution entamée avec The Mantle. Même si leur écriture demeure immédiatement reconnaissable, les Américains continuent de travailler leur art, d’enrichir leur palette par petites touches. Ni retour en arrière vers des racines Black Metal qui ne font plus guère qu’affleurer à la surface ni simple photocopie de son prédécesseur dans le sillage duquel il s’inscrit, ce quatrième album se veut différent dans la continuité. 

Toujours arrimé aux terres de la Dark/Folk tout en se montrant de plus en plus progressif dans son approche, Agalloch commence ce nouveau voyage par un prologue instrumental d’abord rythmé par les sons de la nature avant de vibrer aux accords d’un violon dramatique. Mais c’est avec le flamboyant "Into The Painted Grey" que Marrow Of The Spirit prend son envol. Tout l’art des Américains y est synthétisé : construction épique et fluide aux multiples arabesques, chant caverneux, guitares stratosphériques belles comme un chat qui dort, accélération grandiose… D’une certaine manière et en exagérant un peu, l’opus ne proposerait que cette pépite de douze minutes qu’il serait tout de même indispensable. 

Plus posé, "The Watcher’s Monolith" tend un pont entre ambiances acoustiques et aplats noirs et terreux, que pilotent des riffs accrocheurs. Pivot de l’album et illustration parfaite des couleurs automnales et terrestres de l‘ensemble, le gigantesque "Black Lake Nidsang" se divise en deux parties, dont la seconde baigne dans un marais ambient. Après "Ghosts Of Midwinter Fires", "To Drown" entraîne Marrow Of The Spirit vers la mort avec sa trame instrumentale et osseuse, lente montée en puissance au bord de la rupture et conclusion désespérée dont les ultimes mesurent qui reprennent les sonorités de l’intro, contribue à donner une forme cyclique à cette œuvre dense et riche entre recueillement et envolée granuleuse. 

Encore une fois, Agalloch livre un bijou d’écriture et d’atmosphères, peinture en clair obscur d'une nature à la beauté mystique. Cependant, Ashes Against The Grain reste encore le mètre-étalon de la discographie du groupe. (ChildéricThor@2010 | Publié en 2011 sur Music Waves)





vendredi 25 septembre 2015

Krönik | Mare Cognitum - Phobos Monolith (2014)


On peut toujours faire confiance à I, Voidhanger pour défendre une certaine vision de l'art noir, évolutive et (souvent) passionnante. MARE COGNITUM, la dernière signature de cette sous-division d'ATMF ne déroge pas à cette règle immuable, entité palpitant d'une sève aussi progressive que prolifératrice.

Ce one-man band californien n'en est pas pour autant à son coup d'essai, déjà auteur de deux précédentes offrandes et d'un split partagé avec SPECTRAL LORE. Ces quelques détails associés à un son superbe visuel, sont les précieux indices quant à la teneur de ce Phobos Monolith tentaculaire. Cosmique et mangeur d'espace, cet opus décolle très haut vers des sphères célestes où l'homme n'a pas sa place, oeuvre démiurgique venu des profondeurs d'un trou noir.

Consituée de quatre (très) longues pistes, celle-ci aurait pu paraître difficile d'accès, ardue à pénétrer. Elle aurait aussi pu s'essouffler en cours de route, ce genre de format épique n'étant pas donné à tout le monde. Or il n'en est rien. Mieux et osons le crier très fort, Phobos Monolith se pose d'emblée comme un monument de Black Metal atmosphérique. A son écoute, il est permis de penser un peu à AGALLOCH, pour la voix du seul maître des lieux, le dénommé Jacob Buczarski, la dimension folklorique et automnale en moins.

Ceci dit, une certaine tristesse ourle ces compositions priapiques, notamment 'Noumenon', titre plus posé que le reste du menu galvanisé par une énergie comme venu de la fin des temps. Sa première partie justifie à elle seule sa découverte. L'album s'ouvre en effet sur les 13 minutes de 'Weaving The Thread Of Transcendence', périple fantastique aux multiples aplats. Après une lente et instrumentale entame belle à pleurer qui étend un tapi d'ambiances doucement mélancoliques, le ton se durçit et le titre démarre finalement pour dresser une grandiose érection vers les étoiles. Soulignée par des nappes de claviers aux accents cosmiques, la guitare galope, traçant dans la terre de majestueux sillons.

Propulsé par des blasts tronboscopiques, 'Entropic Hallucinations' braconne sur les terres froides et mécaniques des DARKSPACE et autre BORGNE, pour un résultat aussi beau que cataclysmique. Si, du haut de 15 minutes au compteur, le terminal 'Ephemeral Eternities', ceint de touches plus ambient, n'évite sans doute pas quelques longueurs, ce maigre défaut ne grève en rien l'impressionnante réussite de Phobos Monolith tout du long envoûtant dont chaque écoute donne aussitôt envie de remettre le couvert., marque des grands albums s'il en est... (Childéric Thor@2015)

mercredi 16 septembre 2015

Krönik | Drudkh - A Furrow Cut Short (2015)


On a beau aimer Roman Saenko, le trouver talentueux et le suivre depuis une bonne quinzaine d'années, il est cependant de bon ton aujourd'hui de reconnaître l'incontestable érosion de sa créativité. Entre un Hate Forest jamais remplacé, un Dark Ages, son jardin secret dark ambient aussi méconnu que gigantesque, désormais dans la fosse, et une multitude de projets à l'avenir incertain (Rattenfänger, Precambrian) ou déjà enterrés à l'image du sous-estimé Old Silver Key, la direction que prend la carrière de l'Ukrainien parait confirmer ce déclin sinon cette aura disparue, celle qui nappait jadis les premières offrandes de Drudkh qu'il n'est plus jamais vraiment parvenu à capter de nouveau, au moins depuis "Microcosmos", quand bien même "Handful Of Stars", par exemple, égrenait encore et à sa manière sinistre un feeling désespéré à souhait. 

Mais, si chaque nouvel opus de l'un de ses groupes laisse tout d'abord une impression positive, force est pourtant d'admettre que le temps leur est souvent fatal. Que retenir en effet de "Dark Star On The Right Horn Of The Crescent Moon" de Blood Of Kingu ou de "Eternal Turn Of The Wheel" de Drudkh justement ? Un sort identique sera-t-il réservé à "A Furrow Cut Short" ? Les nombreuses heures passées à l'écouter nous laisse pourtant penser qu'il a le potentiel pour bien vieillir, pour imprimer son empreinte dans un sol ensanglanté. 

Non pas que Saenko ait réussi à raviver la flamme mélancolique qui brûlait dans le cœur de "Forgotten Legends" mais avec ce dixième album (déjà !) sous la bannière de ce black atmosphérique maintes fois copié et néanmoins rarement égalé, il tend (enfin) à faire progresser son art, à briser certains automatismes, quoique sa signature reste reconnaissable entre mille, surtout depuis que son line-up s'est stabilisé autour de l'inébranlable duo qu'il forme avec le fidèle Thurios. 

Premier constat, le groupe a abandonné les intros, outros et interludes de rigueur pour ne coucher sur bandes que de vrais titres qui, pour la plupart, gravitent autour des dix minutes au compteur, format toutefois habituel pour nos Ukrainiens. Deuxième constat, ceux-ci semblent avoir trouvé l'équilibre juste entre d'un côté une noirceur froide et haineuse, que le chant rageur incarne parfaitement, et de l'autre cette lancinante mélancolie, cet éclat atmosphérique qui ont fait leur réputation. Troisième et dernier constat, les nappes de claviers se font cette fois-ci plus discrètes, ce qui est (forcément) une bonne nouvelle. 

Il en résulte un album certes dans la lignée de "Eternal Turn Of The Wheel", pour le son et une certaine âpreté notamment, cependant plus proche de "Blood In Our Wells" que de "Handful Of Stars". L'œuvre marque surtout le retour des grandes compositions, celles qui creusent de profonds stigmates dans la mémoire et feront date à coup sûr. 

Tel est le cas dès le premier diptyque de l'album, 'Cursed Sons', lequel traduit toute cette ambivalence, conjuguant férocité tranchante et envolées envoûtantes. Rapide bien que fissuré dans sa seconde partie par des breaks aussi superbes que lancinants pendant lesquels la basse sonne avec une rondeur tellurique, 'To The Epoch Of Unbowed Poets' se révèle du même tonneau. 

Plus lent, 'Embers' ouvre de vastes et épiques paysages tandis que le second segment de 'Dishonour', en plongeant dans le passé, nous rappelle quel grand groupe demeure toujours Drudkh même si la magie de l'époque "Forgotten Legends" et "Autumn Aurora" s'est définitivement envolée, ce que l'on a depuis longtemps compris... (Childéric Thor@2015)

mercredi 1 avril 2015

Krönik | Falls Of Rauros - Believe In No Coming Shore (2014)


Avec Agalloch et bien d'autres encore, Falls Of Rauros forge un Black Metal ancré dans un cadre géographique bien précis, celui du nord des Etats-Unis, art noir foncièrement connecté à la nature, enraciné dans une terre presque mystique, un art qui sent les cèdres et invite à des rêveries pastorales. Black/folk à ses débuts, le groupe de Portland coule peu à peu son style dans une veine plus atmosphérique sinon mélodique voire progressive, parfois aux confins d'une americana tumultueuse. Troisième album du quatuor, "Believe In No Coming Shore" témoigne de cette évolution. Certaines de ses six compositions ne manqueront d'ailleurs pas de surprendre, agréablement, instrumentales, à l'image de l'inaugural "Blue Misshapen Dusk", perle acoustique tavelée de couleurs automnales, ou bien percées d'ouvertures stratosphériques déchirantes de beauté, illustrées notamment par la dernière partie de l'épique "Ancestors Of Smoke". Malgré la puissance torrentielle du chant écorché ("Ancestors Of Shadows"), l'album semble trouver son pouls dans ces longues parties où guitares, basse et batterie fusionnent pour créer un tertre à la fois massif et vespéral qui emporte tout, reléguant les lignes vocales au rang de figurant. A l'écoute de "Believe In No Coming Shore", on mesure combien ses géniteurs ont travaillé leur art avec minutie et un sens de la progression magnifique. On en veut pour preuve l'immense "Waxen voices", dont les premières notes égrenées par une guitare d'une sècheresse osseuse sont ensuite rejointes par des percussions, lente élévation vers des cieux remplis de sombres nuages. Presque à mi parcours, le titre se pare alors et enfin d'oripeaux Black Metal jusqu'aux ultimes mesures belles comme un chat qui dort. Ne serait-ce d'ailleurs ces vocalises hurlées, certaines accélérations et l'aspect parfois abrasifs des guitares, on aurait presque envie de retirer à Falls Of Rauros cette étiquette black metal qui paraît désormais bien réductrice à son égard. Le morceau éponyme et terminal, tout en arpèges folk ou "Spectral Eyes", lui aussi marbré de nervures atmosphériques, montrent ainsi la distance qui sépare le style originel des Américains de leur écriture d'aujourd'hui, quand bien même ces éléments acoustiques et mélodiques ont toujours défini leur identité mais d'une manière plus diffuse autrefois. Cette évolution n'est pas pour nous déplaire surtout lorsque que la réussite est au rendez-vous, comme elle est ici, avec ce "Believe In No Coming Shore" de haute volée, opus d'une beauté aussi cristalline que terreuse. Falls Of Rauros avance, progresse, peaufinant une signature qui s'affranchit des genres sans se renier, conservant de fait ses racines enfouies dans le socle nord-américain, minéral et boisé. (cT2014 | La Horde Noire)


Atmospheric Black Metal | 41:56 | Bindrune Recordings