jeudi 8 octobre 2015

Krönik | Pavillon Rouge - Legio Axis Ka (2015)


On n'en voudra pas trop à Pavillon Rouge de prendre son temps, nous faisant à chaque fois patienter trois ou quatre ans entre deux signes de mort car la récompense surgit toujours au bout du tunnel. Succédant au référentiel "Solmeth Pervitine", publié en 2011, "Legio Axis Ka" est enfin là, prêt à décrasser nos orifices, à faire saigner les muqueuses. 

Si vous avez manqué le début, sachez que les Grenoblois se rattachent à la mouvance black indus capable du meilleur comme du pire. Vous aurez vite compris dans quelle catégorie ranger le groupe. Ceux qui ont toujours regretté le sabordage de Crystalium seront heureux de retrouver le chanteur Kra Cillag derrière le micro, quand bien même les deux entités ne nouent que peu de liens entre elles, si ce n'est donc ces lignes vocales guerrières et vindicatives ainsi qu'une espèce de brutalité métronomique et saccadée. 

S'il respecte à la lettre les règles de cette déclinaison froide et désincarnée de l'art noir, entre rythmes mécaniques, batterie programmée et ambiances apocalyptiques, Pavillon Rouge a su très vite injecter à ce socle abrupt sa personnalité aussi vicieuse que venimeuse, laquelle s'incarne aussi bien à travers cette curieuse frénésie electro et organique à la fois que ces textes empreints d'une poésie cosmique ('Kosmos Ethikos').

Pandémonium orgiaque tour à tour envoûtant ou martial, mélodique ou féroce, à l'intérieur duquel se niche une reprise hallucinée de Coolio, 'Notre Paradis', au demeurant des plus trippantes, "Legio Axis Ka" se révèle être une œuvre peu aisée à pénétrer, en cela qu'elle matraque une violence plus sournoise que frontale ('L'enfer se souvient, l'enfer sait'). Puissamment hypnotique ('A l'univers'), sombrement désespéré ('Aurore et Nemesis'), pulsatif ('Droge Macht Frei') ou chargé d'une grandiloquence obscure, l'opus a des allures de dédale creusé au milieu du champ de bataille d'un monde au bord du chaos. 

De cette ambivalence grouillante infuse un magma pollué, porteur d'une semence malsaine qui finit par contaminer celui qui l'écoute, lui donnant la furieuse envie de tendre l'autre joue. L'album confine à une forme de transe mécanique à laquelle il est impossible d'échapper... (Childéric Thor@2015)

BC | Broken Spirit / Obskuritatem - Split (2014)


BC | Judd Madden - Eveything In Waves (2014)


mercredi 7 octobre 2015

Krönik | Celestial Dirge - Cerulean Arcanes (2015)


CELESTIAL DIRGE. Finalement, tout est dans l'ambivalence de ce nom charriant des images à priori opposées, contraditoires, faites de beauté, de spiritualité d'un côté, de noirceur funèbre, de contemplations mortifères de l'autre. Entre ombre et lumière, entre clair et obscur, entre puissance élégiaque et pesanteur mécanique, telle est l'identité tant sonore que thématique, tout du long écartelée, cuisses béantes qui mettent à nue une intimité dont les méandres ténébreuses sont comme une porte ouverte vers un inconnu paré de mystérieuses promesses.

La chose porte l'incontestable marque du label Distant Voices en cela qu'elle répond à la plupart de ses critères, entité étrange sur laquelle on ne sait (presque) rien si ce n'est le fait qu'elle est l'oeuvre de deux créatures anonymes ayant vu la nuit en Amérique du Nord, entité qui érige un art organique et saccadé qui maraude quelque part entre Black Metal, Ambient et Drone. Cerulean Arcanes est son premier râle de mort, souffle terrifiant comme expulsé des entrailles de la terre.

C'est un EP qui s'arc-boute autour de deux longues pièces instrumentales, lequelles remplissent pas loin d'une demi-heure de sonorités et hypnotiques et oppressantes à la fois. Sa forme le permettant, plongeons-nous dans les sombres arcanes de cet opus. Long de près de 18 minutes, '33' est une pulsation aux dimensions monumentales et aux telluriques ramifications. Elle n'est d'abord qu'un son désincarné qui s'élève peu à peu. Puis son pouls commence à se faire entendre, perçant la surface.

Mais il faut attendre la moitié de son parcours pour que le titre démarre réellement, s'embale enfin, emporté alors par une batterie programmée cependant que des rushs de guitare permettent de larguer les amarres. D'un coup, nous voilà propulsés dans un trou noir au bout duquel pourtant brille pourtant une pale lumière, celle qu'irradient des sphères célestes aux allures de Graal spirituel.

Un (peu) plus court, 'HVR' se veut plus contemplatif dans son expression tout d'abord presque immobile, étendant à l'infini un tapi aux motifs aussi répétitifs qu'obsédants qui confinent à une forme de transe abyssale. Une sorte de langueur glaciale en fige la progression, où les tentatives de mouvement sont vite avortées au profit d'une exploration en apnée dans les profondeurs d'une obscurité sans fin... Vide de sens pour certains, "Cerulean Arcanes" est pourtant l'acte de naissance d'un projet qui devrait être passionnant à suivre. (Childéric Thor@2015)

BC | Uzala - Live At Roadburn 2015 (2015)


BC | Disclosed Silence - Perpetual Sadness (2014)


mardi 6 octobre 2015

Krönik | Wolfheart - Shadow World (2015)


Démarré il y a deux ans sous la forme d'un simple projet parallèle et solitaire, Wolfheart s'est mué en un véritable groupe à part entière, quand bien même il porte incontestablement la marque de son fondateur, Tuomas Saukkonen dont le pedigree, de Dawn Of Solace à Before The Dawn sans oublier Black Sun Aeon, laisse rêveur. Sa présence à la barre de ce qui est devenu son seul groupe est un double gage, gage de qualité, l'homme n'ayant jamais déçu, et gage d'un contenu glacé et cafardeux typiquement finlandais. 

Si "Winterborn", son premier signe de mort sous cette bannière, creusait un sillon bien (trop) connu, celui sculpté par Swallow The Sun, Rapture et tous les anciennes formations du bonhomme, "Shadow World" étonne par ses traits de prime abord plus directs, plus tranchants, en un mot plus death, remisant les influences de son auteur au rang d'accessoires, exception (bien) faite du terminal 'Veri' et de ses huit minutes d'une mélancolie aussi glaciale que plombée. 

Le fait que Tuoamas soit désormais entouré d'autres musiciens, dont son ancien comparse de Before The Dawn, le batteur Joonas Kauppinen, et du guitariste d'Eternal Tears Of Sorrow, Mika Lammassaari, n'est sans doute pas étranger à ce durcissement. Ainsi, 'Aeons Of Cold', malgré son intro égrenée par un piano que ne renierait pas Amorphis, abat le petit bois. Voix caverneuses et batterie façon Lapin Duracel propulsent cette amorce sur des sentiers abrupts comme le Finlandais n'en avait plus empruntés depuis très longtemps. Pourtant, en plein milieu, le ton change, se fait plus mélodique, se drapant dans un voile de beauté spectrale, qu'étirent des guitares lumineuses, balises perçant la brume qui recouvrent les étendues gelées.

En fait, dans l'intimité de chaque composition se nichent des trésors que l'on débusque pour en goûter la froide saveur, ce qui leur confère une richesse insoupçonnée. Les arpèges qui émaillent 'Last Of All Winters', les lignes de six-cordes virtuoses qui cisaillent 'Zero Gravity', les ambiances sombres qui pèsent sur 'Nemesis' révèlent par exemple à la fois cette écriture précise et cette ambivalence ténébreuse entre agressivité et mélodies. 

En dépit d'un titre des plus quelconques, "Shadow World" est encore une fois une incontestable réussite à mettre à l'actif de Tuomas Saukkonen, qu'on préfère toutefois quand il plante son lourd burin dans la roche funèbre d'un doom death polaire, comme il le faisait jadis avec un Black Sun Aeon trop tôt disparu... (Childéric Thor@2015)