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jeudi 29 octobre 2015

Krönik | Praetoria - Mirror Of Modernity (2015)


Qu'il est loin le temps désormais où les premières fois se soldaient par de maladroites tentatives, parfois non sans un certain charme il est vrai, mais trahissant l'incertitude qui anime alors les groupes à leurs débuts. Au contraire, il n'est plus rare aujourd'hui de découvrir des galops d'essai d'une redoutable maîtrise, œuvre de musiciens déjà sûrs de leur art.

Tel est ainsi le cas de PRAETORIA qui, formé en 2009, se fend avec Mirror Of Modernity d'un opus séminal qui, de part ses insolentes qualités, semble être le rejeton d'une longue lignée d'albums. Seul le style pratiqué permet de deviner la jeunesse de ce combo en devenir, artisan d'un Metal sévèrement burné qui tête les mamelles du Death, du Thrash et du metalcore. Bref, c'est du lourd, du furieux, du qui éructe ses boyaux.

Pas très novateur sans doute, encore que maints détails, sur lesquels nous reviendrons, viennent quelque peu dévier la trajectoire que ces cartouches semblent vouloir prendre, mais l'ensemble sonne extrêmement carré, professionnel, comme une mécanique bien huilée qui jamais ne se grippe. Trapus, ces onze titres son propulsés par une énergie implacable, ils abattent le petit bois, emportés par un chant énervé et une rythmique métronomique. Techniques et enrobés dans l'habillage sonore ad hoc qui laisse à chaque instrument l'espace nécessaire pour s'exprimer, ils avalent les minutes avec une cadence soutenue sans que la tension ne débande, à aucun moment.

En cela, Mirror Of Modernity respecte haut la main le cahier des charges qui a présidé à sa conception. Cela pourrait être suffisant mais PRAETORIA injecte à un schéma éprouvé sa propre personnalité et surtout une bonne dose d'idées. Il en résulte un album constellé de breaks, soli et mélodies judicieux qui rendent l'écoute passionnante de bout en bout. Loin d'être linéaire, chaque compo a des allures de montagnes russes, traversée de multiples déchirures. Toutes sont plus redoutables les unes que les autres, de 'Inhumanity Is Complete' à 'The Passenger', de 'The Oath' à 'This World Immersed', qu'irriguent des lignes de parties de guitares orgasmiques.  Ce faisant, elles témoignent d'un long et évident travail d'élaboration, qui pourtant n'étouffe pas leur puissance et encore moins leur spontanéité.

N'hésitant ni placer un court instrumental acoustique beau comme un chat qui dort ('Praetorians') ni à livrer des paroles en français ('L'insouciant', peut-être même le titre le plus brutal et épidermique du lot), le groupe réussit son coup d'essai en conjuguant violence millimétrée et mélodies acérées. (ChildéricThor@2015)

mercredi 28 octobre 2015

Krönik | Annihilator - Suicide Society (2015)


Nous avions presque oublié ces derniers années que Annihilator fut pendant très longtemps le théâtre d'incessants changements de line-up autour de son inoxydable figure de proue, Jeff Waters, qu'on ne présente bien sûr plus. Durant douze ans (un record !), Jeff Padden s'est accroché au micro, participant à quelques-uns des meilleurs albums du groupe, de"All For You" au bien nommé "Metal" ceci expliquant sans doute sa longévité à un poste qui jusqu'alors ressemblait à un siège éjectable. 

La décision de Waters de se priver de nouveau de chanteur nous ramène forcément vingt ans en arrière lorsqu'il était (presque) seul à la barre. Ainsi, comme à l'époque de "King Of The Kill" puis de "Refresh The Demon", le maître s'est chargé de tout sur cette quinzième rondelle, du chant à la guitare, sans oublier la basse, hormis la batterie, toujours assurée par Mike Harshaw dont il s'agit de la seconde collaboration avec le Canadien. 

Sans surprise et alors que Jeff aurait pu profiter de cette (petite) révolution pour renouer avec les velléités expérimentales de "Remains", injustement sous-estimées, "Suicide Society" reste au contraire du Annihilator pur jus, collection de cartouches biberonnées au Viagra par boîte de douze. 

Certaines mauvaises langues ne manqueront pas de souligner que le guitariste n'est toujours pas devenu un grand chanteur (ce n'est pas très grave) et qu'il ne se gène pas pour réchauffer toujours les mêmes riffs, les mêmes accroches (ce qui l'est plus), comme l'illustrent en effet des titres tels que 'The One You Verse', 'Creepin' Again'. De fait, il nous faut bien admettre que cet opus donne l'impression d'avoir été  réalisé à la va-vite, la créativité en pilotage automatique, loin des réussites de jadis ou même plus récentes. L'absence de Dave Padden y est-t-elle pour quelque chose ? C'est peu probable. 

Il en faut pourtant plus pour gâter une écoute orgasmique certes vierge de véritables morceaux de bravoure, à l'exception peut-être de l'amorce éponyme et de 'Every Minute' qui ferme la marche en beauté, mais ô combien efficace et remuante. Waters connaît son métier et nous balance des uppercuts rageurs comme il en a le secret ('My Revenge'), confirmant encore une fois qu'il n'est pas près de sucrer les fraises. 

Vous l'aurez donc compris, "Suicide Society" n'est pas un grand cru mais s'écoute toutefois avec un plaisir communicatif, signe de vie d'un musicien dont il faut saluer la sincérité et l'incroyable vitalité. Et puis de toute façon, un Annihilator en petite forme (tout est relatif) demeure bien supérieur à bien des skeuds ... (ChildéricThor@2015)

jeudi 1 octobre 2015

BC | Shovelhead - Suffer In Life (2015)


lundi 21 septembre 2015

Krönik | Anthares - To My Last Breath (2014)


Dinosaure sur le papier, du haut de ses (quasi) vingt ans d'âge (voire même davantage si l'on compte ses débuts sous le nom de BLOODY HOPES), ANTHARES n'en demeure pas moins un groupe à l'aura modeste, la faute à une carrière ponctuée de trop longs silences. Mais les Français peuvent être considérés comme des vétérans de la scène Thrash hexagonale et cela s'entend. Doublement, dans la forme comme dans le fond.

D'une part, loin de quelques puceaux du son qui n'étaient même pas encore conçus lorsque MEGADETH publiait son Rest In Peace , les gars possèdent au contraire l'assurance tranquille de vieux briscards à la technique éprouvée quoique sans bavure. Ca, c'est pour la forme. D'autre part, nourris au Thrash originel, ils restent viscéralement attachés à une approche (désormais) old-school du genre, dépassée peut-être pour certains mais pourtant intemporelle. Voilà pour le fond, classique quoique efficace.

Scellant le retour de la formation bretonne après un hiatus discographique de seize ans, To My Last Breath se veut donc un album de Thrash à l'ancienne biberonné aux vieux METALLICA, à la Bay Area plus qu'à école française des LOUDDBLAST et autre AGRESSOR qui ont de toute façon toujours davantage lorgné vers le Death. Le chant hargneux de Julien n'est à ce titre, pas sans évoquer le Hetfield des débuts, comparaison des plus flatteuses s'il en est.

Disque à l'ancienne peut-être, le successeur de "Pro Memoria" ne saurait toutefois être perçu comme une rondelle poussièreuse et datée. Si la prise de son ne peut bien sûr soutenir la comparaison avec celle, monstrueuse, du Exhibit A d'EXODUS (pour rester chez les anciens), elle laisse néanmoins chaque instrument s'exprimer, s'épanouir avec une puissance authentique. Maintenant ferme une nerveuse érection, To My Last Breath déroule un menu tendu et testiculeux, mélodique et acéré à la fois, brochette d'hymnes tous plus imparables les uns que les autres, de ceux qui s'accrochent à la mémoire comme une moule à un rocher.

Sept titres, sept brulôts au format resserré auxquels on reprochera seulement de n'être pas plus nombreux car, après tant d'année d'abstinence, l'opus qui ne franchit même pas la barre des trente minutes au compteur, se pare d'un goût de trop peu. Au moins n'y a-t-il rien à jeter dans cette courte collection à l'intensité fermement dressée.

Et quel plaisir de pouvoir savourer un album de ce genre, direct, dépourvu d'esbrouffe et de prétention, un disque sincère, d'une admirable simplicité et toujours inspiré. Bref, un des meilleurs disques de Thrash entendu depuis longtemps, ni plus ni moins ! (Childéric Thor@2015)

mercredi 8 avril 2015

Krönik | Gang - V (2010)


Si la scène métal hexagonale semble (enfin) vouloir s’imposer à l’étranger sans avoir à rougir de la concurrence, suite au succès de groupes tels que Gojira, Eths ou à l’aura de sa chapelle noire (Nehëmah, Blut Aus Nord, Angmar et bien d'autres encore), il y aura toujours une tradition plus modeste, plus artisanale, mais non moins intéressante bien que moins exposée, qui continuera à se développer en parallèle. Cette tradition, héritée des années 80, est celle des Killers, Malediction, Messaline… et celle de Gang justement. Défenseur d’un thrash métal coulé dans le creuset du heavy depuis une vingtaine d’années déjà, le collectif de Champagne-Ardenne fait partie de ces soldats de l’ombre qui, en dépit d’une reconnaissance qui tarde à venir, n’ont jamais baissé les bras, enquillant les disques et les concerts pour le plaisir des fans et surtout pour le sien. Ce cinquième album, qui succède à Dead Or Alive publié en 2007, mouline de fait un métal à l’ancienne, nerveux et mélodique, qu'habillent des guitares qui ont le goût de l’authentique. Bien entendu, d’aucuns argueront que la prise de son affiche des carences en terme de puissance, alors qu’en matière de thrash, ce défaut ne pardonne généralement pas. Certes, face au gros son d’un Annihilator ou d’un Exodus, le fuselage de cette galette tient plus de la série B mais s'avère épais et sans afféteries. Qu’importe, les compositions tiennent la route, on sent bien que les mecs ont du métier à défaut de moyens cependant que Bill, le chanteur, outre le fait de posséder un bel organe (vocal), n’a heureusement pas une prononciation anglaise qui fait mal aux oreilles. Dans ce choix de privilégier la langue de Shakespeare plutôt que celle de Molière (sauf exception) réside d'ailleurs une part de la personnalité du groupe au sein d'un créneau où le contraire se révèle plus fréquent. Le Gang galope entre agressions heavy aux lointains relents punk ("Never Enough"), périples lourds qui lui sied plutôt bien ("Believer, Betrayer", "Skull's Out Of Genocide","Sacrifice", chanté en français et aux harmonies de guitares façon NWOBHM) et cartouches qui avalent les kilomètres en fonçant pied au plancher ("Overdose"). Sorte de power-ballade, plutôt agréable du reste, "Kill Me" fait office de coupure, de trêve entre ces titres assez agressifs, que les six-cordes contribuent à durcir encore davantage ("Into The Silence Of The Sea"). Un disque sans prétention, à prendre pour ce qu’il est, un bon exemple d’une certaine tradition française, simple, efficace et décontractée, de la part d'une équipe qui mérite le respect. (cT2010 | Music Waves)


Heavy Thrash | 39:40 | Emanes Metal Records
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