dimanche 4 octobre 2015

Krönik | Kadavar - Berlin (2015)


Quand certains malchanceux mettent des années à percer, d'autres au contraire ne perdent pas de temps pour s'imposer. Kadavar est de ceux-ci. Nonobstant les incontestables qualités du combo, sur lesquelles nous reviendrons un peu plus loin, il est tout de même permis de se demander si ce succès-éclair est justifié. 

Certes le premier album éponyme était bon, voire excellent, certes les concerts livrés par le trio l'ont été tout autant mais pas plus que d'autres... Seulement voilà, les Allemands possèdent quelque chose en plus, une espèce de magie qui, couplée à une énergie jubilatoire, à un sens du feeling (hard) rock humide et à une écriture imparable, aboutit à un Graal orgasmique. 

Bien que simple en apparence, leur art sonne comme une évidence, celle d'écouter une musique noble et pure qui confine à une forme d'Absolu. Mais, "Abra Kadavar", en ne transformant pas tout à fait l'essai, semblait néanmoins déjà dévoiler de relatives limites. Moins de magie, moins de surprise. Le troisième opus, sans compter un split forcément culte partagé avec Aqua Nebula Oscillator, se devait donc d'être à la hauteur de l'attente. Ce qu'il fait. 

Mais, cela, on l'avait déjà deviné car il y a des indices qui ne trompent pas. Son titre court, qu'on retient immédiatement, évocateur d'un foisonnement créatif, en constitue un premier et pas des moindres. Sa pochette, très belle, en est un second, annonciatrice par ailleurs de l'évolution du contenu dont elle est l'écrin en ce sens qu'elle tranche avec ses devancières où trônaient sobrement les trois membres du groupe. 

Par petites touches pointillistes, Kadavar poursuit sa mue, moins doom et tout simplement plus rock et bluesy ('Filthy illusion', 'Pale Blue Eyes'). L'écriture s'est resserrée et sent moins la pipe à eau, diluant les touches psyché certes toujours présentes ('Spanish Wild Rose'), dans un socle plus direct, quand bien même les mélodies accrocheuses sont depuis toujours une des marques de fabrique du trio emmené par le chanteur et guitariste Lupus, lequel se montre ici particulièrement en forme et plus inspiré que jamais, laissant sa gratte déverser un feeling torrentiel, rampe de lancement à des soli dantesques en live. 

Premier opus avec le nouveau bassiste, Dragon, "Berlin" enfile les perles sans jamais ramollir, allant toujours à l'essentiel (tout est emballé en quatre minutes au compteur), parfois rapide à l'image de 'Lord Of The Sky' ou de 'Into The Night', mais serrant le frein le plus souvent ('Last Living Dinosaur') et toujours jubilatoire. Compact et homogène, l'œuvre n'en demeure pas moins nuancée dans son intensité heavy. Hymnes immédiats, des enclumes démentielles telles que 'Stolen Dreams', 'The Old Man' ou 'Thousand Miles Away Frome Home' procurent ainsi des frissons par leur dureté duveteuse. 

Davantage que le digne successeur du galop d'essai éponyme, ce troisième effort démontre que Kadavar n'est pas juste la sensation du moment mais un grand groupe promis à durer. (Childéric Thor@2015)

VC | Sean Derrick Cooper Marquardt - Love Jihad (2015)


BC | The High Drifters - Ganymede (2013)


samedi 3 octobre 2015

Krönik | The 135 - Lumen Per Lumen (2015)


Quand les balises auxquelles on aime se raccrocher n'existent pas, ne reste donc plus que la musique. Dont acte. Line-up anonyme, nom mystérieux mais concept intriguant, tel est ainsi le cas de THE 135 que nous découvrons aujourd'hui par l'entremise d'un séminal EP dont on ne sait rien hormis le nom du label qui l'accueille, Gaulhammer Productions, indice cependant au moins révélateur de la qualité de la chose et d'une personnalité qu'on devine déjà affirmée.

En trois pistes pour une vingtaine de minutes d'écoute, Lumen Per Lumen creuse les ombres d'un Black Metal (forcément) occulte mais plus nuancé que ce que ses atours, cryptiques et tranchants, semblent promettre. De fait, THE 135 ne nous entraîne jamais là où on s'y attend, suivant un chemin sinueux bordé de crevasses au fond desquelles bouillonnent de ténébreuses émanations.

Si l'inaugural 'Drakon Manifesto - Death Of The I' imprime une brutalité froide et véloce, néanmoins un temps brisée par une perforation médiane mortifère, 'We Are Legion' puis 'Drakonis Scientia' ont quelque chose de labyrinthes étouffants, le premier dont la lancinance malsaine qui le fige cède la place en fin de parcours à un déchaînement de violence, le second, puissante pulsation où s'accouplent coups de boutoir fielleux et saillies fiévreuses.

Le résultat impressionne par la supérioté technique de ses géniteurs dont les qualités sont parfaitement mises en valeur par une prise de son aiguisée qui laisse à chaque instrument l'espace nécessaire pour s'exprimer. Il fascine enfin par son extrême densité mêlée à une tension sourde qui fait de Lumen Per Lumen un EP aussi foisonnant qu'un véritable album longue durée.

Du coup, alors que de part sa durée, l'oeuvre aurait pu ne pas être suffisante pour juger de la valeur du projet, elle l'est au contraire, dévoilant un art noir aussi énigmatique qu'ambitieux, dont les multiples strates sécrètent autant de négativité sournoise que de richesses impies. THE 135 est donc une entité à suivre de près, conclusion certes banale mais qui s'impose d'elle-même... (Childéric Thor@2015)

BC | Kroh - Living Water (2015)


vendredi 2 octobre 2015

Krönik | Absolutus - Pugnare In Iis Quae Obtinere Non Possis (2015)


Quasiment disparu des écrans-radar depuis une dizaine d'années et le séminal "Ostendit Quam Nihil Sumus", Absolutus s'échappe aujourd'hui de la tombe que ce long silence semblait lui promettre. Désormais réduit à une entité solitaire entre les mains du seul Abstrusus, on ne sait finalement pas grand-chose de ce projet venu de l'obscurité belge. 

Quand les informations, les balises après lesquelles il est confortable de se raccrocher manquent, il ne reste donc plus que la musique sombre, forcément sombre, aussi torturée que tortueuse, gouffre ténébreux au fond duquel macèrent des miasmes méphitiques. Offrande exaltant les forces telluriques d'un black metal corrosif, "Pugnare In Iis Quae Obtinere Non Possis" est de ces albums capable d'avaler toute trace de lumière, plongeant celui qui s'abîme dans ces sinistres arcanes dans une nuit sans fin. 

Si son aîné déroulait un menu fait de longues pulsations, cet opus résurrectionnel au contraire multiplie les petits coups de boutoir, ne franchissant jamais la barre des cinq minutes. Mité par quatre pistes (sur neuf) aux confins du dark ambient, l'œuvre défile donc très vite. D'aucuns le regretteront, estimant, peut-être à raison, qu'on attendait davantage d'Absolutus, après ces années d'abstinence que cette hostie d'une petite demi-heure à peine. 

Pourtant, de cette courte durée " Pugnare In Iis Quae Obtinere Non Possis" tire une bonne part de son intensité souterraine. De même, ses respirations instrumentales et désincarnées, loin de marquer une pause, participent d'une atmosphère lugubre. Après 'Abssysus Abyssums Invocat', rituel oppressant qui installe d'emblée ce décor mortifère, déboule 'Sunt Verba et Voces Praetereaque Nihil', convulsion haineuse et rapide que vrillent des lignes de guitares maladives en une froide brutalité que poursuit ' Credo Quia Absurdum'. 

On leur préfèrera 'Ego Sum Qui Sum', ses préliminaires suffocants, ses breaks d'une lancination polluée, ses riffs qui déraillent et son final apocalyptique, transition vers une seconde partie où les ambiances brillent d'un éclat noir, à l'image du titre éponyme, froid magma secoué par de multiples soubresauts, tour à tour rapide ou d'une lourdeur démoniaque. 

Absolutus n'a nul de besoin d'étirer sa trame pour distiller une négativité profonde, exploitant au contraire ce schéma resserré et tendu comme le foc d'un navire pour concentrer un amas bouillonnant aux allures de cérémonies incantatoires. Ce faisant, il accouche d'un monstre à la gloire d'un art noir à la fois tranchant et cérébral. (Childéric Thor@2015)

BC | Starmonger - Revelation (2015)