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lundi 19 octobre 2015

Krönik | Dwell - Vermin And Ashes (2014)


Demo tape d'une vingtaine de minutes éditée en 2013 par Deadbangers, Ash Tombs avait réussi en trois titres seulement, à nous ferrer, petite cathédrale abritant un doom death austère et grisâtre déjà rempli jusqu'à la gueule de grandes idées. La chapelle danoise étant sans doute des plus minces, les musiciens à l'origine de DWELL ne nous sont pas inconnus, side-project du guitariste Allan B. Larsen d'ALTAR OF OBLIVION et de son compère au sein de THE VEIN et CHURCH BIZARRE, le chanteur Jens B. Pedersen.

Ce respectable pedigree n'est d'ailleurs étranger ni à la qualité de ce jet séminal ni à cette inspiration aussi belle que sentencieuse. Sans faire de lui un messie attendu de pied ferme, reconnaissons cependant que les espoirs placés dans ce premier album étaient grands. Vermin And Ashes est-il à la hauteur de ceux-ci ? Si l'on est d'abord un peu frustré de ne découvrir finalement que trois nouveaux titres (sur six !), le reste reprenant l'intégralité de la démo, cette déception se trouve vite balayée à la fois par le plaisir de réécouter les morceaux de Ash Tombs toujours aussi puissamment mortifères et par l'excellence des pistes inédites.

Celles-ci peinent pourtant au début à s'imposer face aux grandioses 'Become The Void', instrumental sinistre tout en ambiances glaciales, et plus encore 'Plunging Into Ash Tombs', que cisaillent les riffs cendreux d'Allan B. Larsen dont on reconnaît bien la griffe, ici toutefois moins mélodiques que chez ALTAR OF OBLIVION. Mais, les écoutes aidant, la première partie de l'album se révèle finalement, par petites touches, corpus moins immédiat, plus complexe sans doute aussi, ce qu'il doit probablement à un line-up enrichi que complètent désormais quatre autres mercenaires, pour la plupart issus de la même famille (de THE VEIN en particulier).

Devenus un vrai groupe, les Danois peuvent explorer une écriture des plus personnelles, granitique et menaçante mais qui gronde d'une beauté souterraine, à l'image de 'Pathless And Dormant', autre titre (presque) instrumental, hanté par des nappes brumeuses et des voix sépulcrales, illustrant encore une fois cet art des atmosphères fantomatiques. Labyrinthiques, 'Vermin In My Arteries', émaillé de lignes de guitares belles à pleurer et 'A Collapse Sublime', aux atours tout d'abord plus abruptes, bien qu'il soit lui aussi enténèbrés par des claviers aux teintes spectrales, ont quelque chose de gemmes noirs nichés au fond d'une intimité longue à déflorer. Cela une fois fait, on mesure combien est grand cet opus, théâtre d'un Doom Death vraiment particulier. (Childéric Thor@2015)

dimanche 18 octobre 2015

Krönik | Invoker - Aeon (2015)


Pour être franc avec vous, nous n'attendions rien de cette deuxième saillie de Invoker, pour la simple et bonne raison que son prédécesseur, "A New Age", n'a jamais atteint nos cages à miel. Celles de Non Serviam Records, apparemment si. Grand bien en a pris au label hollandais car sans cela, nous serions sans doute passés à côté de cette formation teutonne. 

L'insolente qualité de ce "Aeon" presque sorti de nulle part démontre que nous aurions alors raté un bon groupe. Un très bon groupe même, artisan d'un art noir nourri au death metal, non pas celui qui fonce pied au plancher mais qui au contraire serre le frein à main, panzer implacable en pleine invasion de la Pologne, même si les Allemands n'hésitent parfois pas à enclencher la seconde, comme ils le font durant 'Engulfed For Million Of Years', titre néanmoins aéré de soyeuses nappes mélodiques. 

Macérer dans le sirop n'est d'ailleurs pas ce qu'ils réussissent de mieux, témoin 'The Wolves Chant', courte piste orchestrale qui ne s'imposait sans doute pas. Ouvrant l'écoute et irrigué par une guitare aussi douloureuse que grésillante, l'autre titre instrumental s'avère bien plus convaincant, signe que les atmosphères pesamment envoûtantes leur sied bien davantage. A la confluence d'un black majestueux  et d'un death doom minéral, "Aeon" galope à travers des terres sombres et ravagées, creusant de profondes crevasses. 

Enclumes cyclopéennes, 'Across The Abyss', 'Woods Of Nothingness' ou 'Lawless Hunter' et ses airs de Bolt Thrower,  dressent une lourde turgescence que sillonnent des veines gonflées d'une funeste semence. Tendu, la peau dure comme la roche, "Aeon" séduit par sa maîtrise du canevas  granitique que forge un groupe au savoir-faire insoupçonné, bloc robuste pointant son dard dans une nuit à peine constellée de quelques touches de lumière. 

A sa manière, modeste et sans folie bien que d'une efficacité toute redoutable, Invoker vient d'accoucher d'un album carré et sans prétention, théâtre d'un art noir reptilien mais toujours mélodique, lequel donne furieusement envie de se jeter sur son aîné passé (presque) inaperçu et surtout de découvrir très vite un troisième méfait qu'on souhaite plus puissamment inspiré encore. Bref, c'est une très bonne surprise. (Childéric Thor@2015)

samedi 10 octobre 2015

Krönik | Angellore - La litanie des cendres (2015)


Qu'il paraît loin le temps où Walran et Rosarius bricolaient dans leur coin et dans un joyeux (façon parler) amateurisme leurs premières petites offrandes ! Que de chemin parcouru depuis les bruissements que furent "Ambrosia", "Les Promesses de l'Aube" et "Elégies aux  Ames Perdues"... 

Angellore n'est donc plus, depuis longtemps, ce modeste duo qui honorait avec sincérité et les moyens du bord un gothic doom death funèbre, il s'est mué en un groupe professionnel qui n'a plus à rougir de la comparaison avec les ténors du genre. Certains - ils seront rares - regretteront peut-être qu'il ait perdu en route le charme précieux du petit artisanat, cette maladresse qui finalement ne grévait pas du tout un art où l'émotion prime sur la technique. 

Le style aussi a changé, évoluant avec les progrès réalisés par les musiciens, moins gothic, plus atmosphérique et sophistiqué. Plus personnel surtout, quand bien même certaines influences restent décelables. De fait, si "Errances", que composaient nombre de vieux morceaux, portait encore les stigmates du passé, "La Litanie des Cendres" permet à ses auteurs de larguer les amarres, de franchir une étape, peaufinant une identité que l'on devine désormais fixée, entre le doom death automnal de Saturnus et un romantisme pétrifié. 

Ayant gagné en assurance, Angellore n'hésite pas à étirer ses compositions bien au-delà des dix minutes au compteur, prenant son temps pour tapisser des ambiances d'une triste beauté dont les pinceaux sont autant ces lignes de guitare minées par une sépulcrale mélancolie que ces notes de violon discrètes bien que douloureuses ('Twilight's Embrace'), cependant que les claviers étendent un suaire de roses noires. 

A cette écriture superbe trempée dans un profond regret se marie un très beau travail sur le chant, mêlant éructations d'outre-tombe, voix claires et mélopées féminines. Il en résulte une deuxième hostie tout du long envoûtante dont chaque pièce est comme un retable qui s'ouvre en une multitude d'images. Alors que des longueurs étaient à craindre, eu égard à la durée des titres, la trame au contraire progresse, se déroule avec une admirable fluidité, ponctuée de moments de magie pure, à l'image de 'A Shrine Of Clouds', sans doute le chef-d'œuvre du groupe à ce jour, jusqu'au final qu'incarne ce 'Moonflower' certes déjà connu mais redécouvert, véritable voyage qui se parcourt comme un récit tragique.  

Ce que nous pressentions - et espérions ! - est finalement arrivé, Angellore est devenu grand, auteur d'un des meilleurs albums de doom atmosphérique entendus depuis des lustres. (Childéric Thor@2015)

mercredi 7 octobre 2015

BC | Disclosed Silence - Perpetual Sadness (2014)


mardi 6 octobre 2015

Krönik | Wolfheart - Shadow World (2015)


Démarré il y a deux ans sous la forme d'un simple projet parallèle et solitaire, Wolfheart s'est mué en un véritable groupe à part entière, quand bien même il porte incontestablement la marque de son fondateur, Tuomas Saukkonen dont le pedigree, de Dawn Of Solace à Before The Dawn sans oublier Black Sun Aeon, laisse rêveur. Sa présence à la barre de ce qui est devenu son seul groupe est un double gage, gage de qualité, l'homme n'ayant jamais déçu, et gage d'un contenu glacé et cafardeux typiquement finlandais. 

Si "Winterborn", son premier signe de mort sous cette bannière, creusait un sillon bien (trop) connu, celui sculpté par Swallow The Sun, Rapture et tous les anciennes formations du bonhomme, "Shadow World" étonne par ses traits de prime abord plus directs, plus tranchants, en un mot plus death, remisant les influences de son auteur au rang d'accessoires, exception (bien) faite du terminal 'Veri' et de ses huit minutes d'une mélancolie aussi glaciale que plombée. 

Le fait que Tuoamas soit désormais entouré d'autres musiciens, dont son ancien comparse de Before The Dawn, le batteur Joonas Kauppinen, et du guitariste d'Eternal Tears Of Sorrow, Mika Lammassaari, n'est sans doute pas étranger à ce durcissement. Ainsi, 'Aeons Of Cold', malgré son intro égrenée par un piano que ne renierait pas Amorphis, abat le petit bois. Voix caverneuses et batterie façon Lapin Duracel propulsent cette amorce sur des sentiers abrupts comme le Finlandais n'en avait plus empruntés depuis très longtemps. Pourtant, en plein milieu, le ton change, se fait plus mélodique, se drapant dans un voile de beauté spectrale, qu'étirent des guitares lumineuses, balises perçant la brume qui recouvrent les étendues gelées.

En fait, dans l'intimité de chaque composition se nichent des trésors que l'on débusque pour en goûter la froide saveur, ce qui leur confère une richesse insoupçonnée. Les arpèges qui émaillent 'Last Of All Winters', les lignes de six-cordes virtuoses qui cisaillent 'Zero Gravity', les ambiances sombres qui pèsent sur 'Nemesis' révèlent par exemple à la fois cette écriture précise et cette ambivalence ténébreuse entre agressivité et mélodies. 

En dépit d'un titre des plus quelconques, "Shadow World" est encore une fois une incontestable réussite à mettre à l'actif de Tuomas Saukkonen, qu'on préfère toutefois quand il plante son lourd burin dans la roche funèbre d'un doom death polaire, comme il le faisait jadis avec un Black Sun Aeon trop tôt disparu... (Childéric Thor@2015)

lundi 30 mars 2015

Krönik | Heavydeath - Eternal Sleepwalker (2015)


Quand bien même il ne s'était pas vraiment retiré, continuant à faire parler (un peu) de lui via The Funeral Orchestra et, dans une moindre mesure, Necrocurse, le fait est que depuis la mise en sommeil (mais pas en bière) en 2007 de Runemagick, la carrière de Nicklas Rudolfsson nous captivait toutefois moins qu'avant. Cet avant où il forgeait dans le marbre chaque année une nouvelle ode à la gloire d'un Doom death aussi sec que minéral. C'est pourquoi, depuis l'an passé, son retour aux (vraies) affaires a pris des allures résurrectionnelles. Et s'il n'a malheureusement pas encore décidé d'extraire Runemagick de sa gangue de glace, c'est en réalité (presque) tout comme, puisque Heavydeath, son nouveau projet, ressemble à si méprendre à son faux-frère jumeau. Alors que les aficionados ont été aguichés par des palettes entières de démos - huit au total ! - usinées de manière quasi frénétique durant ces derniers mois, à l'image des dernières en date, "Solus In Mortem" et "Futility & Death", le caractère interminable de l'attente de ce séminal opus tient du doux euphémisme. Les brouillons qui l'ont préparé et aujourd'hui ce "Eternal Sleepwalker" démontrent déjà une chose : combien Nicklas et cette façon de creuser les ombres d'un doom abrupt qui n'appartient qu'à lui, nous ont manqué durant toutes ces années, vide désormais enfin comblé. Ils témoignent surtout du talent intact du Suédois, accompagné de deux fidèles, le batteur Daniel Moilanen et le bassiste Johan Bäckman. Avec une signature aisément identifiable, ce vétéran de la scène death suédoise n'a donc perdu ni ce sens du riffing granuleux et répétitif, qui entraîne parfois les compos jusqu'au bord de la rupture lors de longs et pétrifiés développements ('Road To The Fire', 'Bow Down') ni cette croûte sonore extrêmement brute et volontairement dépouillée. Telluriques, les instruments semblent tous libérer des ondes venues des abîmes de la terre elle-même. Preuve de cette inspiration retrouvée, alors que le groupe aurait pu se contenter de puiser dans ses démos, "Eternal Sleepwalker" ne partage aucun titre avec celles-ci, ne proposant que du matériel inédit. Et quel matériel ! Du gigantesque 'Ascending' en guise d'amorce rampante qu'achève une dernière partie orgasmique, jusqu'au au rituel terminal (mais uniquement en bonus sur la version CD) 'Beyond The Riphean Mountains', étouffante plongée en apnée dont les coups de boutoir résonnent comme les ultimes battements de cœur d'un mourant, l'album a quelque chose d'une marche funèbre que mine une inexorabilité absolue. Aurait-il pu être le successeur de "Dawn Of The End", à ce jour, dernier signe de mort de Runemagick ? Oui et non. Oui, pour les caractères que nous venons d'évoquer mais non parce que le death doom que sculpte Heavydeath s'avère moins suffocant, moins monolithique quoique toujours prisonnier d'une lenteur funèbre que rien ne vient jamais vraiment rompre. Bref, "Eternal Sleepwalker" est le disque que nous n'attendions plus de la part d'un Nicklas Rudolfsson enfin de retour dans le caveau du doom. (cT2015 | Music Waves)


Death Doom | 52:21 | Svart Records




vendredi 20 mars 2015

Krönik | Wolfheart - Winterborn (2013)


Du nom très moonspellien de son auteur à son visuel des plus quelconques en passant par son contenu (à priori) typique de cette école finlandaise du melodic death doom, il n’y avait rien de très original à attendre de « Winterborn », premier album de Wolfheart, originellement publié en 2013 et que ré-édite deux ans plus tard Spinefarm, opus qui s’inscrit donc dans une longue tradition nationale initiée par les Rapture et autre Swallow The Sun, recette aussi racée que glacée. Bref, ce galop d’essai était presque condamné à une seule et définitive écoute avant de partir prendre la poussière sur nos étagères chargées de disques. Mais non, justement car ce projet, qui est désormais un groupe, ce qu’il n’était pas au moment de l’enregistrement de ce disque, n’est pas celui de n’importe qui puisque on retrouve à sa barre Tuomas Saukkonen, artiste souvent inspiré pendant longtemps écartelé entre de multiples joujoux dont les plus renommés sont Before The Dawn ou Black Sun Aeon. Autant de groupes qu’il a depuis sabordé pour ne plus se disperser et épuiser son incontestable talent comme il faisait depuis une bonne dizaine d’années. Wolfheart est né de ce choix. Tout seul comme souvent, ce qui ne s’entend pas, preuve supplémentaire du savoir-faire du bonhomme, il a gravé ce « Winterborn » qui porte sa marque, indélébile et aisément reconnaissable, le sauvant de la banalité promise. Car, malgré ses airs tenaces de déjà-entendu, on sent derrière cette offrande la présence d’un musicien chevronné qui maîtrise suffisamment le style pour, sinon le transcender, au moins lui faire atteindre d’étage du-dessus. Comprendre donc qu’on tient là ce qui se fait de mieux dans le genre.
Tout y est, des mélodies froidement accrocheuses à ses riffs entêtants aux allures de vigie perçant le blizzard. ‘I’, Gale Of Winter’ et plus encore l’irrésistible ‘The Hunt’ qui, en guise d’amorce d’à peine cinq minutes au compteur, réussit d’emblée à nous attraper, ouvrant tout doucement les cuisses d’un album dont on goûte peu à peu l’intimité sombre et gelée, laquelle se cristallise, outre les exemples déjà cités, autour de pièces telles que ‘Chasm’, le lent et désespéré ‘Breath’ sans oublier les plus rapides ‘Ghosts Of Karelia’ et ‘Strenght And Valor’ qui surprennent par leurs atours agressifs. Ce faisant, Tuomas Saukkonen démontre de la plus belle des manières que son inspiration est loin, très loin même, d’être tarie, délivrant plus qu’un disque mais une leçon de death mélodique et doomy à la finlandaise où rien n’est à jeter, où chaque titre à la valeur d’un hymne intemporel. (cT2015 | Sound Protest)


Melodic Death Doom | 49:34 | Spinefarm Records
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