dimanche 4 octobre 2015
samedi 3 octobre 2015
Krönik | The 135 - Lumen Per Lumen (2015)
Quand les balises auxquelles on aime se raccrocher n'existent pas, ne reste donc plus que la musique. Dont acte. Line-up anonyme, nom mystérieux mais concept intriguant, tel est ainsi le cas de THE 135 que nous découvrons aujourd'hui par l'entremise d'un séminal EP dont on ne sait rien hormis le nom du label qui l'accueille, Gaulhammer Productions, indice cependant au moins révélateur de la qualité de la chose et d'une personnalité qu'on devine déjà affirmée.
En trois pistes pour une vingtaine de minutes d'écoute, Lumen Per Lumen creuse les ombres d'un Black Metal (forcément) occulte mais plus nuancé que ce que ses atours, cryptiques et tranchants, semblent promettre. De fait, THE 135 ne nous entraîne jamais là où on s'y attend, suivant un chemin sinueux bordé de crevasses au fond desquelles bouillonnent de ténébreuses émanations.
Si l'inaugural 'Drakon Manifesto - Death Of The I' imprime une brutalité froide et véloce, néanmoins un temps brisée par une perforation médiane mortifère, 'We Are Legion' puis 'Drakonis Scientia' ont quelque chose de labyrinthes étouffants, le premier dont la lancinance malsaine qui le fige cède la place en fin de parcours à un déchaînement de violence, le second, puissante pulsation où s'accouplent coups de boutoir fielleux et saillies fiévreuses.
Le résultat impressionne par la supérioté technique de ses géniteurs dont les qualités sont parfaitement mises en valeur par une prise de son aiguisée qui laisse à chaque instrument l'espace nécessaire pour s'exprimer. Il fascine enfin par son extrême densité mêlée à une tension sourde qui fait de Lumen Per Lumen un EP aussi foisonnant qu'un véritable album longue durée.
Du coup, alors que de part sa durée, l'oeuvre aurait pu ne pas être suffisante pour juger de la valeur du projet, elle l'est au contraire, dévoilant un art noir aussi énigmatique qu'ambitieux, dont les multiples strates sécrètent autant de négativité sournoise que de richesses impies. THE 135 est donc une entité à suivre de près, conclusion certes banale mais qui s'impose d'elle-même... (Childéric Thor@2015)
vendredi 2 octobre 2015
Krönik | Absolutus - Pugnare In Iis Quae Obtinere Non Possis (2015)
Quasiment disparu des écrans-radar depuis une dizaine d'années et le séminal "Ostendit Quam Nihil Sumus", Absolutus s'échappe aujourd'hui de la tombe que ce long silence semblait lui promettre. Désormais réduit à une entité solitaire entre les mains du seul Abstrusus, on ne sait finalement pas grand-chose de ce projet venu de l'obscurité belge.
Quand les informations, les balises après lesquelles il est confortable de se raccrocher manquent, il ne reste donc plus que la musique sombre, forcément sombre, aussi torturée que tortueuse, gouffre ténébreux au fond duquel macèrent des miasmes méphitiques. Offrande exaltant les forces telluriques d'un black metal corrosif, "Pugnare In Iis Quae Obtinere Non Possis" est de ces albums capable d'avaler toute trace de lumière, plongeant celui qui s'abîme dans ces sinistres arcanes dans une nuit sans fin.
Si son aîné déroulait un menu fait de longues pulsations, cet opus résurrectionnel au contraire multiplie les petits coups de boutoir, ne franchissant jamais la barre des cinq minutes. Mité par quatre pistes (sur neuf) aux confins du dark ambient, l'œuvre défile donc très vite. D'aucuns le regretteront, estimant, peut-être à raison, qu'on attendait davantage d'Absolutus, après ces années d'abstinence que cette hostie d'une petite demi-heure à peine.
Pourtant, de cette courte durée " Pugnare In Iis Quae Obtinere Non Possis" tire une bonne part de son intensité souterraine. De même, ses respirations instrumentales et désincarnées, loin de marquer une pause, participent d'une atmosphère lugubre. Après 'Abssysus Abyssums Invocat', rituel oppressant qui installe d'emblée ce décor mortifère, déboule 'Sunt Verba et Voces Praetereaque Nihil', convulsion haineuse et rapide que vrillent des lignes de guitares maladives en une froide brutalité que poursuit ' Credo Quia Absurdum'.
On leur préfèrera 'Ego Sum Qui Sum', ses préliminaires suffocants, ses breaks d'une lancination polluée, ses riffs qui déraillent et son final apocalyptique, transition vers une seconde partie où les ambiances brillent d'un éclat noir, à l'image du titre éponyme, froid magma secoué par de multiples soubresauts, tour à tour rapide ou d'une lourdeur démoniaque.
Absolutus n'a nul de besoin d'étirer sa trame pour distiller une négativité profonde, exploitant au contraire ce schéma resserré et tendu comme le foc d'un navire pour concentrer un amas bouillonnant aux allures de cérémonies incantatoires. Ce faisant, il accouche d'un monstre à la gloire d'un art noir à la fois tranchant et cérébral. (Childéric Thor@2015)
jeudi 1 octobre 2015
Krönik | Morthus - Into Oblivion (2014)
Démarrons ces quelques lignes par les choses qui fâchent (un peu). Alors qu'il a vu la nuit il y a déjà quatre ans, longue période que certains aurait rempli jusqu'à la gueule de démos et autres splits, soit tous les signes de mort qu'affectionnent généralement les hordes noires, MORTHUS commence lui juste à cracher sa semence qu'il n'a d'ailleurs pas très généreuse, pour le moment du moins, puisque Into Oblivion n'est qu'un EP, lequel ne franchit même pas la barre des vingt minutes au compteur.
Ceci étant, on leur pardonnera cette apparente paresse car cette petite hostie laisse (peut-être) augurer de grandes choses à l'avenir, si ses géniteurs ne disparaissent pas des écran-radars d'ici là ! Alors certes, quatre titres, relativement courts qui plus est, c'est peu mais toutefois suffisant pour remarquer un potentiel qui fait plus qu'affleurer à la surface d'un black metal dont la moelle mélodique n'en étouffe heureusement pas la sombre essence. Comprendre donc que les Allemands s'inscrivent dans une certaine tradition, à la fois abrupte et heavy, sillon creusé en leur temps par DISSECTION et SACRAMENTUM.
Rien de très novateur, comme l'illustrent autant le nom du groupe que celui de cette carte de visite, ni d'indispensable à l'horizon mais qu'importe car MORTHUS, dont ce n'est pas la prétention, maîtrise son sujet. Simples – ce qui ne signifie pas qu'ils soient pauvres – et toujours dynamiques, ces quatre titres galopent avec vélocité à travers un terrain meurtri, parcouru de fissures implacables. Les Teutons ne sont d'ailleurs jamais aussi bons que lorsqu'ils serrent (un peu) le frein à main, dressant alors une lourde et venimeuse verge, imprimant un tempo digne d'un panzer, témoins les breaks saignants qui perforent Symphony Of The Black Death. Dommage cependant qu'ils ne se montrent pas plus nuancés dans leur écriture dont les mêmes ficelles sont plus ou moins à chaque fois reproduites d'un morceau à l'autre, quand bien même Blinded By The Holy Light se distingue par ses premières mesures plus lentes.
Voilà donc à l'arrivée une première offrande solide bien qu'éprouvée, au goût de trop peu et dont les qualités restent à confirmer, sculptée par un groupe qu'on souhaite à l'avenir plus actif... (Childéric Thor@2015)
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