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vendredi 30 octobre 2015

Krönik | New Years Day - Malevolence (2015)


Les visages grimés de manière horrifique, dignes de la fête d'Halloween, qu'arborent ses jeunes membres ne doivent pas vous effrayer ou vous faire craindre une énième formation pour gothopoufs, New Years Day mérite mieux que cela. Non pas que les Américains ne soient pas ce qu'ils ont l'air d'être mais ils ont le bustier suffisamment (bien) rempli pour faire oublier cette étiquette d'un abord peu alléchant. 

Parmi leurs atouts, citons déjà la présence derrière le micro de Ashley Costello, panthère de charme n'hésitant jamais à sortir les griffes, sorte de croisement entre Amy Lee (Evanescence) et Maria Brink (In This Moment). Ni un joli minois ni un bel organe n'étant désormais suffisants pour faire la différence, même si cela peut aider, le groupe compte surtout sur un songwriting irrésistible pour justement se démarquer et s'extraire de la masse.

Preuve est fournie avec "Malevolence", son troisième effort depuis 2005, successeur du remarqué "Victim To Villain", publié il y a deux ans. Américain de style jusqu'au bout des ongles et donc taillé en cela pour les ondes de là-bas, avec ses titres calibrés, gainés de riffs épais, l'album est de ceux qu'il semble impossible de prendre en défaut, brochette séduisante de douze morceaux certes quasi-millimétrés (comprendre qu'aucun d'entre eux ne franchit la barre des quatre minutes), à l'exception de la conclusion éponyme, qui pourtant emportent tout dans leur sillage. 

Tous possèdent franchement les qualités d'hymnes immédiats, grâce à des mélodies qui savent ferrer l'auditeur. 'Kill Or Be Killed', 'Alone' ou 'Relentless' représentent ce qui se fait de mieux dans le genre, entre rock alternatif et gothic metal. Avec intelligence, New Years Day parsème le menu de détails qui le rendent toujours passionnant. 

Discrètes touches electro ('Left Inside'), guitares qui ne se contentent pas d'abattre le petit bois ('My Ghost'), écriture plus nuancée qu'il n'y paraît, à l'image de la (fausse) ballade 'Suffer', alimentent ainsi une écoute qui tout du long maintient une gracieuse intensité, écoute que propulse bien entendu le chant de la belle Ashley dont le registre appuyé ne rime heureusement jamais avec vulgarité. 

Osons l'affirmer, "Malevolence" est un sans-faute qui ne cesse de s'embellir à chaque nouvelle plongée dans son intimité lourde et charmeuse. (ChildéricThor@2015)




lundi 28 septembre 2015

Krönik | Akentra - Alive (2014)


Séduits en 2010 par un premier album rafraîchissant, nous étions malheureusement depuis sans nouvelles d'Akentra. Le groupe français, qui comptait dans ses rangs à ses débuts deux membres d'Headline, le claviériste Aymeric Ribot et surtout le guitariste Didier Chesneau, est donc enfin de retour, d'où le nom de cette seconde offrande que nous n'espérions plus vraiment. 

Vivants, les musiciens le sont, bien décidés à rattraper le temps perdu. Ils le méritent tant leur gothic metal le vaut bien. "Alive" reprend les choses où les avaient laissées "Asleep". Les qualités soulignées à l'époque ne se sont pas envolées avec ces années d'abstinence discographique, à commencer par cette écriture sophistiquée et élégante qui distinguait déjà il y a cinq ans Akentra des nombreux groupes du même style à l'inspiration moisie. 

Sur un socle serré que recouvrent de lourds sédiments, ces nouvelles compositions, toutes aussi solides qu'irrésistibles, témoignent du long travail de leur auteurs pour en soigner tous les détails, courts tableaux où rien n'est laissé de côté. Varié et dynamique, l'album regorge de (bonnes) idées, illustrées notamment par le très beau 'Lies', titre lent que minent des ambiances désenchantées. 

Citons également le diptyque 'Final Dance' qui voit une seconde partie aux puissants atours succéder à un premier segment plus calme sinon intimiste, 'Future' gainé d'un enrobage appuyé très heavy, 'My Son' et sa mélodie accrocheuse que tissent des guitares entêtantes, témoignages parmi tant d'autres d'un talent encore trop méconnu. 

Bien sûr, comment ne pas évoquer le chant de Lucia Ferreira, clé de voûte de cet édifice à la fois lourd et ensorcelant. Elle se fond dans tous les registres avec la même aisance mais démontre encore une fois toute l'étendue de son talent lors de poignantes accalmies, à l'image de 'The One', respiration dont la sobre beauté n'aurait de toute façon pas pardonné la médiocrité. 

Long de cinquante minutes, "Alive" déroule en définitive un menu que ne grèvent ni baisse de régime ni faute de goût, ponctué de moments magiques. Il honore de manière fidèle et racée un gothic metal plus personnel qu'il n'y paraît car teinté d'une émotion discrète. Cela suffira-t-il pour permettre à Akentra de (re)trouver la place qui devrait être la sienne ? On le souhaite tant cet album transforme l'essai avec intelligence et finesse. Une belle confirmation pour certains, une découverte qui l'est tout autant pour les autres. (Childéric Thor@2015)

jeudi 24 septembre 2015

Krönik | Leaves' Eyes - King Of Kings (2015)


On ne présente plus, désormais, Leaves' Eyes, le groupe fondé par Liv Kristine après avoir été éjectée sans ménagement d'un Theatre Of Tragegy qui, ironie du sort, ne s'en est jamais remis. Depuis plus de dix ans, la Norvégienne mène son drakkar, toujours secondée par Alexander Krull (Atrocity), son chanteur de mari, accouchant de nouveaux albums à intervalles réguliers, sans compter ses escapades en solitaires, aussi sucrées qu'insipides bien qu'agréables. 

Sans avoir l'envergure d'un Nightwish ou d'un Within Temptation, son projet s'est donc imposé comme une valeur sûre du gothic metal sympho qu'elle honore avec élégance et une légère mélancolie. "King Of Kings" est (déjà) sa sixième offrande sous cette bannière. Les premiers contacts avec cet opus ne se révèlent pourtant pas très encourageants.  

Un titre pour le moins quelconque, tout juste digne d'un mauvais groupe de power metal et surtout l'impression que Leaves' Eyes cherche à braconner sur les terres de Nightwish, la flamboyance en moins, comme semble l'annoncer d'entrée de jeu le morceau éponyme aux arrangements grandiloquents, augurent d'une inspiration et d'une personnalité en berne. Heureusement, l'album vaut mieux que ces décevants préliminaires. Ses traits sont plus durs que sur "Symphonies Of The Night", son prédécesseur, à l'image de 'Halvdan The Black', sur lequel plane toutefois un peu trop l'ombre des Finlandais. 

Tavelé comme toujours de couleurs folkloriques ('Vengeance Venom'), le menu doit bien sûr beaucoup à la voix de Liv Kristine, capable de toutes façons à elle seule de sauver n'importe quelle chanson. Ses (nombreux) admirateurs seront enchantés par ses lignes ensorcelantes, clé arc-boutant d'un édifice certes peu novateur ('The Waking Eye'), mais aussi chaleureux qu'efficace. 

Si elle se coule à merveille dans un cadre épique, ce qu'illustrent les très réussis 'Edge Of Steel' et 'Blazing Waters', on la préfère finalement dans un registre plus intimiste, plus sobre sans doute aussi, témoin la ballade teintée d'amertume 'Haraldskvaedi', qui sied admirablement à la pureté cristalline de son timbre. 

Que dire d'autres à propos de "King Of Kings" si ce n'est qu'il s'inscrit dans la lignée de ses aînés dont il partage la même qualité, poursuivant une évolution plus cinématique encore, à l'œuvre depuis "Njord". Ni simple album de plus ni pierre angulaire de la carrière de ses auteurs, il peaufine une identité au charme délicieusement glacé. (Childéric Thor@2015)

lundi 13 avril 2015

Krönik | Nightwish - Endless Forms Most Beautiful (2015)


Si les albums de Nightwish sont toujours très attendus, "Endless Forms Most Beautiful" l'est encore plus que les autres car il est le premier à accueillir Floor Jansen derrière le micro, troisième chanteuse de la formation. Autant sa devancière, Anette Olzon n'a jamais vraiment su faire oublier sa devancière à laquelle elle a eu la lourde tâche de succéder et ce, nonobstant l'incontestable réussite des deux offrandes auxquelles elle a participé, autant il n'aura pas fallu longtemps à l'ancienne After Forever pour se mettre le public des Finlandais dans la poche. Une tournée, immortalisée par le DVD "Showtime, Storytime", aura suffi pour donner l'impression que la Batave a rejoint la bande de Tuomas Holopainen depuis des lustres.

De fait, beaucoup considèrent - à raison ? - que Nightwish a enfin trouvé la pièce qui lui manquait depuis l'éviction de sa chanteuse historique, permettant à celui-ci de renouer avec des atours plus metal que le grain de voix presque pop d'Anette avait contribué à siphonner quelque peu. Avant de détailler par le menu ce huitième opus (déjà !) et pour en finir avec les questions de ressources humaines, sachez que Troy Donockley, responsable des touches celtiques et de quelques chœurs et discrètes lignes vocales depuis "Dark Passion Play", est désormais un membre à part entière et que, pour des raisons de santé, le batteur Jukka Nevalainen a dû céder sa place pour une durée indéterminée à son compatriote Kai Hahto de Swallow The Sun.

Trois ans après un "Imaginaerum" qui, malgré ses qualités, a divisé les fans, surgit donc "Endless Forms Most Beautiful", attendu comme une espèce de Graal par ceux qui ne se sont jamais consolés du départ de Tarja. Pour cette raison - mais ce n'est pas la seule -, l'œuvre est une réussite, en cela qu'elle réunit tous les ingrédients qui ont peu à peu façonné le son du groupe, renouant à la fois avec le lyrisme sombre de "Once" et la grandiloquence cinématique de ses deux prédécesseurs. Pourtant, 'Elan', le premier single certes agréable bien qu'au pénible goût de déjà-entendu, n'augurait pas d'un tel succès, arbre cachant en réalité une foisonnante forêt dont seuls de nombreux  aller-retours à travers ses sentiers dévoilent la richesse touffue.

Etonnamment, malgré ses 80 minutes au garrot, l'album passe très vite, enchaînant les perles aux allures de Valhalla, gemmes à la fois moins symphoniques et plus acérées ('Weak Fantasy'), voire carrément  hargneuses à l'image du pesant 'Yours Is An Empty Hope' où la voix rugueuse de Marco Hietala s'accouple à une rythmique plombée tandis que les claviers de Tuomas distillent un climat menaçant. Cela faisait même longtemps que la guitare du sous-estimé Emppu Vuorinen n'avait pas sonné avec autant d'agressivité, témoin ce 'Endless Forms Most Beautiful' gigantesque.

Les arrangements, comme toujours de toute beauté, et les échappées celtiques ('My Walden') n'étouffent jamais une flamboyante énergie qui trouve dans la voix puissante de Floor son parfait véhicule. En retrait depuis le split d'Afer Forever que son projet ReVamp n'a pas su remplacer, la belle démontre qu'elle n'a rien perdu de son charisme, ce qu'illustre notamment le mélancolique 'Our Decades In The Sun', sans doute un des sommets de l'album dont il est révélateur des couleurs crépusculaires, les thèmes de la science et de la raison lui servant de combustible.

Dommage alors que 'The Greatest Show On Earth', piste terminale de près de 24 minutes, s'éternise, parasitée par une narration qui alourdit un canevas pourtant généreux en fulgurances symphoniques. Sans cette dernière partie qui n'évite donc pas quelques longueurs et une tendance à réchauffer parfois les mêmes mélodies depuis plusieurs albums ('Edema Ruth'), le résultat, qu'irriguent de sombres mélodies, frôle le sans faute et ne saurait décevoir, capable de fédérer aussi bien les fans de la première heure que ceux que "Dark Passion Play" et "Imaginaerum" ont su séduire.

On ne pouvait de fait espérer meilleur album à ce moment de la carrière des Finlandais dont on peut penser que l'arrivée parmi eux de Floor Jansen leur a apporté une envie nouvelle mêlée à une dose de sang frais salvateur. Se dévoilant un peu plus à chaque écoute, "Endless Forms Most Beautiful" est un très grand disque qui fera date dans l'histoire de Nightwish. (Nuclear Blast | Music Waves)