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dimanche 25 octobre 2015
mercredi 30 septembre 2015
Krönik | Abstracter - Wound Empire (2015)
On se doutait bien que Abstracter ne tarderait pas à dévoiler sa nature monstrueuse. Il y a plus de deux ans, "Tomb Of Feathers" avait jeté les bases d'un art aussi vicié que douloureux, sorte de créature effroyable, bien que non dénuée d'une forme de beauté (noire), née de la copulation entre sludge évolutif et black corrosif.
"Wound Empire" fait mieux que transformer ce premier essai, propulsant les Américains vers les sommets que nous devinions et espérions. Mieux produit que son prédécesseur, cet opus a quelque chose d'une cathédrale aux dimensions gigantesques se dressant au milieu d'un champ de ruines, à l'image de son remarquable visuel.
Ces complus irions étirent leurs tentaculaires ramifications sur des fondations lourdement et profondément enracinées dans une terre sale et ensanglantée. Fidèle à une architecture massive, le groupe enfante quatre pistes qui gravitent toutes autour des dix minutes au compteur, durée colossale leur permettant de remuer vicieusement les chairs.
Bien que figée par une inexorable et minérale souffrance, l'œuvre, aux traits gris et sévères, pourrait être monolithique et n'être que cela. Or il n'en est rien, non pas que le tempo, aux allures de désespérés coups de boutoir, parvienne jamais à se libérer de sa nasse ferrugineuse, mais Abstracter sait faire progresser sa trame et éviter les longueurs ô combien fâcheuses dans lesquelles sombre trop souvent l'exercice lorsqu'il est entre les mains de médiocres. Ce qui n'est bien entendu pas le cas ici.
Encore une fois, les gars n'inventent rien et il y aura bien toujours quelques grincheux pour le leur reprocher. Soit ! Reste que dans le genre, "Wound Empire" ne saurait être critiqué, bloc de matière brute dont les fissures qui le lézardent laissent échapper des émanations puissamment sombres.
Atmosphérique parfois, à l'image de la première partie de 'Glowing Wounds' qui s'éteint en revanche sur un final aussi apocalyptique que définitif, mais constamment travaillé de l'intérieur par une tension explosive et malsaine, l'album vibre d'une force souterraine, emporté par les rouleaux d'une batterie rocailleuse ('Lightless'), lourd substrat que raclent des guitares cendreuses tour à tour profondes excavatrices ou pinceaux de tristesse ('Open Veins'). Au loin, le chant, hurlé et broyé, crache sa bile comme si demain ne devait plus jamais exister.
Tendu comme le foc d'un navire, "Wound Empire" est comme un étau, comprimant toute source de vie et d'espoir. Moins corrompu par le black metal que ne l'était "Tomb Of Feathers", en même temps plus canalisé dans son expression sonore d'une violence paroxysmique, il est un disque plus abouti, confirmant le potentiel de ses créateurs. (Childéric Thor@2015)
samedi 26 septembre 2015
Krönik | Ashtar - Ilmasaari (2015)
Mari et femme dans la vie, il est donc presque naturel que le Finlandais Marko Lethtinen et celle que l'on connaît sous le seul prénom de Nadine décident de mêler leurs forces dans un projet commun. Ashtar est donc le fruit de cette union.
Il est fréquent dans les couples que l'un ait l'ascendant sur l'autre, ce qui se vérifie ici. Et c'est la belle, à la fois chanteuse, guitariste et bassiste, qui impose sa griffe au duo, artisan d'un art aussi douloureux que vicié, dans la continuité du doom mortifère de Shever, l'ancien port d'attache de la jeune femme, loin par conséquent du stoner space rock de Phased, l'autre groupe de son batteur de mari.
Le cadre est posé, (forcément) plombé, rugueux, tellurique, socle étouffant auquel est aussi injectée une puissante dose de black metal ('These Nights Will Shine On'). Le résultat se veut terrifiant d'intensité malsaine, édifice monumental dont les arcs-boutants sont ces guitares directement connectées aux entrailles de la terre, rongées par la rouille et cette voix hurlée, comme frottée avec du papier de verre.
Une chape de plomb s'abat sur "Ilmasaari", premier album aux allures de Golgotha, chemin de croix escarpé sillonnant à travers des paysages meurtris, dévastés. Quarante-six minutes faites de coups de boutoir implacables, imprimant une tension souterraine. Mais Ashtar n'est pourtant jamais aussi bon que lorsqu'il libère un ressac répétitif, tricotant alors des instants pétrifiés comme suspendus au-dessus d'un gouffre sans fin.
Son art confine alors à une sorte de transe granitique d'où jaillissent des geysers de beauté, à l'image de 'Celestial', épicentre de presque treize minutes au jus, point G d'une lenteur hypnotique à la fois aérien et minéral. Presque instrumentale, cette piste est travaillée par de multiples forces qui la rendent passionnante, justifiant à elle seule l'acquisition de ce galop d'essai taillé pour les admirateurs de la déesse blonde dont les interventions aussi bien derrière le micro qu'en secouant le manche d'une guitare ou d'une basse, font trembler les murs ('Moons'), excavatrice creusant dans le sol un oppressant tunnel conduisant dans les profondeurs de l'indicible.
Bloc de matière brute et noire, qu'éclairent à peine quelques rais de lumière, "Ilmasaari", est un premier album en tout point magistral, tentaculaire et suffocant mètre-étalon d'un blackened doom d'une vicieuse beauté. (Childéric Thor@2015)
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