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lundi 12 octobre 2015

Krönik | Soilwork - The Ride Majestic (2015)


Après plusieurs années d'errements discographiques, dont on peut dater le début à "Stabbing The Drama" en 2005, Soilwork en a étonné plus d'un avec "The Living Infinite", double ration d'une qualité presque inespérée sinon miraculeuse. Lui offrir un successeur n'était pas chose aisée. De fait, fortement attendus, les Suédois ne devaient pas décevoir. Se répéter ou resservir la formule faisandée qui a nourri "Sworn To The Great Divide" et "The Panic Broadcast", opus déjà oubliés, serait regrettable voire impardonnable. 

Contre toute attente, le groupe revient avec ce dixième album à un canevas classique, calibré : onze titres pour presque cinquante minutes de musique. Mais, l'inspiration à nouveau au garde-à-vous, Soilwork renoue avec la réussite brute et directe de ses vertes années. L'ère bénie de "Natural Born Chaos", sommet indétrônable de sa carrière, n'est même parfois pas si loin, la présence tutélaire de Devin Townsend en moins, bien entendu. 

Il suffit d'écouter la bombe éponyme en ouverture ou certains passages de 'Enemies In Fidelity' pour se convaincre de cette jouissive proximité. Ceux qui avaient abandonné le navire ces dix dernières années seront rassurés, trop heureux de reconnaître ce qui les avait autrefois séduits chez les Suédois, plus que jamais guidés par celui qui s'est finalement imposé comme le quasi maître des lieux, le chanteur Bjorn Strid. Avec ses vocalises aussi puissantes que versatiles, "The Ride Majestic" lui doit forcément beaucoup, comme l'illustrent 'Death In General' et plus encore 'The Phantom' que ses performances, hurlées ou plus claires, émaillent avec brio.

Dense, le menu aligne les brûlots, hymnes intenses et catchy, mais témoigne pourtant que ses auteurs n'ont pas tout à fait muselé leurs velléités expérimentales. De fait, nombre de détails viennent perturber une écoute plus nuancée qu'il n'y paraît. Claviers progressifs ('Whirl Of Pain'), lignes de guitares gorgées de mélodies ('Father And Son', 'Watching The World Go Down'), cassures impromptues ('Petrichor By Sluphur', pièce d'une richesse superbe), tous les morceaux reposent sur une construction tumultueuse qui les rend à la fois constamment dynamiques et ambivalents dans leurs teintes d'une sombre limpidité. 

Bien que mité par de rares moments moins notables qui, placés en fin de parcours ('All Along Echoing Paths', 'Shining Lights') font quelque peu retomber l'intensité, "The Ride Majestic", oeuvre tout simplement jubilatoire, n'en souffre pas, louchant vers la réussite des trois premiers albums. Ce faisant, il fait donc plus que confirmer la forme retrouvée des Suédois, qu'on croyait presque perdus, en dépit d'un "The Living Infinite" de bonne mémoire. De retour dans la course, ils n'ont donc pas (encore) tout dit, ce qui augure d'un avenir prometteur... (Childéric Thor@2015)

dimanche 4 octobre 2015

Krönik | Kadavar - Berlin (2015)


Quand certains malchanceux mettent des années à percer, d'autres au contraire ne perdent pas de temps pour s'imposer. Kadavar est de ceux-ci. Nonobstant les incontestables qualités du combo, sur lesquelles nous reviendrons un peu plus loin, il est tout de même permis de se demander si ce succès-éclair est justifié. 

Certes le premier album éponyme était bon, voire excellent, certes les concerts livrés par le trio l'ont été tout autant mais pas plus que d'autres... Seulement voilà, les Allemands possèdent quelque chose en plus, une espèce de magie qui, couplée à une énergie jubilatoire, à un sens du feeling (hard) rock humide et à une écriture imparable, aboutit à un Graal orgasmique. 

Bien que simple en apparence, leur art sonne comme une évidence, celle d'écouter une musique noble et pure qui confine à une forme d'Absolu. Mais, "Abra Kadavar", en ne transformant pas tout à fait l'essai, semblait néanmoins déjà dévoiler de relatives limites. Moins de magie, moins de surprise. Le troisième opus, sans compter un split forcément culte partagé avec Aqua Nebula Oscillator, se devait donc d'être à la hauteur de l'attente. Ce qu'il fait. 

Mais, cela, on l'avait déjà deviné car il y a des indices qui ne trompent pas. Son titre court, qu'on retient immédiatement, évocateur d'un foisonnement créatif, en constitue un premier et pas des moindres. Sa pochette, très belle, en est un second, annonciatrice par ailleurs de l'évolution du contenu dont elle est l'écrin en ce sens qu'elle tranche avec ses devancières où trônaient sobrement les trois membres du groupe. 

Par petites touches pointillistes, Kadavar poursuit sa mue, moins doom et tout simplement plus rock et bluesy ('Filthy illusion', 'Pale Blue Eyes'). L'écriture s'est resserrée et sent moins la pipe à eau, diluant les touches psyché certes toujours présentes ('Spanish Wild Rose'), dans un socle plus direct, quand bien même les mélodies accrocheuses sont depuis toujours une des marques de fabrique du trio emmené par le chanteur et guitariste Lupus, lequel se montre ici particulièrement en forme et plus inspiré que jamais, laissant sa gratte déverser un feeling torrentiel, rampe de lancement à des soli dantesques en live. 

Premier opus avec le nouveau bassiste, Dragon, "Berlin" enfile les perles sans jamais ramollir, allant toujours à l'essentiel (tout est emballé en quatre minutes au compteur), parfois rapide à l'image de 'Lord Of The Sky' ou de 'Into The Night', mais serrant le frein le plus souvent ('Last Living Dinosaur') et toujours jubilatoire. Compact et homogène, l'œuvre n'en demeure pas moins nuancée dans son intensité heavy. Hymnes immédiats, des enclumes démentielles telles que 'Stolen Dreams', 'The Old Man' ou 'Thousand Miles Away Frome Home' procurent ainsi des frissons par leur dureté duveteuse. 

Davantage que le digne successeur du galop d'essai éponyme, ce troisième effort démontre que Kadavar n'est pas juste la sensation du moment mais un grand groupe promis à durer. (Childéric Thor@2015)

dimanche 20 septembre 2015

Krönik | Amorphis - Under The Red Cloud (2015)


Depuis une dizaine d'années et l'arrivée de Tomi Joutsen derrière le micro, les albums d'Amorphis se suivent et se ressemblent (beaucoup). Constants dans une qualité d'écriture que rien ne semble devoir éroder, même pas l'usure du temps, les Finlandais restent fidèles à une empreinte reconnaissable entre mille. Au moins, son public ne saurait être déçu, trop heureux de piocher dans chaque nouvelle livraison son quota d'hymnes inusables. 

Il serait pourtant injuste d'affirmer que leurs offrandes sont interchangeables car de discrètes nuances les distinguent en réalité les unes des autres. Il suffit d'écouter "Under The Red Cloud" pour s'en convaincre, successeur du solide "Circle", lequel nous avait rassurés après un "The Beginning Of Times" inodore bien que plaisant, comme toujours. Alors certes, la recette demeure immuable, tout comme ce canevas basé sur dix titres au format resserré, ciselés comme une mécanique d'orfèvrerie. 

Selon son habitude, Esa Holopainen décoche des riffs ensorcelants beaux comme un chat qui dort, comme sur 'Bad Blood', sans doute le Valhalla de l'album, les claviers de Santeri Kallio étendent un tapis soyeux tandis que Joutsen alterne grognements caverneux de sangliers en rut et chant clair, cadre connu néanmoins perturbé par un ton (un peu) plus dur qu'à l'accoutumée. 

De fait, si l'ensemble sonne toujours très mélodique, teinté de couleurs folkloriques ('Sacrifice'), les racines extrêmes du groupe font cette fois-ci plus qu'affleurer à la surface grâce à un Tomi plus hargneux que jamais, témoins par exemple les sombres 'The Skull', aux lointaines réminiscences de "Far From The Sun" et surtout 'The Four Wise Ones'. Nous ne manquerons pas de signaler aussi les touches orientales qui drapent 'Death Of A King' et 'Enemy At The Gates', dont la noire et lourde architecture surprend agréablement. 

Vous l'aurez donc compris, ce n'est pas encore cette fois qu'Amorphis décevra ses fans. Relativement plus death que ses directs prédécesseurs, "Under The Red Cloud" s'impose peut-être comme le meilleur opus des Finlandais depuis "Skyforger". Ce faisant, il illustre la forme éclatante d'un groupe qui ne fait décidément pas ses 25 ans d'âge. (Chiléric Thor@2015)

lundi 13 avril 2015

Krönik | Nightwish - Endless Forms Most Beautiful (2015)


Si les albums de Nightwish sont toujours très attendus, "Endless Forms Most Beautiful" l'est encore plus que les autres car il est le premier à accueillir Floor Jansen derrière le micro, troisième chanteuse de la formation. Autant sa devancière, Anette Olzon n'a jamais vraiment su faire oublier sa devancière à laquelle elle a eu la lourde tâche de succéder et ce, nonobstant l'incontestable réussite des deux offrandes auxquelles elle a participé, autant il n'aura pas fallu longtemps à l'ancienne After Forever pour se mettre le public des Finlandais dans la poche. Une tournée, immortalisée par le DVD "Showtime, Storytime", aura suffi pour donner l'impression que la Batave a rejoint la bande de Tuomas Holopainen depuis des lustres.

De fait, beaucoup considèrent - à raison ? - que Nightwish a enfin trouvé la pièce qui lui manquait depuis l'éviction de sa chanteuse historique, permettant à celui-ci de renouer avec des atours plus metal que le grain de voix presque pop d'Anette avait contribué à siphonner quelque peu. Avant de détailler par le menu ce huitième opus (déjà !) et pour en finir avec les questions de ressources humaines, sachez que Troy Donockley, responsable des touches celtiques et de quelques chœurs et discrètes lignes vocales depuis "Dark Passion Play", est désormais un membre à part entière et que, pour des raisons de santé, le batteur Jukka Nevalainen a dû céder sa place pour une durée indéterminée à son compatriote Kai Hahto de Swallow The Sun.

Trois ans après un "Imaginaerum" qui, malgré ses qualités, a divisé les fans, surgit donc "Endless Forms Most Beautiful", attendu comme une espèce de Graal par ceux qui ne se sont jamais consolés du départ de Tarja. Pour cette raison - mais ce n'est pas la seule -, l'œuvre est une réussite, en cela qu'elle réunit tous les ingrédients qui ont peu à peu façonné le son du groupe, renouant à la fois avec le lyrisme sombre de "Once" et la grandiloquence cinématique de ses deux prédécesseurs. Pourtant, 'Elan', le premier single certes agréable bien qu'au pénible goût de déjà-entendu, n'augurait pas d'un tel succès, arbre cachant en réalité une foisonnante forêt dont seuls de nombreux  aller-retours à travers ses sentiers dévoilent la richesse touffue.

Etonnamment, malgré ses 80 minutes au garrot, l'album passe très vite, enchaînant les perles aux allures de Valhalla, gemmes à la fois moins symphoniques et plus acérées ('Weak Fantasy'), voire carrément  hargneuses à l'image du pesant 'Yours Is An Empty Hope' où la voix rugueuse de Marco Hietala s'accouple à une rythmique plombée tandis que les claviers de Tuomas distillent un climat menaçant. Cela faisait même longtemps que la guitare du sous-estimé Emppu Vuorinen n'avait pas sonné avec autant d'agressivité, témoin ce 'Endless Forms Most Beautiful' gigantesque.

Les arrangements, comme toujours de toute beauté, et les échappées celtiques ('My Walden') n'étouffent jamais une flamboyante énergie qui trouve dans la voix puissante de Floor son parfait véhicule. En retrait depuis le split d'Afer Forever que son projet ReVamp n'a pas su remplacer, la belle démontre qu'elle n'a rien perdu de son charisme, ce qu'illustre notamment le mélancolique 'Our Decades In The Sun', sans doute un des sommets de l'album dont il est révélateur des couleurs crépusculaires, les thèmes de la science et de la raison lui servant de combustible.

Dommage alors que 'The Greatest Show On Earth', piste terminale de près de 24 minutes, s'éternise, parasitée par une narration qui alourdit un canevas pourtant généreux en fulgurances symphoniques. Sans cette dernière partie qui n'évite donc pas quelques longueurs et une tendance à réchauffer parfois les mêmes mélodies depuis plusieurs albums ('Edema Ruth'), le résultat, qu'irriguent de sombres mélodies, frôle le sans faute et ne saurait décevoir, capable de fédérer aussi bien les fans de la première heure que ceux que "Dark Passion Play" et "Imaginaerum" ont su séduire.

On ne pouvait de fait espérer meilleur album à ce moment de la carrière des Finlandais dont on peut penser que l'arrivée parmi eux de Floor Jansen leur a apporté une envie nouvelle mêlée à une dose de sang frais salvateur. Se dévoilant un peu plus à chaque écoute, "Endless Forms Most Beautiful" est un très grand disque qui fera date dans l'histoire de Nightwish. (Nuclear Blast | Music Waves)