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dimanche 25 octobre 2015

Krönik | Bubonic Christians - Demo I (2014)


Certes, petit étron de cinq titres, il n'en demeure pas moins que cette démo séminale de Bubonic Christians mérite franchement le détour. Parce qu'elle exalte toutes les valeurs du vrai Black metal underground, celui qui ne peut proliférer que dans l'obscurité, loin d'une lumière qui jamais ne vient l'effleurer, tape au tirage limité dans la (bonne) tradition du genre.

Parce que ses géniteurs ne sont pas des inconnus, activistes de l'ombre au nombre de trois : le guitariste Alcoholichrist (Hell), le chanteur Maxime Taccardi (K.F.R., l'un des multiples projets de Déhà) et l'ancien batteur de Christicide, Waste. Surtout parce que, comme ce fut le cas de "Obédience", dernière démo en date de Hell, cette ostie va en réalité bien au-delà du crachat evil qu'elle semble être.

De fait, si ses atours sales comme le sang menstruel, dont cette prise de son extrêmement crue et cette sève primitive et fiévreuse qui le secoue, arriment ce galop d'essai à un art noir bestial et orthodoxe, vierge de kystes mélodiques, il y a là un sens du riffing obsédant qui permet au trio d'être plus qu'une simple horde d'ayatollahs du black old school.

De même, le son, pour cradingue qu'il soit n'a rien d'un cache-misère derrière lequel est tapie la médiocrité. A l'instar de Peste Noire dont il diffère cependant, on sent chez Bubonic Christians la volonté de capter une forme d'énergie méphitique. Rustre et survolté, le son se veut donc plus recherché qu'il n'y parait.

On pourrait regretter que deux des cinq pistes proposées ne soient en fait que des versions instrumentales de 'Morbid' et 'Let Me Piss On Your Grave' qui ouvrent la marche, la première, saillie rapide et tordue à souhait, la seconde, implacable avec ses coups de boutoir qui labourent les chairs tel un scalpel rouillé, cependant que l'écoute s'achève (trop vite) sur un titre anonyme qui a des allures d'ébauche, de brouillon et sans lignes de chant non plus, mais au contraire, ce côté répétitif confère à cette démo l'aspect d'un maleström de négativité qui crachote, rituel impie dont nous sommes comme les témoins cachés dans l'ombre d'une crypte... (ChildéricThor@2015)

vendredi 9 octobre 2015

Krönik | Mortuus - Grape Of The Vine (2014)


Après un hiatus de sept années, MORTUUS est enfin de retour. Ceux qui sont sensibles - à raison - à ce Black suédois d'une noirceur aussi abyssale que mortifère, exalté par des hordes telles que WATAIN, FUNERAL MIST ou VALKYRJA, n'attendaient pourtant rien de ce Grape Of The Vine quasiment sorti des limbes car faisant suite à des débuts déjà oubliés incarnés par un EP puis un premier opus longue durée.

De fait, c'est presque un second départ que marque ce nouveau méfait. Celui-ci va-t-il corriger le tir et imposer cette fois ses géniteurs ? Son écoute achevée, nous aurions aimé répondre uniquement par l'affirmative or ce n'est pas (tout à fait) le cas. Non pas que cette offrande se solde par un échec, bien au contraire et nous y reviendrons mais elle est finalement trop avare de cette essence malsaine, de ce sperme vicieux tant recherchés.

Sinistres, ses traits le sont pourtant, soulignant des complaintes d'une funèbre lenteur. Animé par deux activistes de la chapelle noire locale, l'un (M. Hinze) ancien batteur d'ONDSKAPT et l'autre (Tehôm) actuel bassiste et chanteur d'OFERMOD (entre autres) qui sont donc allés à bonne école, MORTUUS maîtrise, ceci dit, l'art du riffing pollué, presque maladif ainsi que ce sens des ambiances dépressives libérées avec une aussi réjouissante que masochiste largesse.

Grape Of The Vine est à ce titre tout à fait réussi, rejeton morbide d'un black metal lancinant dont le tempo ne s'emballe à aucun moment, comme englué dans une noirceur indicible. Les atmosphères de décrépitude sont là, tissées par deux musiciens au savoir-faire éprouvé. Mais d'où viennent les grumeaux alors ? D'un manque de nuances sans aucun doute car ces longues macérations peinent à se distinguer vraiment les unes des autres. Prises séparément, elles inoculent pourtant toutes dans nos veines un funeste poison mais le tout qu'elles forment finit par lasser quelque peu.

Et comme MORTUUS ne s'enfonce jamais aussi loin dans les abîmes que certains de ses compatriotes (on pense à SVART notamment et à son insurpassable Förlorad ), Grape Of The Vine ne fait que s'approcher du grand disque qu'il aurait pu (dû) être. Ne boudons toutefois pas notre plaisir (façon de parler) face à cet album qui reste néanmoins largement supérieur à bien d'autres du même genre. (Childéric Thor@2015)

lundi 5 octobre 2015

Krönik | Black Cilice -Mysteries (2014)


Obscure et ténébreuse, la chapelle noire portugaise compte depuis ces dernières années parmi les plus passionnantes, scène palpitant de mort plutôt que de vie où l'orthodoxie d'un art primitif et cryptique prime sur une approche évolutive sinon moderne bannie du vocabulaire sonore de ces hordes souvent mystérieuses exaltant tous les codes du genre, autant dans la forme que dans le fond, ceux du mal originel et séculaire.

BLACK CILICE est l'un des noms les plus cultes de ce terreau lusitanien dont il symbolise admirablement les valeurs, créature nocturne et solitaire grimée de corpsepaint et auteur énigmatique car anonyme d'une oeuvre bordélique où depuis (seulement) 2009, se succèdent démos et autres splits de rigueur tirés en nombre limité pour le plus grand plaisir des collectionneurs pour qui le Black Metal doit rester cet art de l'ombre réservé à une poignée, ce qu'il aurait toujours dû rester.

Ayant canalisé - pour le moment - ce flot qui lui sort des orifices, le Portugais se fait désormais plus rare, privilégiant depuis deux ans le format long aux petites saillies. C'est pourquoi seule une compilation ( Old Curses ) sépare Summoning The Beast de Mysteries , troisième véritable méfait qui nous intéresse aujourd'hui, lequel porte l'incontestable marque, aussi sinistre qu'écorchée, de son procréateur. A l'épure d'une pochette où se découpe sur un fond noir la tête de goule du maître des lieux répond un art à la prise de son polluée, suintant de négativité par tous les pores, un art qui semble ne faire qu'un avec la nuit et les démons qui l'accompagnent.

Au programme, six pistes peut-être mais surtout un édifice de 38 minutes aux contours flous qui a quelque chose d'un magma gargouillant d'une espèce d'énergie tellurique. Tous les titres paraissent se confondre les uns les autres pour se fondre en une bouillie infâme d'où émergent hurlements possédés et riffs déglingués mais aussi un lointain éclat méphitique. A la fois rapide et hypnotique, régurgitant un mal-être absolu et labourant les chairs à vif, ces longues macérations ne filent jamais droit, elles semblent avoir été capturées au fond d'une cave qu'éclaire une pâle bougie.

Ce faisant, BLACK CILICE restaure cette noirceur unique venue des profondeurs de la terre qui caractérise le Black Metal originel. Et si au final, on n'a pas tout compris, s'impose l'impression d'avoir été emporté par un torrent fielleux aux allures de transe assourdissante. (Childéric Thor@2015)

jeudi 1 octobre 2015

Krönik | Morthus - Into Oblivion (2014)


Démarrons ces quelques lignes par les choses qui fâchent (un peu). Alors qu'il a vu la nuit il y a déjà quatre ans, longue période que certains aurait rempli jusqu'à la gueule de démos et autres splits, soit tous les signes de mort qu'affectionnent généralement les hordes noires, MORTHUS commence lui juste à cracher sa semence qu'il n'a d'ailleurs pas très généreuse, pour le moment du moins, puisque Into Oblivion n'est qu'un EP, lequel ne franchit même pas la barre des vingt minutes au compteur.

Ceci étant, on leur pardonnera cette apparente paresse car cette petite hostie laisse (peut-être) augurer de grandes choses à l'avenir, si ses géniteurs ne disparaissent pas des écran-radars d'ici là ! Alors certes, quatre titres, relativement courts qui plus est, c'est peu mais toutefois suffisant pour remarquer un potentiel qui fait plus qu'affleurer à la surface d'un black metal dont la moelle mélodique n'en étouffe heureusement pas la sombre essence. Comprendre donc que les Allemands s'inscrivent dans une certaine tradition, à la fois abrupte et heavy, sillon creusé en leur temps par DISSECTION et SACRAMENTUM.

Rien de très novateur, comme l'illustrent autant le nom du groupe que celui de cette carte de visite, ni d'indispensable à l'horizon mais qu'importe car MORTHUS, dont ce n'est pas la prétention, maîtrise son sujet. Simples – ce qui ne signifie pas qu'ils soient pauvres – et toujours dynamiques, ces quatre titres galopent avec vélocité à travers un terrain meurtri, parcouru de fissures implacables. Les Teutons ne sont d'ailleurs jamais aussi bons que lorsqu'ils serrent (un peu) le frein à main, dressant alors une lourde et venimeuse verge, imprimant un tempo digne d'un panzer, témoins les breaks saignants qui perforent Symphony Of The Black Death. Dommage cependant qu'ils ne se montrent pas plus nuancés dans leur écriture dont les mêmes ficelles sont plus ou moins à chaque fois reproduites d'un morceau à l'autre, quand bien même Blinded By The Holy Light se distingue par ses premières mesures plus lentes.

Voilà donc à l'arrivée une première offrande solide bien qu'éprouvée, au goût de trop peu et dont les qualités restent à confirmer, sculptée par un groupe qu'on souhaite à l'avenir plus actif... (Childéric Thor@2015)

mardi 29 septembre 2015

Krönik | Northern Crown - In The Hands Of The Betrayer (2014)


Comme l'artwork de son acte de naissance le laisse pressentir, NORTHERN CROWN braconne sur les terres du doom, celui qui se veut lyrique et épique, qui n'oublie donc pas que ses racines sont avant tout le heavy metal, option très justement confirmée par la relecture du classique de CANDLEMASS, Crystal Ball.

Il est d'ailleurs évident que ce duo américain a beaucoup écouté les Suédois. Trop diront certains. Mais quand le résultat convainc, peu importe au final que les influences saillent comme des câbles à haute tension. Tel est In The Hands Of The Betrayer, qui amorce l'écoute de ce EP du même sous les meilleurs augures. En quatre minutes environ, le groupe nous ramène plus de vingt en arrière lorsque la bande à Leif Edling comptait dans ses rangs le moine Marcolin, nous faisant (presque) oublier que Frank Serafine, malgré un timbre puissant, n'a pas le talent de son aîné européen.

Reste donc qu'en une demi heure, NORTHERN CROWN pose les jalons d'une carrière non dénuée de promesse et de potentiel. Son seul défaut tient, paradoxalement, dans la cover déjà citée en cela que celle-ci, s'impose comme le point d'orgue d'un menu qui ne manque pourtant pas de tenue, à l'image de A Perfectly Realized Torment. Rien n'y fait toutefois, ce Crystal Ball écrase ses compagnons d'écoute. or, il est toujours fâcheux qu'une reprise se révèle être le Valhalla d'un album...

Ne boudons cependant pas notre plaisir face à ce qui n'est après tout que les balbutiements d'un projet en devenir. Bien qu'un  peu trop long et n'évitant par moment que de justesse la noyade dans le sirop (comprendre, il y a trop claviers donc), un titre de l'acabit de To Thee I Give An Orchid qui du haut de ses dix minutes au garrot, d'une belle puissance mélodique, brassent nombres de (bonnes) idées.

L'actif l'emportant sur le passif, In The Hands Of The Betrayer se veut une honorable découverte, tribut sombre et épique en hommage à notre chère déesse Doom. Ceci étant, NORTHERN CROWN saura-t-il rivaliser un jour avec son mentor ? En a-t-il ne serait-ce que les moyens d'y parvenir ? Il est permis d'en douter, ce qui n'enlève rien à sa valeur, modeste et sympathique comme une bonne série B. (Childéric Thor@2015)

lundi 28 septembre 2015

Krönik | Akentra - Alive (2014)


Séduits en 2010 par un premier album rafraîchissant, nous étions malheureusement depuis sans nouvelles d'Akentra. Le groupe français, qui comptait dans ses rangs à ses débuts deux membres d'Headline, le claviériste Aymeric Ribot et surtout le guitariste Didier Chesneau, est donc enfin de retour, d'où le nom de cette seconde offrande que nous n'espérions plus vraiment. 

Vivants, les musiciens le sont, bien décidés à rattraper le temps perdu. Ils le méritent tant leur gothic metal le vaut bien. "Alive" reprend les choses où les avaient laissées "Asleep". Les qualités soulignées à l'époque ne se sont pas envolées avec ces années d'abstinence discographique, à commencer par cette écriture sophistiquée et élégante qui distinguait déjà il y a cinq ans Akentra des nombreux groupes du même style à l'inspiration moisie. 

Sur un socle serré que recouvrent de lourds sédiments, ces nouvelles compositions, toutes aussi solides qu'irrésistibles, témoignent du long travail de leur auteurs pour en soigner tous les détails, courts tableaux où rien n'est laissé de côté. Varié et dynamique, l'album regorge de (bonnes) idées, illustrées notamment par le très beau 'Lies', titre lent que minent des ambiances désenchantées. 

Citons également le diptyque 'Final Dance' qui voit une seconde partie aux puissants atours succéder à un premier segment plus calme sinon intimiste, 'Future' gainé d'un enrobage appuyé très heavy, 'My Son' et sa mélodie accrocheuse que tissent des guitares entêtantes, témoignages parmi tant d'autres d'un talent encore trop méconnu. 

Bien sûr, comment ne pas évoquer le chant de Lucia Ferreira, clé de voûte de cet édifice à la fois lourd et ensorcelant. Elle se fond dans tous les registres avec la même aisance mais démontre encore une fois toute l'étendue de son talent lors de poignantes accalmies, à l'image de 'The One', respiration dont la sobre beauté n'aurait de toute façon pas pardonné la médiocrité. 

Long de cinquante minutes, "Alive" déroule en définitive un menu que ne grèvent ni baisse de régime ni faute de goût, ponctué de moments magiques. Il honore de manière fidèle et racée un gothic metal plus personnel qu'il n'y paraît car teinté d'une émotion discrète. Cela suffira-t-il pour permettre à Akentra de (re)trouver la place qui devrait être la sienne ? On le souhaite tant cet album transforme l'essai avec intelligence et finesse. Une belle confirmation pour certains, une découverte qui l'est tout autant pour les autres. (Childéric Thor@2015)

dimanche 27 septembre 2015

Krönik | Cold Dark Matter Records - Prima Giedi (2014)


On peut être un modeste (par la taille non par la valeur) label et pourtant réussir l'exploit de rassembler sur une même affiche ce qui se sait de mieux en terme d'Ambient Indus sludge doom etc... hexagonal (surtout). Ce label, c'est Cold Dark Matter dont les deux premières offrandes, celle de FANGE et le split LEBEN OHNE LICHT KOLLECTIV / IMMEMORIAL, nous avaient déjà bien remué les tripes.

L'affiche, c'est une doube compilation baptisée Primo Giedi au menu pantagruellique qui se divise en deux parties, "Deimos" puis "Phobos", soit, excusez du peu, près de deux heures de son(s) ! Et ce qui aurait pu se solder par un gros plat indigeste difficile à terminer, s'enfile avec une étonnante aisance. Car ce qui aurait pu ne se réduire qu'à un catalogue aussi incohérent que fastidieux épouse au contraire la forme d'un ensemble indivisible dont l'apparente hétérogénéité ne grève pas une progression intelligement élaborée où chaque morceau s'imbrique dans un édifice d'art total.

Quel rapport en effet et à priori, entre la dark ambient métaphysique de TREHA SEKTORI et le sludge spatial de BITCHO ? Entre le Doom de HAXO et l'indus mélancolique de KILL THE THRILL ? Peu de choses peut-être si ce n'est la même encre noire du désespoir qui a servi à leur écriture. Pourtant, une belle fluidité caractérise cette indispensable compilation derrière laquelle on sent la présence d'un démiurge qui possède une vraie vision artistique aussi bien qu'esthétique.

Damien Luce, qui en a profité pour y glisser un titre de son ART 238, est ce magicien qui a donc conçu cette somme comme une oeuvre à part entière, bloc aussi halluciné qu'hallucinant, aux dimensions monstrueuses. Du coup, vouloir en détailler soigneusement le menu, piste par piste, semble absurde et contraire à sa forme volontairement unitaire.

Mentionnons toutefois certaines d'entre elles, les contributions respectives de JESSICA 93, qui a des allures d'une respiration salvatrice, quoiqu'obsédante, au milieu de ce magma étouffant, de HENDIADYS et sa longue plainte d'une ambient décharnée et cosmique. Citons également V.I.O.L. et son infernal titre éponyme de quasiment trente aliénées minutes. Sans oublier le 'Berhn Enh Seh Erha' d'un TREHA SKTORI fidèle à un style dont il ne se départira sans doute jamais, ce qu'on ne lui demande pas de toute façon.

Mais arrêtons-là cette description afin de vous laisser emporter par ce voyage aussi sombre que trippant vers des sphères inconnues... (Childéric Thor@2015)

vendredi 25 septembre 2015

Krönik | Mare Cognitum - Phobos Monolith (2014)


On peut toujours faire confiance à I, Voidhanger pour défendre une certaine vision de l'art noir, évolutive et (souvent) passionnante. MARE COGNITUM, la dernière signature de cette sous-division d'ATMF ne déroge pas à cette règle immuable, entité palpitant d'une sève aussi progressive que prolifératrice.

Ce one-man band californien n'en est pas pour autant à son coup d'essai, déjà auteur de deux précédentes offrandes et d'un split partagé avec SPECTRAL LORE. Ces quelques détails associés à un son superbe visuel, sont les précieux indices quant à la teneur de ce Phobos Monolith tentaculaire. Cosmique et mangeur d'espace, cet opus décolle très haut vers des sphères célestes où l'homme n'a pas sa place, oeuvre démiurgique venu des profondeurs d'un trou noir.

Consituée de quatre (très) longues pistes, celle-ci aurait pu paraître difficile d'accès, ardue à pénétrer. Elle aurait aussi pu s'essouffler en cours de route, ce genre de format épique n'étant pas donné à tout le monde. Or il n'en est rien. Mieux et osons le crier très fort, Phobos Monolith se pose d'emblée comme un monument de Black Metal atmosphérique. A son écoute, il est permis de penser un peu à AGALLOCH, pour la voix du seul maître des lieux, le dénommé Jacob Buczarski, la dimension folklorique et automnale en moins.

Ceci dit, une certaine tristesse ourle ces compositions priapiques, notamment 'Noumenon', titre plus posé que le reste du menu galvanisé par une énergie comme venu de la fin des temps. Sa première partie justifie à elle seule sa découverte. L'album s'ouvre en effet sur les 13 minutes de 'Weaving The Thread Of Transcendence', périple fantastique aux multiples aplats. Après une lente et instrumentale entame belle à pleurer qui étend un tapi d'ambiances doucement mélancoliques, le ton se durçit et le titre démarre finalement pour dresser une grandiose érection vers les étoiles. Soulignée par des nappes de claviers aux accents cosmiques, la guitare galope, traçant dans la terre de majestueux sillons.

Propulsé par des blasts tronboscopiques, 'Entropic Hallucinations' braconne sur les terres froides et mécaniques des DARKSPACE et autre BORGNE, pour un résultat aussi beau que cataclysmique. Si, du haut de 15 minutes au compteur, le terminal 'Ephemeral Eternities', ceint de touches plus ambient, n'évite sans doute pas quelques longueurs, ce maigre défaut ne grève en rien l'impressionnante réussite de Phobos Monolith tout du long envoûtant dont chaque écoute donne aussitôt envie de remettre le couvert., marque des grands albums s'il en est... (Childéric Thor@2015)

mercredi 23 septembre 2015

Krönik | Satanic Warmaster - Fimbulwinter (2014)


Incapable de se contenter d'une seule maîtresse à lutiner, Werwolf multiplie depuis toujours les projets et autres collaborations plus ou moins durables, expliquant pourquoi SATANIC WARMASTER, son principal port d'attache, ne livre que très rarement un nouveau véritable méfait, quand bien même l'homme n'est jamais avare de sa maléfique semence qu'il crache régulièrement par le biais d'un grand nombre de démos, 7'' et autres lives. Mais il n'en demeure pas moins que le successeur de Nachzeher, offert en 2010, était fortement attendu.

Quatre ans plus tard déboule donc ce Fimbulwinter par ailleurs assez étonnant, non pour sa valeur, égale à celles de ses devanciers mais pour ses atours des plus mélodiques. Cela se vérifie à tous les niveaux, qu'il s'agisse de la prise de son, claire et tellement loin de la croûte grésillante et Evil à laquelle SATANIC WARMASTER nous avait habitué dans le passé, que de ces ambiances qui n'appuient jamais vraiment sur l'interrupteur, témoin la reprise de Vornat, 'Korppi' cependant que les claviers, de part leur importance, ont tendance à vider le menu de sa négativité ('When Thunder Hail') et ce, nonobstant la rapide brutale qui propulse une bonne moitié de celui-ci, à l'image de 'Dragon's Egg'.

Plus long que ses aînés, Fimbulwinter est en réalité en deux parties. A un premier segment, sans doute moins intéressante car plus quelconque et qu'animent les titres les plus directs, en succède ainsi un second aux pistes plus étirées, oscillant entre sept et huit minutes au jus, davantage portées sur les atmosphères sombres et glaciales. C'est tout d'abord 'Nuin-Gaer-Faun' dont une bonne moitié est instrumentale, puis 'Winter's Hunger' qui, après un furieux début, guidé par des guitares abrasives, mute en plage immobile aux couleurs hivernales, parfaite transition annonçant le terminal 'Silent Call Of Moon's Temples', lente respiration synthétique égrenant les notes minimalistes d'un Ambient Black Metal suintant une solitude infinie.

Malgré ses réelles qualités, cette nouvelle offrande déçoit quelque peu surtout après ses quatre années d'attente. On attendait mieux et plus sinistre de la part de SATANIC WARMASTER dont Nachzeher, notamment, demeure un modèle du genre. Reste un album efficace et très bien fait bien que trop vierge de cette froide et forestière négativité que nous recherchions... (Childéric Thor@2015)

samedi 19 septembre 2015

Krönik | Mesmur - S/T (2014)


Ce qu'il y a de chouette avec la technologie d'aujourd'hui et la dématérialisation, c'est que des musiciens localisés en divers points du globe peuvent tout de même se réunir et monter un groupe !

Tel est ainsi le cas de MESMUR, formation qu'on peut donc qualifier d'internationale, dont les membres sont basés aux Etats-Unis, en Norvège et en Australie ! Pourtant musique sombrement organique, le Funeral Doom que forge cette nouvelle entité ne souffre ni de l'éclatement de ses ressources humaines ni du pedigree finalement assez obscur de ses géniteurs.

Au contraire car ce premier essai éponyme s'impose même d'emblée comme une des plus vertigineuses - et donc aussi une des plus réussies - offrandes que cette chapelle doloriste nous ait offert depuis longtemps, à tel point que celui-ci semble être l'oeuvre de prêtres chevronnés ayant le doom funéraire chevillé au corps. Or ce n'est pas le cas. Le mérite de MESMUR n'en est donc que plus grand.

L'album est de ceux qui se vivent, se ressentent plus qu'ils ne se décortiquent (vainement) dans les moindres détails. Face à cet opus aux allures de bloc austère, sa genèse, sa conception, importent assez peu, pétrifiant sur place le pèlerin qui ose s'aventurer dans ses terrifiantes arcanes. L'oeuvre tire une bonne part de sa réussite de sa pureté. Pureté de traits que ne parasitent jamais aucun kystes extérieurs. Pureté de ton que mine une mélancolie aussi belle qu'absolue.

Entre EVOKEN et MOURNFUL CONGREGATION, MESMUR reste en définitive fidèle à une vision du genre classique, aux frontières d'un death doom rocailleux. Ce qui ne signifie absolument pas que son art soit daté car, grondant d'une véritable puissance souterraine capable de faire trembler les murs. L'opus déroule un menu aux lignes sévères et épurées qu'incarnent cinq longues plaintes dont le pesant monolithisme est brisé, ici par une cendreuse accélération ('Deprivation'), là par de discrètes notes de piano fantomatiques et néanmoins mélodiques ('Abnegate').

Malgré la triste beauté d'une toile enveloppante que tissent les guitares ('Descend'), peu de lumière ne filtre cet impénétrable rideau de brume qu'étend chant d'outre-tombe et rythmique en apnée. Mesmur est comme une marche funéraire sans espoir de retour, plongée dans l'indicible d'une force granitique, route menant à une cathédrale de désespoir dont les parois, froides comme la roche en hiver, s'abîment dans les profondeurs de la terre. (Childéric Thor@2015)

mardi 14 avril 2015

Krönik | Les Mémoires Fall - Endless Darkness Of Sorrow (2014)


Art de la douleur, le Doom a peu à peu essaimé à travers toute la planète, quand bien même les longues nuits d'hiver, les paysages désolés, forment un cadre plus propice à sa prolifération que des terres écrasées par le soleil. Etonnamment (ou non), l'Amérique latine est parsemée de chapelle en honneur à cette déesse de la tristesse. Fungoid  Stream en Argentine, Mar De Grises, Mourners Lament ou Aura Hiemis au Chilie, sont quelques uns de ses révérends. 

Les Mémoires Fall a vu quant là lui la nuit au Brésil. "Endless Darkness Of Sorrow" est sa première véritable hostie toutefois précédée d'un split avec Lugubres deux ans plus tôt. Ce curieux nom cache un groupe nostalgique du gothic doom des années 90, comprendre avec du chant féminin accouplé à des grognements de bête en rut dedans donc. La recette est connue et l'intéressé ne cherche d'ailleurs pas à s'en éloigner ni à en briser les codes, ce que confirme de toute façon le caractère inodore du titre de l'album. 

Et malgré ses faiblesses de forme dont une prise de son qui peine à cacher son manque de moyens et de fond (des voix féminines hésitantes), ce galop d'essai n'est pas sans charme, celui des premières fois, maladroit mais touchant, celui propre à cette scène latine détentrice d'une identité particulière qui n'a rien à voir avec celle des paroisses plus septentrionales. Les Mémoires Fall possède à sa manière, modeste et artisanale (ce n'est pas un gros mot), ce son crépusculaire et ténébreux que l'on croise chez la plupart de ces lointaines formations du Sud de l'Amérique. 

Evoquant le spectre du UK doom, "Endless Darkness Of Sorrow se déploye par le biais de longues plaintes dont certaines sont très belles, telles que l'inaugural "River Of Pain" ou bien encore "The Sun Fell". Gluants, les claviers soulignent heureusement plus les ambiances qu'ils ne les tracent, rôle tenu par les guitares sécrétatoires d'une mélancolie aux touches à la fois diaphanes et cendreuses. 

Ce premier opus des Brésiliens est à prendre pour ce qu'il est, rondelle séminale dont le (petit) charme naît justement de ses défauts et de la simplicité de ses traits, agréables à l'heure des disques sur produits. Car le doom a toujours tiré une bonne part de sa beauté, de son âme également, d'un son tout en aspérité. (Shapeless Vision Records | La Horde Noire)


jeudi 9 avril 2015

Krönik | Emrevoid - Riverso (2014)


Silencieux depuis trois ans et un premier album éponyme, nous pourrions bien sur affirmer que nous attendions avec impatience le retour de Emrevoid. Ce que nous ne ferons pas, pour la simple et bonne raison que ce groupe italien nous était encore inconnu jusqu'à la découverte de "Riverso". Avons-nous rater quelque chose ? Au regard de ce dernier, il est bien possible en effet que cela soit le cas, concentré d'une brutalité à la fois technique et viscérale. Sans chercher à exagérer le talent de ce quatuor, force est d'admettre que celui-ci impressionne par sa vigoureuse maîtrise d'un genre qui ne pardonne pas la médiocrité. De quel genre s'agit-il d'ailleurs ? A question simple, réponse qui l'est beaucoup moins en cela que Emrevoid brouille constamment les pistes, ce qui n'aide à son étiquetage. Ce qui est tout à son honneur. Ainsi, à la place du death black annoncé prolifère un Metal extrême protéiforme. Bien que EP d'une vingtaine de minutes, "Riverso" présente une densité digne d'une rame de métro parisien aux heures de pointe. D'un format toujours resserré, ces six compos dressent une tension qui jamais ne se ramollit. Chacune d'entre elles, même 'Mostro' (une minute 37 au compteur !), déploient des trésors d'inventivité qui les rendent non seulement passionnantes mais surtout puissamment alambiquées, autant de courts dédales au maillage ultra serré et aux nombreuses strates qui se chevauchent. La complexité du death y copule avec la intensité fiévreuse du black pour un résultat aussi dissonant qu'ambitieux. L'inaugural 'Patibilo' illustre parfaitement la signature des Italiens, déflagration qui tabasse d'abord tout sur son passage avant de changer de visage en cours de route au moment om est entamée une vicieuse décélération tandis que le chant se fait plus grave. 'Il Tuo Disegno' est fait du même bois avec ses breaks malsains qui le lacèrent de part en part et que vrillent des riffs sinueux. Moins véloce se veut en revanche 'Obbedianzassenza', pesant mid-tempo que secouent toutefois de brutales éruptions d'une semence rageuse. Fort de ce méfait impeccable, il est à souhaiter que Emrevoid ne patiente pas trois années supplémentaires avant de revenir nous faire saigner les orifices. Car on en redemande et vite ! (cT2014 | La Horde Noire)


Black Death | 23:19 | Drown Within Records




lundi 6 avril 2015

Krönik | Desiderii Marginis - Hypnosis (2014)


Johan Levin nous aura décidément gâtés durant cette année 2014, pendant laquelle il aura offert deux albums, "Thaw" pour commencer, dont le statut de simple compilation ne le rend pas moins pas indispensable, et surtout "Hypnosis", une double ration de musique (?) pour succéder à "Procession" qui, il y a trois ans, marquait le grand retour du Suédois après un hiatus de plusieurs années. Son titre - inodore - ainsi que son visuel peu inspiré ne doivent bien entendu pas vous faire passer à côté de cet opus qui confirme au moins deux choses. D'une part que la Dark Ambient, bien qu'hermétique et exigeante, est loin d'être un genre figé et uniforme, palpitant au contraire d'une richesse qui semble sans fin, mais cela, on le savait déjà. D'autre part que Desiderii Marginis affiche depuis sa résurrection une inspiration décuplée et plus belle que jamais, même si cela, on le savait aussi. Du haut de ses (presque) deux heures de son(s), on aurait pu craindre que "Hypnosis" s'essouffle sur la durée ou soit difficile d'accès. Il n'en est pourtant rien, témoignant encore une fois et si besoin en était, du talent du bonhomme qui réussit tout du long à captiver, à passionner, nous emportant avec lui dans ce voyage introspectif, propice au recueillement. Si elle se drape dans le voile spectral d'une beauté absolue, l’œuvre n'en demeure pas moins minée par une tristesse qui l'est tout autant. Comment à ce titre ne pas être touché jusqu'au plus profond de son cœur, de son âme, par une plainte telle que 'Lazarus Palace', monument sécrétatoire d'une mélancolie aussi superbe que mortuaire ? Comme toujours, la Dark Ambient que tisse Desiderii Marginis se révèle plus émotionnelle que menaçante, des émotions trempées dans l'encre noire du désespoir le plus glacial. Englué, pétrifié par un souffle funéraire. C'est un art froid comme la roche en hiver et d'une dimension presque religieuse, art de la contrition face à une faute qui ne peut être pardonnée. "Hypnosis" est également traversé par nombre de fulgurances, puisées dans une palette de sonorités diverses bien qu'homogènes : samples de voix désincarnées ('Black Feathers'), soundscapes frissonnants ('Unmasked'), bruitages corrosifs qui rouillent la surface de ces complaintes étirées, lesquelles semblent se déliter à l'infini, déroulant un tapis aux limites floues d'émanations sombrement hypnotiques, et charriant des images de mort, de solitude et de douleur. A l'arrivée, Desiderii Marginis nous régale avec cette œuvre monumentale pour laquelle une vie entière ne suffira jamais pour en déceler tous les trésors nichés dans sa funèbre intimité. (cT2015 | Music Waves)


Dark Ambient | 108:00 | Cyclic Law





vendredi 3 avril 2015

Krönik | Valse Noot - So Straight Architecture (2014)


A l’heure du formatage à outrance, de la musique fast-food aussitôt avalée aussitôt oubliée, qu’il est agréable de découvrir un groupe tel que Valse Noot. Encore que mot « agréable » n’est sans doute pas le terme adéquat pour définir une mixture aussi folle que déglinguée capable autant de captiver que de faire fuir. Car, épris d’une liberté tout azimut, les Brestois ne font à priori rien pour brosser l’auditeur dans le sens du poil, passant toutes leurs influences – bariolées – à la moulinette d’un Free Rock Noise Pyschtrope (c’est eux qui l’appellent ainsi), étiquette qui a au moins le mérite de cerner l’indéfinissable. Les gars citent volontiers Les Melvins et Mike Patton comme source d’inspiration, patronage pour une fois non galvaudé. C’est dire. Bon, tout ça est très bien, mais c’est ça ressemble à quoi, Valse Noot, alors ? A rien, justement. « So Straight Architecture », le premier album des Français, aurait du coup pu être vain, bruitiste et sans queue-ni-tête, empilement incohérent de strates. Ce que, par miracle, il n’est jamais, gageure qu’il doit déjà au talent visionnaire de ses géniteurs qui évitent de se prendre les pieds dans ce maillage (faussement) bordélique. Emportée par un tourbillon aussi fiévreux que frénétique, la rondelle est, on le sent, solidement tenue par des musiciens qui savent très bien où ils vont et où ils veulent nous conduire. Il s’en dégage de fait une espèce de liberté furieuse ainsi qu’un vent de sournoise folie. Tout du long, « So Straight Architecure » gravite au bord de la rupture, injectant dans les veines un poison qu’incarne autant le chant énervé de Def que ce magma instrumental aux allures de partouze. Relativement longues, ces pistes, au nombre de sept, dégorgent de toute part d’un fluide aux couleurs hallucinogènes qui les rendent à la fois alambiquées et généreuses (‘Run Off The Main’) souvent, radicales et entêtantes parfois (‘Delta’), orgamisques toujours. Leur découverte s’apparente à une dérive dans un dédale de miroirs où tout peut arriver, espace tromboscopique duquel jaillit pourtant des geysers de beauté, une beauté certes vicieuse bien que palpable. Aventures et frissons garantis avec cet opus séminal aussi ambitieux que jubilatoire, signé par un quatuor dont on espère entendre (re)parler très très vite et dont on devine que le potentiel reste encore à déflorer. (cT2015 | Sound Protest)


Free Rock Noise | Auto-production




mercredi 1 avril 2015

Krönik | Falls Of Rauros - Believe In No Coming Shore (2014)


Avec Agalloch et bien d'autres encore, Falls Of Rauros forge un Black Metal ancré dans un cadre géographique bien précis, celui du nord des Etats-Unis, art noir foncièrement connecté à la nature, enraciné dans une terre presque mystique, un art qui sent les cèdres et invite à des rêveries pastorales. Black/folk à ses débuts, le groupe de Portland coule peu à peu son style dans une veine plus atmosphérique sinon mélodique voire progressive, parfois aux confins d'une americana tumultueuse. Troisième album du quatuor, "Believe In No Coming Shore" témoigne de cette évolution. Certaines de ses six compositions ne manqueront d'ailleurs pas de surprendre, agréablement, instrumentales, à l'image de l'inaugural "Blue Misshapen Dusk", perle acoustique tavelée de couleurs automnales, ou bien percées d'ouvertures stratosphériques déchirantes de beauté, illustrées notamment par la dernière partie de l'épique "Ancestors Of Smoke". Malgré la puissance torrentielle du chant écorché ("Ancestors Of Shadows"), l'album semble trouver son pouls dans ces longues parties où guitares, basse et batterie fusionnent pour créer un tertre à la fois massif et vespéral qui emporte tout, reléguant les lignes vocales au rang de figurant. A l'écoute de "Believe In No Coming Shore", on mesure combien ses géniteurs ont travaillé leur art avec minutie et un sens de la progression magnifique. On en veut pour preuve l'immense "Waxen voices", dont les premières notes égrenées par une guitare d'une sècheresse osseuse sont ensuite rejointes par des percussions, lente élévation vers des cieux remplis de sombres nuages. Presque à mi parcours, le titre se pare alors et enfin d'oripeaux Black Metal jusqu'aux ultimes mesures belles comme un chat qui dort. Ne serait-ce d'ailleurs ces vocalises hurlées, certaines accélérations et l'aspect parfois abrasifs des guitares, on aurait presque envie de retirer à Falls Of Rauros cette étiquette black metal qui paraît désormais bien réductrice à son égard. Le morceau éponyme et terminal, tout en arpèges folk ou "Spectral Eyes", lui aussi marbré de nervures atmosphériques, montrent ainsi la distance qui sépare le style originel des Américains de leur écriture d'aujourd'hui, quand bien même ces éléments acoustiques et mélodiques ont toujours défini leur identité mais d'une manière plus diffuse autrefois. Cette évolution n'est pas pour nous déplaire surtout lorsque que la réussite est au rendez-vous, comme elle est ici, avec ce "Believe In No Coming Shore" de haute volée, opus d'une beauté aussi cristalline que terreuse. Falls Of Rauros avance, progresse, peaufinant une signature qui s'affranchit des genres sans se renier, conservant de fait ses racines enfouies dans le socle nord-américain, minéral et boisé. (cT2014 | La Horde Noire)


Atmospheric Black Metal | 41:56 | Bindrune Recordings




mercredi 18 mars 2015

Krönik | Zmerna - Polydirectional Lines (2014)


On prend toujours un peu peur lorsque l'on voit débouler une galette présentée comme un mélange d'instrumental et de virtuosité. Le risque d'avoir à faire à un machin aussi vain qu'indigeste bricolé par des techniciens ivres d'eux-mêmes est souvent grand... Telle est notre crainte au moment de déflorer ce "Polydirectional Lines" venu de Grèce. Le fait que celui-ci ne soit l'oeuvre que d'une seule personne solitaire ne plaçait pas non plus sa découverte sous les meilleurs augures. Las, nous avions - heureusement - tout faux. Que Zmerna soit le jouet de Manthos Stergio (Tardive Dyskinesia), musicien talentueux s'il en est, constituait pourtant un indice précieux quant à la valeur de ce premier jet onanique, certes pesamment technique mais aussi non dénué d'âme sinon d'émotion(s). Entre Metal progressif acéré ('Bloodline') et Djent mangeur d'espace ('Redline'), "Polydirectional Lines" ne fait pas mentir son nom, concentré de technique d'une extrême densité, véritable tectonique des plaques se chevauchant, se brisant en un fracas jubilatoire. Multipliant les cassures rythmiques, empilant les plans à tout va, le résultat est affolant d'une maîtrise toujours mise au service de la mélodie et où la guitare du bonhomme règne en maîtresse des lieux, reine aux traits tour à tour lourdement soulignés ou finement ciselés.  Si 'Adrenatine', en guise de préliminaires, semble vouloir confirmer nos craintes premières, les pistes qui lui succèdent, bien que taillées dans le même bois alambiqué, sont tavelées de tâches d'une beauté insoupçonnée. Le long 'Cristalline' qui mêle habilement motifs planants et gros riffs qui tâchent ou bien encore le lent 'Borderline' et ses tubulures trempées dans le post-rock démontrent notamment que le Grec sait composer de vraies chansons même instrumentales et construites sur un maillage serré et parkinsonien. Du coup, la bride tenue d'une main de fer qui l'empêche de galoper dans tous les sens, l'album s'enfile sans forcer, au point de le trouver presque trop court, c'est dire... A l'arrivée, à la fois technique et envoûtant, Zmerna tient de la bonne surprise, d'autant que l'on en attendait rien de particulier, ceci expliquant sans doute aussi un peu cela. Son caractère instrumental et complexe ne doit pas vous effrayer, vous passeriez à côté d'un opus plus enthousiasmant que prévu. (cT2014 | Music Waves)


Instrumental Progressive Post Metal