jeudi 1 octobre 2015

Krönik | Morthus - Into Oblivion (2014)


Démarrons ces quelques lignes par les choses qui fâchent (un peu). Alors qu'il a vu la nuit il y a déjà quatre ans, longue période que certains aurait rempli jusqu'à la gueule de démos et autres splits, soit tous les signes de mort qu'affectionnent généralement les hordes noires, MORTHUS commence lui juste à cracher sa semence qu'il n'a d'ailleurs pas très généreuse, pour le moment du moins, puisque Into Oblivion n'est qu'un EP, lequel ne franchit même pas la barre des vingt minutes au compteur.

Ceci étant, on leur pardonnera cette apparente paresse car cette petite hostie laisse (peut-être) augurer de grandes choses à l'avenir, si ses géniteurs ne disparaissent pas des écran-radars d'ici là ! Alors certes, quatre titres, relativement courts qui plus est, c'est peu mais toutefois suffisant pour remarquer un potentiel qui fait plus qu'affleurer à la surface d'un black metal dont la moelle mélodique n'en étouffe heureusement pas la sombre essence. Comprendre donc que les Allemands s'inscrivent dans une certaine tradition, à la fois abrupte et heavy, sillon creusé en leur temps par DISSECTION et SACRAMENTUM.

Rien de très novateur, comme l'illustrent autant le nom du groupe que celui de cette carte de visite, ni d'indispensable à l'horizon mais qu'importe car MORTHUS, dont ce n'est pas la prétention, maîtrise son sujet. Simples – ce qui ne signifie pas qu'ils soient pauvres – et toujours dynamiques, ces quatre titres galopent avec vélocité à travers un terrain meurtri, parcouru de fissures implacables. Les Teutons ne sont d'ailleurs jamais aussi bons que lorsqu'ils serrent (un peu) le frein à main, dressant alors une lourde et venimeuse verge, imprimant un tempo digne d'un panzer, témoins les breaks saignants qui perforent Symphony Of The Black Death. Dommage cependant qu'ils ne se montrent pas plus nuancés dans leur écriture dont les mêmes ficelles sont plus ou moins à chaque fois reproduites d'un morceau à l'autre, quand bien même Blinded By The Holy Light se distingue par ses premières mesures plus lentes.

Voilà donc à l'arrivée une première offrande solide bien qu'éprouvée, au goût de trop peu et dont les qualités restent à confirmer, sculptée par un groupe qu'on souhaite à l'avenir plus actif... (Childéric Thor@2015)

BC | Shovelhead - Suffer In Life (2015)


mercredi 30 septembre 2015

Krönik | Abstracter - Wound Empire (2015)


On se doutait bien que Abstracter ne tarderait pas à dévoiler sa nature monstrueuse. Il y a plus de deux ans, "Tomb Of Feathers" avait jeté les bases d'un art aussi vicié que douloureux, sorte de créature effroyable, bien que non dénuée d'une forme de beauté (noire), née de la copulation entre sludge évolutif et black corrosif. 

"Wound Empire" fait mieux que transformer ce premier essai, propulsant les Américains vers les sommets que nous devinions et espérions. Mieux produit que son prédécesseur, cet opus a quelque chose d'une cathédrale aux dimensions gigantesques se dressant au milieu d'un champ de ruines, à l'image de son remarquable visuel.

Ces complus irions étirent leurs tentaculaires ramifications sur des fondations lourdement et profondément enracinées dans une terre sale et ensanglantée. Fidèle à une architecture massive, le groupe enfante quatre pistes qui gravitent toutes autour des dix minutes au compteur, durée colossale leur permettant de remuer vicieusement les chairs. 

Bien que figée par une inexorable et minérale souffrance, l'œuvre, aux traits gris et sévères, pourrait être monolithique et n'être que cela. Or il n'en est rien, non pas que le tempo, aux allures de désespérés coups de boutoir, parvienne jamais à se libérer de sa nasse ferrugineuse, mais Abstracter sait faire progresser sa trame et éviter les longueurs ô combien fâcheuses dans lesquelles sombre trop souvent l'exercice lorsqu'il est entre les mains de médiocres. Ce qui n'est bien entendu pas le cas ici.

Encore une fois, les gars n'inventent rien et il y aura bien toujours quelques grincheux pour le leur reprocher. Soit ! Reste que dans le genre, "Wound Empire" ne saurait être critiqué, bloc de matière brute dont les fissures qui le lézardent laissent échapper des émanations puissamment sombres. 

Atmosphérique parfois, à l'image de la première partie de 'Glowing Wounds' qui s'éteint en revanche sur un final aussi apocalyptique que définitif, mais constamment travaillé de l'intérieur par une tension explosive et malsaine, l'album vibre d'une force souterraine, emporté par les rouleaux d'une batterie rocailleuse ('Lightless'), lourd substrat que raclent des guitares cendreuses tour à tour profondes excavatrices ou pinceaux de tristesse ('Open Veins'). Au loin, le chant, hurlé et broyé, crache sa bile comme si demain ne devait plus jamais exister. 

Tendu comme le foc d'un navire, "Wound Empire" est comme un étau, comprimant toute source de vie et d'espoir. Moins corrompu par le black metal que ne l'était "Tomb Of Feathers", en même temps plus canalisé dans son expression sonore d'une violence paroxysmique, il est un disque plus abouti, confirmant le potentiel de ses  créateurs. (Childéric Thor@2015)

mardi 29 septembre 2015

Krönik | Northern Crown - In The Hands Of The Betrayer (2014)


Comme l'artwork de son acte de naissance le laisse pressentir, NORTHERN CROWN braconne sur les terres du doom, celui qui se veut lyrique et épique, qui n'oublie donc pas que ses racines sont avant tout le heavy metal, option très justement confirmée par la relecture du classique de CANDLEMASS, Crystal Ball.

Il est d'ailleurs évident que ce duo américain a beaucoup écouté les Suédois. Trop diront certains. Mais quand le résultat convainc, peu importe au final que les influences saillent comme des câbles à haute tension. Tel est In The Hands Of The Betrayer, qui amorce l'écoute de ce EP du même sous les meilleurs augures. En quatre minutes environ, le groupe nous ramène plus de vingt en arrière lorsque la bande à Leif Edling comptait dans ses rangs le moine Marcolin, nous faisant (presque) oublier que Frank Serafine, malgré un timbre puissant, n'a pas le talent de son aîné européen.

Reste donc qu'en une demi heure, NORTHERN CROWN pose les jalons d'une carrière non dénuée de promesse et de potentiel. Son seul défaut tient, paradoxalement, dans la cover déjà citée en cela que celle-ci, s'impose comme le point d'orgue d'un menu qui ne manque pourtant pas de tenue, à l'image de A Perfectly Realized Torment. Rien n'y fait toutefois, ce Crystal Ball écrase ses compagnons d'écoute. or, il est toujours fâcheux qu'une reprise se révèle être le Valhalla d'un album...

Ne boudons cependant pas notre plaisir face à ce qui n'est après tout que les balbutiements d'un projet en devenir. Bien qu'un  peu trop long et n'évitant par moment que de justesse la noyade dans le sirop (comprendre, il y a trop claviers donc), un titre de l'acabit de To Thee I Give An Orchid qui du haut de ses dix minutes au garrot, d'une belle puissance mélodique, brassent nombres de (bonnes) idées.

L'actif l'emportant sur le passif, In The Hands Of The Betrayer se veut une honorable découverte, tribut sombre et épique en hommage à notre chère déesse Doom. Ceci étant, NORTHERN CROWN saura-t-il rivaliser un jour avec son mentor ? En a-t-il ne serait-ce que les moyens d'y parvenir ? Il est permis d'en douter, ce qui n'enlève rien à sa valeur, modeste et sympathique comme une bonne série B. (Childéric Thor@2015)

lundi 28 septembre 2015

Krönik | Akentra - Alive (2014)


Séduits en 2010 par un premier album rafraîchissant, nous étions malheureusement depuis sans nouvelles d'Akentra. Le groupe français, qui comptait dans ses rangs à ses débuts deux membres d'Headline, le claviériste Aymeric Ribot et surtout le guitariste Didier Chesneau, est donc enfin de retour, d'où le nom de cette seconde offrande que nous n'espérions plus vraiment. 

Vivants, les musiciens le sont, bien décidés à rattraper le temps perdu. Ils le méritent tant leur gothic metal le vaut bien. "Alive" reprend les choses où les avaient laissées "Asleep". Les qualités soulignées à l'époque ne se sont pas envolées avec ces années d'abstinence discographique, à commencer par cette écriture sophistiquée et élégante qui distinguait déjà il y a cinq ans Akentra des nombreux groupes du même style à l'inspiration moisie. 

Sur un socle serré que recouvrent de lourds sédiments, ces nouvelles compositions, toutes aussi solides qu'irrésistibles, témoignent du long travail de leur auteurs pour en soigner tous les détails, courts tableaux où rien n'est laissé de côté. Varié et dynamique, l'album regorge de (bonnes) idées, illustrées notamment par le très beau 'Lies', titre lent que minent des ambiances désenchantées. 

Citons également le diptyque 'Final Dance' qui voit une seconde partie aux puissants atours succéder à un premier segment plus calme sinon intimiste, 'Future' gainé d'un enrobage appuyé très heavy, 'My Son' et sa mélodie accrocheuse que tissent des guitares entêtantes, témoignages parmi tant d'autres d'un talent encore trop méconnu. 

Bien sûr, comment ne pas évoquer le chant de Lucia Ferreira, clé de voûte de cet édifice à la fois lourd et ensorcelant. Elle se fond dans tous les registres avec la même aisance mais démontre encore une fois toute l'étendue de son talent lors de poignantes accalmies, à l'image de 'The One', respiration dont la sobre beauté n'aurait de toute façon pas pardonné la médiocrité. 

Long de cinquante minutes, "Alive" déroule en définitive un menu que ne grèvent ni baisse de régime ni faute de goût, ponctué de moments magiques. Il honore de manière fidèle et racée un gothic metal plus personnel qu'il n'y paraît car teinté d'une émotion discrète. Cela suffira-t-il pour permettre à Akentra de (re)trouver la place qui devrait être la sienne ? On le souhaite tant cet album transforme l'essai avec intelligence et finesse. Une belle confirmation pour certains, une découverte qui l'est tout autant pour les autres. (Childéric Thor@2015)

dimanche 27 septembre 2015

Krönik | Cold Dark Matter Records - Prima Giedi (2014)


On peut être un modeste (par la taille non par la valeur) label et pourtant réussir l'exploit de rassembler sur une même affiche ce qui se sait de mieux en terme d'Ambient Indus sludge doom etc... hexagonal (surtout). Ce label, c'est Cold Dark Matter dont les deux premières offrandes, celle de FANGE et le split LEBEN OHNE LICHT KOLLECTIV / IMMEMORIAL, nous avaient déjà bien remué les tripes.

L'affiche, c'est une doube compilation baptisée Primo Giedi au menu pantagruellique qui se divise en deux parties, "Deimos" puis "Phobos", soit, excusez du peu, près de deux heures de son(s) ! Et ce qui aurait pu se solder par un gros plat indigeste difficile à terminer, s'enfile avec une étonnante aisance. Car ce qui aurait pu ne se réduire qu'à un catalogue aussi incohérent que fastidieux épouse au contraire la forme d'un ensemble indivisible dont l'apparente hétérogénéité ne grève pas une progression intelligement élaborée où chaque morceau s'imbrique dans un édifice d'art total.

Quel rapport en effet et à priori, entre la dark ambient métaphysique de TREHA SEKTORI et le sludge spatial de BITCHO ? Entre le Doom de HAXO et l'indus mélancolique de KILL THE THRILL ? Peu de choses peut-être si ce n'est la même encre noire du désespoir qui a servi à leur écriture. Pourtant, une belle fluidité caractérise cette indispensable compilation derrière laquelle on sent la présence d'un démiurge qui possède une vraie vision artistique aussi bien qu'esthétique.

Damien Luce, qui en a profité pour y glisser un titre de son ART 238, est ce magicien qui a donc conçu cette somme comme une oeuvre à part entière, bloc aussi halluciné qu'hallucinant, aux dimensions monstrueuses. Du coup, vouloir en détailler soigneusement le menu, piste par piste, semble absurde et contraire à sa forme volontairement unitaire.

Mentionnons toutefois certaines d'entre elles, les contributions respectives de JESSICA 93, qui a des allures d'une respiration salvatrice, quoiqu'obsédante, au milieu de ce magma étouffant, de HENDIADYS et sa longue plainte d'une ambient décharnée et cosmique. Citons également V.I.O.L. et son infernal titre éponyme de quasiment trente aliénées minutes. Sans oublier le 'Berhn Enh Seh Erha' d'un TREHA SKTORI fidèle à un style dont il ne se départira sans doute jamais, ce qu'on ne lui demande pas de toute façon.

Mais arrêtons-là cette description afin de vous laisser emporter par ce voyage aussi sombre que trippant vers des sphères inconnues... (Childéric Thor@2015)

samedi 26 septembre 2015

Krönik | Ashtar - Ilmasaari (2015)


Mari et femme dans la vie, il est donc presque naturel que le Finlandais Marko Lethtinen et celle que l'on connaît sous le seul prénom de Nadine décident de mêler leurs forces dans un projet commun. Ashtar est donc le fruit de cette union. 

Il est fréquent dans les couples que l'un ait l'ascendant sur l'autre, ce qui se vérifie ici. Et c'est la belle, à la fois chanteuse, guitariste et bassiste, qui impose sa griffe au duo, artisan d'un art aussi douloureux que vicié, dans la continuité du doom mortifère de Shever, l'ancien port d'attache de la jeune femme, loin par conséquent du stoner space rock de Phased, l'autre groupe de son batteur de mari. 

Le cadre est posé, (forcément) plombé, rugueux, tellurique, socle étouffant auquel est aussi injectée une puissante dose de black metal ('These Nights Will Shine On'). Le résultat se veut terrifiant d'intensité malsaine, édifice monumental dont les arcs-boutants sont ces guitares directement connectées aux entrailles de la terre, rongées par la rouille et cette voix hurlée, comme frottée avec du papier de verre.

Une chape de plomb s'abat sur "Ilmasaari", premier album aux allures de Golgotha, chemin de croix escarpé sillonnant à travers des paysages meurtris, dévastés. Quarante-six minutes faites de coups de boutoir implacables, imprimant une tension souterraine. Mais Ashtar n'est pourtant jamais aussi bon que lorsqu'il libère un ressac répétitif, tricotant alors des instants pétrifiés comme suspendus au-dessus d'un gouffre sans fin. 

Son art confine alors à une sorte de transe granitique d'où jaillissent des geysers de beauté, à l'image de 'Celestial', épicentre de presque treize minutes au jus, point G d'une lenteur hypnotique à la fois aérien et minéral. Presque instrumentale, cette piste est travaillée par de multiples forces qui la rendent passionnante, justifiant à elle seule l'acquisition de ce galop d'essai taillé pour les admirateurs de la déesse blonde dont les interventions aussi bien derrière le micro qu'en secouant le manche d'une guitare ou d'une basse, font trembler les murs ('Moons'), excavatrice creusant dans le sol un oppressant tunnel conduisant dans les profondeurs de l'indicible. 

Bloc de matière brute et noire, qu'éclairent à peine quelques rais de lumière, "Ilmasaari", est un premier album en tout point magistral, tentaculaire et suffocant mètre-étalon d'un blackened doom d'une vicieuse beauté. (Childéric Thor@2015)