mardi 6 octobre 2015
lundi 5 octobre 2015
Krönik | Black Cilice -Mysteries (2014)
Obscure et ténébreuse, la chapelle noire portugaise compte depuis ces dernières années parmi les plus passionnantes, scène palpitant de mort plutôt que de vie où l'orthodoxie d'un art primitif et cryptique prime sur une approche évolutive sinon moderne bannie du vocabulaire sonore de ces hordes souvent mystérieuses exaltant tous les codes du genre, autant dans la forme que dans le fond, ceux du mal originel et séculaire.
BLACK CILICE est l'un des noms les plus cultes de ce terreau lusitanien dont il symbolise admirablement les valeurs, créature nocturne et solitaire grimée de corpsepaint et auteur énigmatique car anonyme d'une oeuvre bordélique où depuis (seulement) 2009, se succèdent démos et autres splits de rigueur tirés en nombre limité pour le plus grand plaisir des collectionneurs pour qui le Black Metal doit rester cet art de l'ombre réservé à une poignée, ce qu'il aurait toujours dû rester.
Ayant canalisé - pour le moment - ce flot qui lui sort des orifices, le Portugais se fait désormais plus rare, privilégiant depuis deux ans le format long aux petites saillies. C'est pourquoi seule une compilation ( Old Curses ) sépare Summoning The Beast de Mysteries , troisième véritable méfait qui nous intéresse aujourd'hui, lequel porte l'incontestable marque, aussi sinistre qu'écorchée, de son procréateur. A l'épure d'une pochette où se découpe sur un fond noir la tête de goule du maître des lieux répond un art à la prise de son polluée, suintant de négativité par tous les pores, un art qui semble ne faire qu'un avec la nuit et les démons qui l'accompagnent.
Au programme, six pistes peut-être mais surtout un édifice de 38 minutes aux contours flous qui a quelque chose d'un magma gargouillant d'une espèce d'énergie tellurique. Tous les titres paraissent se confondre les uns les autres pour se fondre en une bouillie infâme d'où émergent hurlements possédés et riffs déglingués mais aussi un lointain éclat méphitique. A la fois rapide et hypnotique, régurgitant un mal-être absolu et labourant les chairs à vif, ces longues macérations ne filent jamais droit, elles semblent avoir été capturées au fond d'une cave qu'éclaire une pâle bougie.
Ce faisant, BLACK CILICE restaure cette noirceur unique venue des profondeurs de la terre qui caractérise le Black Metal originel. Et si au final, on n'a pas tout compris, s'impose l'impression d'avoir été emporté par un torrent fielleux aux allures de transe assourdissante. (Childéric Thor@2015)
dimanche 4 octobre 2015
Krönik | Kadavar - Berlin (2015)
Quand certains malchanceux mettent des années à percer, d'autres au contraire ne perdent pas de temps pour s'imposer. Kadavar est de ceux-ci. Nonobstant les incontestables qualités du combo, sur lesquelles nous reviendrons un peu plus loin, il est tout de même permis de se demander si ce succès-éclair est justifié.
Certes le premier album éponyme était bon, voire excellent, certes les concerts livrés par le trio l'ont été tout autant mais pas plus que d'autres... Seulement voilà, les Allemands possèdent quelque chose en plus, une espèce de magie qui, couplée à une énergie jubilatoire, à un sens du feeling (hard) rock humide et à une écriture imparable, aboutit à un Graal orgasmique.
Bien que simple en apparence, leur art sonne comme une évidence, celle d'écouter une musique noble et pure qui confine à une forme d'Absolu. Mais, "Abra Kadavar", en ne transformant pas tout à fait l'essai, semblait néanmoins déjà dévoiler de relatives limites. Moins de magie, moins de surprise. Le troisième opus, sans compter un split forcément culte partagé avec Aqua Nebula Oscillator, se devait donc d'être à la hauteur de l'attente. Ce qu'il fait.
Mais, cela, on l'avait déjà deviné car il y a des indices qui ne trompent pas. Son titre court, qu'on retient immédiatement, évocateur d'un foisonnement créatif, en constitue un premier et pas des moindres. Sa pochette, très belle, en est un second, annonciatrice par ailleurs de l'évolution du contenu dont elle est l'écrin en ce sens qu'elle tranche avec ses devancières où trônaient sobrement les trois membres du groupe.
Par petites touches pointillistes, Kadavar poursuit sa mue, moins doom et tout simplement plus rock et bluesy ('Filthy illusion', 'Pale Blue Eyes'). L'écriture s'est resserrée et sent moins la pipe à eau, diluant les touches psyché certes toujours présentes ('Spanish Wild Rose'), dans un socle plus direct, quand bien même les mélodies accrocheuses sont depuis toujours une des marques de fabrique du trio emmené par le chanteur et guitariste Lupus, lequel se montre ici particulièrement en forme et plus inspiré que jamais, laissant sa gratte déverser un feeling torrentiel, rampe de lancement à des soli dantesques en live.
Premier opus avec le nouveau bassiste, Dragon, "Berlin" enfile les perles sans jamais ramollir, allant toujours à l'essentiel (tout est emballé en quatre minutes au compteur), parfois rapide à l'image de 'Lord Of The Sky' ou de 'Into The Night', mais serrant le frein le plus souvent ('Last Living Dinosaur') et toujours jubilatoire. Compact et homogène, l'œuvre n'en demeure pas moins nuancée dans son intensité heavy. Hymnes immédiats, des enclumes démentielles telles que 'Stolen Dreams', 'The Old Man' ou 'Thousand Miles Away Frome Home' procurent ainsi des frissons par leur dureté duveteuse.
Davantage que le digne successeur du galop d'essai éponyme, ce troisième effort démontre que Kadavar n'est pas juste la sensation du moment mais un grand groupe promis à durer. (Childéric Thor@2015)
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