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mardi 17 novembre 2015

Krönik | Krieg - The Isolationist (2010)


Alors là, quand KRIEG, sans doute un des plus vieux groupes de Black Metal US encore en activité, se déleste d'une nouvelle hostie, on s'agenouille et on tend la joue. Actif depuis 1995, la bête a toujours été une entité monstrueuse à géométrie variable autour du seul Imperial rassemblant au fil des ans et des line-up à peu près tout ce qui rampe au sein de la scène impie. Officiellement sabordé en 2007, KRIEG connait donc une résurrection, tout d'abord incarné par un split avec CAÏNA et aujourd'hui avec ce Isolationist , première offrande longue durée depuis Blue Miasma il y a quatre ans.

Secondé notamment par Wrest à la basse, dont on ne peut que regretter qu'il ait mis en sommeil son LEVIATHAN (ressuscité depuis), Imperial a fait appel au très demandé Sanford Parker pour soigner son fuselage. Ajoutez à cela une signature avec le néanmoins respectable Candlelight, et on aura tôt fait d'affirmer que la horde noire a mis de l'eau dans son vin de messe.

Une écoute rapide va d'ailleurs dans ce sens, tout comme les aplats reptiliens servant de substrat au pourtant démentiel "... And The Stars Fell On", que vrillent des riffs aux allures de scalpel. En réalité, KRIEG, la maturité aidant, parvient à canaliser sa violence épidermique pour mieux la faire exploser. Il suffit d'écouter "All Paths To God" et plus encore "Depakote" pour constater comment les Américains expriment une brutalité entre saillies sauvages à faire saigner les muqueuses et coups de boutoir pesants et malsains.

Après une entame sanglante ("No Future", "Ambergeist"), The Isolationist s'enfonce ensuite peu à peu dans des méandres sinistres aux traits moins rapides, plus lourds, témoins "Blue Of Moon" ou "Decaying Inhalations" où la présence de Wrest se ressent à travers cette pression écrasante qui serre tel un étau, avant de repartir comme en 40 avec le court et agressif "Dead Windows", manière de ne laisser aucun doute quant à la fiévreuse fureur qui habite toujours cette légende vivante du Black Metal tout court. (ChildéricThor@2010)



dimanche 8 novembre 2015

Krönik | Hellveto - Wiara, nadzieja..., potępienie (2010)


Pondre un album par an ne lui suffit plus. Non, L.O.N. n’a rien trouvé de mieux à faire cette fois-ci que d’enfanter ni plus ni moins qu’une double ration de musique pour près de deux heures d’un Black Metal gonflé au paganisme d’Europe de l’Est et dont on n’aurait pas pensé qu’il puisse un jour aboutir à une œuvre aussi belle. 

Car, le polonais a beau tout faire tout seul comme un grand et comme d’habitude, il aboutit avec Wiara, nadzieja..., potępienie à une épopée symphonique qui rode souvent à la lisière du grandiose. Avec une économie de moyen qui est tout à son honneur, le misanthrope nous emporte très loin, dans les steppes orientales, dans un monde de légendes et d’histoire d’où rugissent le cri des armes et des batailles ancestrales. 

Evoquant parfois la beauté tribale du voisin Negura Bunget, Hellveto creuse un tertre envoûtant avec un chant rugueux et des guitares en forme de pinceau hypnotique. Loin d’en amoindrir la portée, les claviers, omniprésents, au contraire servent à colorer l’ensemble de touches folkloriques et pagan qui réussissent l’exploit d’éviter le piège du ridicule. Alors certes, la prise de son pourrait être plus puissante, plus ample mais sa modestie confère à cet album le charme de l’artisanat et du travail authentique. 

Le premier disque agglomère sept chevauchées au format traditionnel. C’est souvent majestueux, toujours épique et d’une poésie presque cendreuse. Le second versant quant à lui déroule un menu uniquement instrumental avec trois pistes de plus de vingt minutes chacune. De fait, celles-ci arbore le visage le plus symphonique – ce qui ne signifie pas qu’il soit pompeux – du projet polonais pour une réussite mitigée car émaillée de moments franchement magnifiques (« Kry ») mais dont la structure aurait sans doute méritée quelque coups de ciseaux. L’exercice démontre en outre que la musique d’Hellveto, nonobstant ses qualités d’écriture a besoin de lignes vocales pour atteindre sa pleine (dé)mesure. 

Dans tous les cas, le fan en aura pour son argent avec cet essai qu’il est permis de considérer comme un des plus appliqués du stakhanoviste Polonais. (ChildéricThor@2010)





jeudi 5 novembre 2015

Krönik | Haeresiarchs Of Dis - Denuntiatus Cinis (2010)


Il est toujours étonnant de voir comment une terre aussi ensoleillée que la Californie, temple des apparences, peut cependant être le terreau d’une scène Black Metal fertile et pas des plus affables. On pense bien entendu à Xasthur ou à Leviathan, mais aussi au méconnu Haeresiarchs Of Dis qui, comme ses aînés, adopte la forme d’un on-man-band. 

Bien que secondé de temps à autre par divers intervenants/accessoires, Cernunnos, puisque c’est comme cela qu’il s’appelle, est une pieuvre enfermée dans sa cave. Chant, guitare et programmation n’ont aucun secret pour lui. Quoique déjà auteur d’une démo et d’une première prière pour les morts, beaucoup le découvriront sans doute avec Denuntiatus Cinis, tourbillon cauchemardesque et épuisant d’un art noir extrêmement sombre, baroque et tendu comme une verge. Etouffant. 

Prétendre que l’Américain ne facilite pas la pénétration de son univers tient de l’euphémisme tant il parait peu aisé de s’enfiler d’une seule traite les 77 minutes que dure ce méfait, alternance entre longues et furieuses scarifications aux angles ténébreux (« Intent The Augury », « Intent The Proem ») et courtes pauses qui permettent de reprendre un petit peu son souffle (« Bemoan The Fallen »). 

Parfois au bord de l’indigestion, Denuntiatus Cinis est une œuvre tentaculaire d’où jaillissent des fulgurances (« Ad Baculum », que zèbre un  chant clair à la Solefald) mais dont l’extrême densité l’empêche de s’imposer réellement. Bref, de bonnes idées, un sens de la négativité palpable, des passages assez sublimes par moment mais le disque est bien trop long, à l‘instar déjà de son prédécesseur, Overture, il y a deux ans. 

Cernunnos aurait été bien inspiré de donner quelques coups de ciseaux de ci de là. N’est pas Leviathan qui veut, influence évidente d’un projet néanmoins intéressant en cela qu’il développe un Black Metal extrêmement dur et tortueux. (ChildéricThor@2010)



mercredi 4 novembre 2015

Krönik | Deathspell Omega - Paracletus (2010)


Il est de bon ton actuellement de jeter l'opprobre sur Deathspell Omega que d’aucuns jugent désormais trop branchouille, ce qui n’est sans doute pas faux. Pour autant, qui peut prétendre que l’entité hexagonale a mis de l’eau dans son vin de messe ? Personne. Une preuve ?

Il suffit pour cela de s’abîmer dans les méandres nauséabondes de Paracletus pour s’en convaincre. Tout d’abord faussement accessible, ce premier jet de mort longue durée depuis 2007 a en vérité quelque chose d’un monstre hallucinant où l’on retrouve la densité coutumière du (plus si) mystérieux trio. Le fait que le groupe, après ses expérimentations récentes, revienne à une forme d’architecture plus classique ne doit pas vous trompez. 

Subdivisé en dix mouvements, cet album doit se lire comme une œuvre indivisible dont chaque titre, réceptacle d’une noirceur insondable, forme le maillon d’une chaine reptilienne, chaque piste semblant répondre à celle qui la précède. Dès l’introductif, « Epiklesis I », la tension est palpable, étouffante, suintant un fluide extrêmement malsain, que véhiculent des guitares qui ne filent jamais droit et le chant maladif de Mikko Aspa. 

Saturé et déconstruit, « Wings Of Predation » entraîne ensuite l’auditeur dans un tourbillon au bord d’une folie aussi fiévreuse que désespérée. Après «  Abscission », monument torturé, « Dearth » se positionne comme une pause, pause d’une sensualité déglinguée dont on ne peut que regretter les lignes vocales parlées en français qui viennent quelque peu en avorter l’aura pourrissante. L’enchaînement avec « Phosphene », qui ferme la première partie du menu, est néanmoins énorme. Reflet du prologue ouvrant Paracletus, « Epiklesis II » entame l’étrange marche funèbre que définit le second pan. S’enchaînent alors trois macérations tourmentées (« Malconfort »…) avant que l’inexorable « Apokatastasis Pantôn » dont les traits épousent ceux, squelettiques, de l’épicentre de l’album, vienne refermer le cercle sur une note ruisselant le désespoir le plus poisseux. 

Fidèle à une identité en mouvement, Deathspell Omega poursuit son entreprise de déconstruction d’une musique qui s’est de toute façon affranchie depuis longtemps maintenant des invariants qui balisent le Black Metal comme autant de calvaires impies. C’est une œuvre exigeante, austère que raclent des plans de guitares torturés et bénéficiant du remarquable travail de Makko au chant. Du grand art. (ChildéricThor@2010)


dimanche 1 novembre 2015

Krönik | Agalloch - Marrow Of The Spirit (2010)


Quand bien même Pale Folklore et The Mantle furent de précieuses réussites artistiques, il n’en demeure pas moins que c’est bien Ashes Against The Grain qui fut sans doute l’étape la plus décisive dans la carrière d’Agalloch. Corollaire d’une promotion amplement méritée, son successeur était attendu comme le messie et nous étions nombreux à ne plus tenir en place depuis l’annonce de sa réalisation après néanmoins quatre années bien remplies, entre tournées et offrandes complémentaires (EP, live, compilations). 

Habillé d'un très bel artwork, Marrow Of The Spirit reste fidèle à une architecture exigeante, basée sur des compositions fleuves et poursuit une évolution entamée avec The Mantle. Même si leur écriture demeure immédiatement reconnaissable, les Américains continuent de travailler leur art, d’enrichir leur palette par petites touches. Ni retour en arrière vers des racines Black Metal qui ne font plus guère qu’affleurer à la surface ni simple photocopie de son prédécesseur dans le sillage duquel il s’inscrit, ce quatrième album se veut différent dans la continuité. 

Toujours arrimé aux terres de la Dark/Folk tout en se montrant de plus en plus progressif dans son approche, Agalloch commence ce nouveau voyage par un prologue instrumental d’abord rythmé par les sons de la nature avant de vibrer aux accords d’un violon dramatique. Mais c’est avec le flamboyant "Into The Painted Grey" que Marrow Of The Spirit prend son envol. Tout l’art des Américains y est synthétisé : construction épique et fluide aux multiples arabesques, chant caverneux, guitares stratosphériques belles comme un chat qui dort, accélération grandiose… D’une certaine manière et en exagérant un peu, l’opus ne proposerait que cette pépite de douze minutes qu’il serait tout de même indispensable. 

Plus posé, "The Watcher’s Monolith" tend un pont entre ambiances acoustiques et aplats noirs et terreux, que pilotent des riffs accrocheurs. Pivot de l’album et illustration parfaite des couleurs automnales et terrestres de l‘ensemble, le gigantesque "Black Lake Nidsang" se divise en deux parties, dont la seconde baigne dans un marais ambient. Après "Ghosts Of Midwinter Fires", "To Drown" entraîne Marrow Of The Spirit vers la mort avec sa trame instrumentale et osseuse, lente montée en puissance au bord de la rupture et conclusion désespérée dont les ultimes mesurent qui reprennent les sonorités de l’intro, contribue à donner une forme cyclique à cette œuvre dense et riche entre recueillement et envolée granuleuse. 

Encore une fois, Agalloch livre un bijou d’écriture et d’atmosphères, peinture en clair obscur d'une nature à la beauté mystique. Cependant, Ashes Against The Grain reste encore le mètre-étalon de la discographie du groupe. (ChildéricThor@2010 | Publié en 2011 sur Music Waves)





mercredi 8 avril 2015

Krönik | Gang - V (2010)


Si la scène métal hexagonale semble (enfin) vouloir s’imposer à l’étranger sans avoir à rougir de la concurrence, suite au succès de groupes tels que Gojira, Eths ou à l’aura de sa chapelle noire (Nehëmah, Blut Aus Nord, Angmar et bien d'autres encore), il y aura toujours une tradition plus modeste, plus artisanale, mais non moins intéressante bien que moins exposée, qui continuera à se développer en parallèle. Cette tradition, héritée des années 80, est celle des Killers, Malediction, Messaline… et celle de Gang justement. Défenseur d’un thrash métal coulé dans le creuset du heavy depuis une vingtaine d’années déjà, le collectif de Champagne-Ardenne fait partie de ces soldats de l’ombre qui, en dépit d’une reconnaissance qui tarde à venir, n’ont jamais baissé les bras, enquillant les disques et les concerts pour le plaisir des fans et surtout pour le sien. Ce cinquième album, qui succède à Dead Or Alive publié en 2007, mouline de fait un métal à l’ancienne, nerveux et mélodique, qu'habillent des guitares qui ont le goût de l’authentique. Bien entendu, d’aucuns argueront que la prise de son affiche des carences en terme de puissance, alors qu’en matière de thrash, ce défaut ne pardonne généralement pas. Certes, face au gros son d’un Annihilator ou d’un Exodus, le fuselage de cette galette tient plus de la série B mais s'avère épais et sans afféteries. Qu’importe, les compositions tiennent la route, on sent bien que les mecs ont du métier à défaut de moyens cependant que Bill, le chanteur, outre le fait de posséder un bel organe (vocal), n’a heureusement pas une prononciation anglaise qui fait mal aux oreilles. Dans ce choix de privilégier la langue de Shakespeare plutôt que celle de Molière (sauf exception) réside d'ailleurs une part de la personnalité du groupe au sein d'un créneau où le contraire se révèle plus fréquent. Le Gang galope entre agressions heavy aux lointains relents punk ("Never Enough"), périples lourds qui lui sied plutôt bien ("Believer, Betrayer", "Skull's Out Of Genocide","Sacrifice", chanté en français et aux harmonies de guitares façon NWOBHM) et cartouches qui avalent les kilomètres en fonçant pied au plancher ("Overdose"). Sorte de power-ballade, plutôt agréable du reste, "Kill Me" fait office de coupure, de trêve entre ces titres assez agressifs, que les six-cordes contribuent à durcir encore davantage ("Into The Silence Of The Sea"). Un disque sans prétention, à prendre pour ce qu’il est, un bon exemple d’une certaine tradition française, simple, efficace et décontractée, de la part d'une équipe qui mérite le respect. (cT2010 | Music Waves)


Heavy Thrash | 39:40 | Emanes Metal Records
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jeudi 2 avril 2015

Krönik | In Lingua Mortua - Salon des refusés (2010)


Trondr Nefas est un musicien étonnant. Stakhanoviste effréné qu’un seul groupe ne saurait contenter, il développe avec Urgehal, Vulture Lord ou encore Beastcraft (pour ne citer que quelques uns des projets qui l'occupent), une vision orthodoxe de l’art noir, puissante et primitive. Mais loin de certains Ayatollahs qui estiment que le genre ne doit surtout pas évoluer et donc se contenter de suivre le dogme, il n’a pas peur non plus d’utiliser le Black Metal comme un laboratoire ouvert sur toutes sortes d’expériences et de mariages à priori improbables. Malgré la proximité qu'il noue avec Angst Skvadron, son propre vaisseau spatial vers les étoiles progressives et psychédéliques, In Lingua Mortua, que le musicien habite avec sa guitare et (parfois) son chant râpeux, se présente avant tout comme le joujou de son compère dans Endezzma et Angst Skvadron, le multi-instrumentiste Lars Frederik Frøislie, également boss du label Termo Records qui publie d’ailleurs cette seconde exploration, produite et mixée par ses soins. Trois ans après l’intéressant Bellowing Sea - Racked By Tempest, Salon des refusés repousse encore plus loin les barrières et, ce faisant, brise franchement les carcans qui corsètent encore (bien trop) le genre. A un substrat très Black, fait de voix de gargouilles, de riffs pollués (presque burzumiens lors des premières et ultimes mesures de « Cold Void Messiah », rampante plainte terminale) et d’atmosphères sinistres et froides comme une nuit d’hiver, In Lingua Mortua n’hésite pas à greffer des notes de Mellotron hantées digne du King Crimson des années 70 (« Open the Doors of Janus »), du Mini Moog, de la clarinette (?) voire même du saxophone (comme sur le furieux « Full Fathom Five » notamment). Rien ne fait peur à ces téméraires du son, épris de liberté artistique et qui démontrent avec panache que le Metal noir n’est pas forcément qu’une chapelle figée dans ses propres codes. « Darkness » et « Like the Ocean », pour ne citer que deux exemples, ont ainsi quelque chose de voyages hallucinants d’une démesure baroque qui traversent des territoires à la géographie accidentée. Si les Norvégiens ne sont pas les premiers à tenter de (re)travailler le genre, de le sculpter comme une roche malléable, de lui injecter des influences progressives seventies (on pense notamment à Enslaved), eux réussissent la gageure de ne jamais mettre leur brutalité en jachère, à l‘image de la saillie rustre et courte "Into the Mincer". Bien au contraire, leurs compositions, empilements très denses de strates multiples, sont irriguées par un fluide vicieux qui leur confère une décrépitude obscure et infinie. Animé par une poignée d’invités de luxe dont les chanteurs Kvarforth (Shining) et Thebon (Keep Of Kalessin), Salon des Refusés déroule un menu extrêmement riche, que balisent deux pistes instrumentales (le foisonnant « Catharsis » et « Electrocution », aux teintes sombres et orchestrales), capable autant de rebuter ceux qui préfèrent davantage de simplicité que de séduire au contraire les amateurs de figures progressives que n’effraient ni les bouillons de culture ni la violence de modelés saignants. Les intégristes se pinceront le nez mais les Norvégiens pourraient bien toucher un public plus large. (cT2010 | Music Waves)


Progressive Black Metal | 44:42 | Termo Records
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mardi 31 mars 2015

Krönik | Lightning Swords Of Death - The Extra Dimensional Wound (2010)


Si la Norvège ou le Québec par exemple, possèdent l’artillerie tant géographique qu’historique, propice à l’érection d’une chapelle impie, on ne peut pas en dire autant de la Californie, temple du soleil et des apparences. Les cohortes démoniaques y ont pourtant trouvé l’humus pour proliférer. Coincé, pour faire dans le raccourci, entre la veine dépressive et abyssale des Leviathan et autre Xasthur et la tendance plus évolutive développée par des formations telles que Ludicra ou Saros, Lightning Swords Of Death ne tisse que peu de liens avec ces artisans du son noir si ce n’est une froideur identique. Non, ces Américains ont davantage le regard rivé vers l’Europe du Nord. Leur musique, d’obédience norvégienne, l’empreinte granuleuse en moins, brûle d’un bois rapide et tranchant. Après un premier méfait, The Golden Plague et un split bien troussé avec Valdur, ils vomissent avec The Extra Dimensional Wound, le verset satanique qui pourrait peut-être les placer sous les feux de la rampe. Pour cela, ils peuvent compter sur l’appui de Métal Blade, même si ce label a parfois tendance à signer des produits bas gamme. Sur la qualité honnête de ce second blasphème longue durée, également. Avec leurs mines cloutées et patibulaires et une pochette malfaisante plus proche des canons du Death métal, on se doute que les mecs ne vont pas nous convier à un cours sur le point de croix. En guise d’aiguille, c’est plutôt une lame froide baignant dans le jus souillé par la vermine, qui leur sert à graver un black métal qui n’est jamais aussi percutant que lorsque les Californiens serrent le frein à main afin de dresser un bunker lourd et implacable sur cette plage délavée par la mort. Le reptilien "Venter Of The Black Beast", "Damnation Pentastrike" ou certaines décélérations mortifères (sur "The Extra Dimensional Wound" par exemple) illustrent ainsi que Lightning Swords Of Death atteint le point G en misant sur les atmosphères, comme il le fait aussi lors du long et terminal "Path To Chaos". Autant d'exemples d'un travail sur les ambiances malsaines qui n’atténue en rien la glaciale brutalité de ses géniteurs. Tout ça n’est pas très original, plus proche en terme de qualité de jeu des Verts que de l’OL mais suffisamment carré et solide pour plaire à ceux qui aiment quand le black se fait chauffer par le métal de la mort. L'esprit et l'âme qui guidaient les Grands Anciens paraissent tout de même bien loin... (cT2010 | Music Waves)


Black Metal | 44:08 | Metal Blade