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mercredi 30 septembre 2015

Krönik | Abstracter - Wound Empire (2015)


On se doutait bien que Abstracter ne tarderait pas à dévoiler sa nature monstrueuse. Il y a plus de deux ans, "Tomb Of Feathers" avait jeté les bases d'un art aussi vicié que douloureux, sorte de créature effroyable, bien que non dénuée d'une forme de beauté (noire), née de la copulation entre sludge évolutif et black corrosif. 

"Wound Empire" fait mieux que transformer ce premier essai, propulsant les Américains vers les sommets que nous devinions et espérions. Mieux produit que son prédécesseur, cet opus a quelque chose d'une cathédrale aux dimensions gigantesques se dressant au milieu d'un champ de ruines, à l'image de son remarquable visuel.

Ces complus irions étirent leurs tentaculaires ramifications sur des fondations lourdement et profondément enracinées dans une terre sale et ensanglantée. Fidèle à une architecture massive, le groupe enfante quatre pistes qui gravitent toutes autour des dix minutes au compteur, durée colossale leur permettant de remuer vicieusement les chairs. 

Bien que figée par une inexorable et minérale souffrance, l'œuvre, aux traits gris et sévères, pourrait être monolithique et n'être que cela. Or il n'en est rien, non pas que le tempo, aux allures de désespérés coups de boutoir, parvienne jamais à se libérer de sa nasse ferrugineuse, mais Abstracter sait faire progresser sa trame et éviter les longueurs ô combien fâcheuses dans lesquelles sombre trop souvent l'exercice lorsqu'il est entre les mains de médiocres. Ce qui n'est bien entendu pas le cas ici.

Encore une fois, les gars n'inventent rien et il y aura bien toujours quelques grincheux pour le leur reprocher. Soit ! Reste que dans le genre, "Wound Empire" ne saurait être critiqué, bloc de matière brute dont les fissures qui le lézardent laissent échapper des émanations puissamment sombres. 

Atmosphérique parfois, à l'image de la première partie de 'Glowing Wounds' qui s'éteint en revanche sur un final aussi apocalyptique que définitif, mais constamment travaillé de l'intérieur par une tension explosive et malsaine, l'album vibre d'une force souterraine, emporté par les rouleaux d'une batterie rocailleuse ('Lightless'), lourd substrat que raclent des guitares cendreuses tour à tour profondes excavatrices ou pinceaux de tristesse ('Open Veins'). Au loin, le chant, hurlé et broyé, crache sa bile comme si demain ne devait plus jamais exister. 

Tendu comme le foc d'un navire, "Wound Empire" est comme un étau, comprimant toute source de vie et d'espoir. Moins corrompu par le black metal que ne l'était "Tomb Of Feathers", en même temps plus canalisé dans son expression sonore d'une violence paroxysmique, il est un disque plus abouti, confirmant le potentiel de ses  créateurs. (Childéric Thor@2015)

jeudi 17 septembre 2015

Krönik | Abaton / Viscera/// - Diade(ms) (2015)


Petite rondelle de douze minutes à peine, Diade(ms) fait portant très mal. Si de loin, l'objet épouse les traits d'un simple split, en ce sens qu'il paraît unir deux groupes remplissant chacun une face avec un titre, de près, il se veut surtout le fruit d'une collaboration entre deux artisans de la chapelle Sludge/doom italienne tant leur semence semble ne faire qu'une.

Plus qu'une banale addition, ce 7'' est un tout indivisible et cohérant dont chaque partie a été conçue comme telle. Douze petites minutes peut-être mais une belle claque dans la gueule quand même. Ce bout de plastique semble peser une tonne. C'est lourd, c'est heavy, c'est evil. Son format le permettant; voyons voir ce que Diade(ms) a dans le slip.

Face A : ABATON dégueule ce 'Special Needs' atrabilaire et écorché, tendu comme une verge gonflé de haine. Le groupe gravite au-dessus d'un gouffre béant, d'une noirceur vaginale, à la lisière d'un Hardcore granitique. La lourdeur pachydermique du tempo n'empêche pas les Italiens d'enclencher de fielleuses accélérations entre deux pesants coups de boutoir. Chant de bête en rut, batterie aux allures de falaise contre laquelle vient s'écraser des guitares rongées par une sourde négativité secouent cette pulsation rageuse.

Face B : VISCERA/// accouche d'un macération au climat plus étouffant. Plus lent,  'Pandemic' fouaille les boyaux d'un death doom pétrifié dont les burins sont ces riffs granuleux aux sécrétions douloureuses et d'une triste beauté. Si la cadence s'emballe lors des dernières mesures, l'ensemble est miné par une profonde inexorabilité. C'est superbe.

Co-produit par plusieurs labels dont Diodrone et Sentient Ruin, Diade(ms) se révèle être un joyau obscur, gemme luisant d'un éclat noir qui naît de cette fiévreuse copulation entre Doom abyssal et Sludge tellurique. Dans le genre, il est indispensable. (Childéric Thor@2015)