jeudi 5 novembre 2015

Krönik | Haeresiarchs Of Dis - Denuntiatus Cinis (2010)


Il est toujours étonnant de voir comment une terre aussi ensoleillée que la Californie, temple des apparences, peut cependant être le terreau d’une scène Black Metal fertile et pas des plus affables. On pense bien entendu à Xasthur ou à Leviathan, mais aussi au méconnu Haeresiarchs Of Dis qui, comme ses aînés, adopte la forme d’un on-man-band. 

Bien que secondé de temps à autre par divers intervenants/accessoires, Cernunnos, puisque c’est comme cela qu’il s’appelle, est une pieuvre enfermée dans sa cave. Chant, guitare et programmation n’ont aucun secret pour lui. Quoique déjà auteur d’une démo et d’une première prière pour les morts, beaucoup le découvriront sans doute avec Denuntiatus Cinis, tourbillon cauchemardesque et épuisant d’un art noir extrêmement sombre, baroque et tendu comme une verge. Etouffant. 

Prétendre que l’Américain ne facilite pas la pénétration de son univers tient de l’euphémisme tant il parait peu aisé de s’enfiler d’une seule traite les 77 minutes que dure ce méfait, alternance entre longues et furieuses scarifications aux angles ténébreux (« Intent The Augury », « Intent The Proem ») et courtes pauses qui permettent de reprendre un petit peu son souffle (« Bemoan The Fallen »). 

Parfois au bord de l’indigestion, Denuntiatus Cinis est une œuvre tentaculaire d’où jaillissent des fulgurances (« Ad Baculum », que zèbre un  chant clair à la Solefald) mais dont l’extrême densité l’empêche de s’imposer réellement. Bref, de bonnes idées, un sens de la négativité palpable, des passages assez sublimes par moment mais le disque est bien trop long, à l‘instar déjà de son prédécesseur, Overture, il y a deux ans. 

Cernunnos aurait été bien inspiré de donner quelques coups de ciseaux de ci de là. N’est pas Leviathan qui veut, influence évidente d’un projet néanmoins intéressant en cela qu’il développe un Black Metal extrêmement dur et tortueux. (ChildéricThor@2010)



BC | A-Gun's Basement - The None (2015)


mercredi 4 novembre 2015

Krönik | Deathspell Omega - Paracletus (2010)


Il est de bon ton actuellement de jeter l'opprobre sur Deathspell Omega que d’aucuns jugent désormais trop branchouille, ce qui n’est sans doute pas faux. Pour autant, qui peut prétendre que l’entité hexagonale a mis de l’eau dans son vin de messe ? Personne. Une preuve ?

Il suffit pour cela de s’abîmer dans les méandres nauséabondes de Paracletus pour s’en convaincre. Tout d’abord faussement accessible, ce premier jet de mort longue durée depuis 2007 a en vérité quelque chose d’un monstre hallucinant où l’on retrouve la densité coutumière du (plus si) mystérieux trio. Le fait que le groupe, après ses expérimentations récentes, revienne à une forme d’architecture plus classique ne doit pas vous trompez. 

Subdivisé en dix mouvements, cet album doit se lire comme une œuvre indivisible dont chaque titre, réceptacle d’une noirceur insondable, forme le maillon d’une chaine reptilienne, chaque piste semblant répondre à celle qui la précède. Dès l’introductif, « Epiklesis I », la tension est palpable, étouffante, suintant un fluide extrêmement malsain, que véhiculent des guitares qui ne filent jamais droit et le chant maladif de Mikko Aspa. 

Saturé et déconstruit, « Wings Of Predation » entraîne ensuite l’auditeur dans un tourbillon au bord d’une folie aussi fiévreuse que désespérée. Après «  Abscission », monument torturé, « Dearth » se positionne comme une pause, pause d’une sensualité déglinguée dont on ne peut que regretter les lignes vocales parlées en français qui viennent quelque peu en avorter l’aura pourrissante. L’enchaînement avec « Phosphene », qui ferme la première partie du menu, est néanmoins énorme. Reflet du prologue ouvrant Paracletus, « Epiklesis II » entame l’étrange marche funèbre que définit le second pan. S’enchaînent alors trois macérations tourmentées (« Malconfort »…) avant que l’inexorable « Apokatastasis Pantôn » dont les traits épousent ceux, squelettiques, de l’épicentre de l’album, vienne refermer le cercle sur une note ruisselant le désespoir le plus poisseux. 

Fidèle à une identité en mouvement, Deathspell Omega poursuit son entreprise de déconstruction d’une musique qui s’est de toute façon affranchie depuis longtemps maintenant des invariants qui balisent le Black Metal comme autant de calvaires impies. C’est une œuvre exigeante, austère que raclent des plans de guitares torturés et bénéficiant du remarquable travail de Makko au chant. Du grand art. (ChildéricThor@2010)


BC | Throes Of Ire - The Mourner's Cairn (2015)


lundi 2 novembre 2015

dimanche 1 novembre 2015

Krönik | Agalloch - Marrow Of The Spirit (2010)


Quand bien même Pale Folklore et The Mantle furent de précieuses réussites artistiques, il n’en demeure pas moins que c’est bien Ashes Against The Grain qui fut sans doute l’étape la plus décisive dans la carrière d’Agalloch. Corollaire d’une promotion amplement méritée, son successeur était attendu comme le messie et nous étions nombreux à ne plus tenir en place depuis l’annonce de sa réalisation après néanmoins quatre années bien remplies, entre tournées et offrandes complémentaires (EP, live, compilations). 

Habillé d'un très bel artwork, Marrow Of The Spirit reste fidèle à une architecture exigeante, basée sur des compositions fleuves et poursuit une évolution entamée avec The Mantle. Même si leur écriture demeure immédiatement reconnaissable, les Américains continuent de travailler leur art, d’enrichir leur palette par petites touches. Ni retour en arrière vers des racines Black Metal qui ne font plus guère qu’affleurer à la surface ni simple photocopie de son prédécesseur dans le sillage duquel il s’inscrit, ce quatrième album se veut différent dans la continuité. 

Toujours arrimé aux terres de la Dark/Folk tout en se montrant de plus en plus progressif dans son approche, Agalloch commence ce nouveau voyage par un prologue instrumental d’abord rythmé par les sons de la nature avant de vibrer aux accords d’un violon dramatique. Mais c’est avec le flamboyant "Into The Painted Grey" que Marrow Of The Spirit prend son envol. Tout l’art des Américains y est synthétisé : construction épique et fluide aux multiples arabesques, chant caverneux, guitares stratosphériques belles comme un chat qui dort, accélération grandiose… D’une certaine manière et en exagérant un peu, l’opus ne proposerait que cette pépite de douze minutes qu’il serait tout de même indispensable. 

Plus posé, "The Watcher’s Monolith" tend un pont entre ambiances acoustiques et aplats noirs et terreux, que pilotent des riffs accrocheurs. Pivot de l’album et illustration parfaite des couleurs automnales et terrestres de l‘ensemble, le gigantesque "Black Lake Nidsang" se divise en deux parties, dont la seconde baigne dans un marais ambient. Après "Ghosts Of Midwinter Fires", "To Drown" entraîne Marrow Of The Spirit vers la mort avec sa trame instrumentale et osseuse, lente montée en puissance au bord de la rupture et conclusion désespérée dont les ultimes mesurent qui reprennent les sonorités de l’intro, contribue à donner une forme cyclique à cette œuvre dense et riche entre recueillement et envolée granuleuse. 

Encore une fois, Agalloch livre un bijou d’écriture et d’atmosphères, peinture en clair obscur d'une nature à la beauté mystique. Cependant, Ashes Against The Grain reste encore le mètre-étalon de la discographie du groupe. (ChildéricThor@2010 | Publié en 2011 sur Music Waves)





BC | Illus Teler - EP II (2015)