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mercredi 15 avril 2015

Krönik | Code - Mut (2015)


Curieuse – et décevante pour certains – trajectoire que celle de Code, au départ un groupe extraordinaire auteur d’un premier album – « Nouveau Gloaming » –  incarnant à lui seul, le renouveau justement, d’un art noir à la fois évolutif et féroce, ambitieux et crépusculaire mais à l’arrivée, une formation de (quasi) metal progressif vaguement arrimée au Black Metal qui semble avoir perdu en route plus que son fabuleux chanteur, le grand Kvohst, parti baguenauder avec son Hexvessel du côté d’un Dark Folk bucolique mais surtout son âme et ce, nonobstant les qualités intrinsèques de « Augur Nox ».

A l’écoute de son successeur, on mesure non pas que ce troisième opus fut un second chapitre comme nous étions alors nombreux à le penser mais une oeuvre charnière, transition entre des débuts sous le sceau du metal noir et une évolution vers une musique plus progressive (ce qu’elle a certes toujours été) sinon atmosphérique. De fait, si son prédécesseur laissait encore affleurer à sa surface les lointaines racines extrêmes de son principal auteur, le guitariste Aort, par ailleurs bassiste chez les doomeux d’Indesinence, « Mut » largue franchement les amarres pour accoster des terres qui, bien qu’encore belles et réussies, se noient dans un notable manque de personnalité.

Le chant de Wacian, bien qu’excellent, n’est sans doute pas pour rien dans cette singularité en berne tant ses lignes vocales font parfois plus qu'évoquer celles d’un Daniel Gildenlöw (Pain Of Salvation), comme l’illustre notamment un titre tel que ‘The Bloom In The Blast’. Il y a pire référence, bien entendu, pour autant, alors qu’il forgeait dix auparavant un art qui n’appartenait qu’à lui, Code parait désormais loucher vers ce rock mélancolique, quoique toujours un peu tordu, (trop) à la mode. Ceci dit, « Mut » possède au final presque plus de charme voire de réussite que « Augur Nox », grâce à un menu serré et très bien fait qu’émaillent nombre de perles aux allures de travail d’orfèvre, parmi lesquelles nous pouvons citer le magnifique ‘Dialogue’, puissamment émotionnel, ‘Inland Sea’, le percussif et déglingué ‘Affliction’ sans oublier ‘Undertone’.

En outre, comme le laisse deviner le temps anormalement court qui ses deux dernières livraisons, on sent que les Anglais ont trouvé depuis quatre ans et un nouveau line-up désormais parfaitement en place, un second souffle, gagnant en énergie intimiste ce qu’ils ont perdu en personnalité. Et puis tant pis si ce n’est plus vraiment le même groupe et si quelques ayatollahs fans de la première heure font la gueule… (Agonia Records | Sound Protest)



mercredi 18 mars 2015

Krönik | Zmerna - Polydirectional Lines (2014)


On prend toujours un peu peur lorsque l'on voit débouler une galette présentée comme un mélange d'instrumental et de virtuosité. Le risque d'avoir à faire à un machin aussi vain qu'indigeste bricolé par des techniciens ivres d'eux-mêmes est souvent grand... Telle est notre crainte au moment de déflorer ce "Polydirectional Lines" venu de Grèce. Le fait que celui-ci ne soit l'oeuvre que d'une seule personne solitaire ne plaçait pas non plus sa découverte sous les meilleurs augures. Las, nous avions - heureusement - tout faux. Que Zmerna soit le jouet de Manthos Stergio (Tardive Dyskinesia), musicien talentueux s'il en est, constituait pourtant un indice précieux quant à la valeur de ce premier jet onanique, certes pesamment technique mais aussi non dénué d'âme sinon d'émotion(s). Entre Metal progressif acéré ('Bloodline') et Djent mangeur d'espace ('Redline'), "Polydirectional Lines" ne fait pas mentir son nom, concentré de technique d'une extrême densité, véritable tectonique des plaques se chevauchant, se brisant en un fracas jubilatoire. Multipliant les cassures rythmiques, empilant les plans à tout va, le résultat est affolant d'une maîtrise toujours mise au service de la mélodie et où la guitare du bonhomme règne en maîtresse des lieux, reine aux traits tour à tour lourdement soulignés ou finement ciselés.  Si 'Adrenatine', en guise de préliminaires, semble vouloir confirmer nos craintes premières, les pistes qui lui succèdent, bien que taillées dans le même bois alambiqué, sont tavelées de tâches d'une beauté insoupçonnée. Le long 'Cristalline' qui mêle habilement motifs planants et gros riffs qui tâchent ou bien encore le lent 'Borderline' et ses tubulures trempées dans le post-rock démontrent notamment que le Grec sait composer de vraies chansons même instrumentales et construites sur un maillage serré et parkinsonien. Du coup, la bride tenue d'une main de fer qui l'empêche de galoper dans tous les sens, l'album s'enfile sans forcer, au point de le trouver presque trop court, c'est dire... A l'arrivée, à la fois technique et envoûtant, Zmerna tient de la bonne surprise, d'autant que l'on en attendait rien de particulier, ceci expliquant sans doute aussi un peu cela. Son caractère instrumental et complexe ne doit pas vous effrayer, vous passeriez à côté d'un opus plus enthousiasmant que prévu. (cT2014 | Music Waves)


Instrumental Progressive Post Metal